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L’écriture inclusive avec Florence Montreynaud

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Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

montreynaud

Depuis l’automne, et ce n’est pas un hasard, la question de l’écriture inclusive est arrivée sur le devant de la scène, en écho à une prise de conscience globale des inégalités entre les hommes et les femmes, et à la faveur, si on peut dire, de la révélation de nombreux crimes sexuels. Des positions fortes se sont fait entendre. Nous avons demandé à Florence Montreynaud, historienne des femmes et militante historique, d’ouvrir le débat. Elle publiera en février aux éditions Le Robert un premier livre sur les mots du sexisme.

 

Quel a été le point de départ de ce livre ?
C’est une réflexion que je mène depuis près d’un demi-siècle. Elle a pour point de départ une histoire que je raconte dans le livre. Lors d’une réunion féministe dans les années 1970, quelqu’un a parlé d’une femme en disant « elle s’est fait violer ». L’une de nous,  étrangère, a dit qu’elle ne comprenait pas cette phrase et nous a obligées à réfléchir à cette formulation. La forme pronominale signifie que le sujet est volontaire, ce qui laisse entendre sinon une sorte de consentement, du moins de l’imprudence. Depuis, je collectionne les mots et expressions employées à tort qui véhiculent l’idée d’une soumission des femmes.

Pouvez-vous donner des exemples de ces expressions ?
Je dénonce par exemple les mauvaises traductions de l’anglais. Le mot « abus » dans « abus sexuel » vient de l’anglais abuse. Le terme en anglais contient l’idée de violence, alors qu’en français le mot est synonyme d’excès. L’abus sexuel serait seulement une consommation sexuelle excessive. Autre choix fâcheux, celui des premiers « sexologues », même si on ne les appelait pas ainsi, au XIXe siècle, qui ont nommé la perversion sexuelle « pédophilie », avec le radical « phile » qui signifie « aimer ». Il aurait fallu dire pédomanie, par exemple, ou pédocriminalité. Les sigles aussi font oublier les mots qu’ils contiennent. L’idée d’interruption  dans IVG laisse entendre que la grossesse va reprendre plus tard. Or un avortement est la cessation définitive d’une grossesse. Dans GPA, les trois mots sont discutables : « gestation » est employé pour des animaux, et « pour autrui » laisse entendre, un geste désintéressé, alors que la GPA est à peu près toujours un échange d’ordre commercial. Je propose de parler plutôt de « location de ventre » ou « d’utérus ».

Faut-il aussi modifier la syntaxe, comme la règle d’accord du pluriel ?
Beaucoup de professeures racontent qu’à chaque fois qu’elles expliquent que « le masculin l’emporte sur le féminin », les garçons de leurs classes manifestent une évidente satisfaction. Aujourd’hui, des professeur·es appellent à adopter la règle de proximité, solution en vigueur jusqu’au XVIIe siècle et prônée depuis des années par l’universitaire Éliane Viennot, spécialiste du XVIe siècle. Sa souplesse donne à cette règle tous les avantages. Si on tient à un accord masculin, il suffit de mettre le nom masculin en dernier, et le féminin en premier.

Quel usage faites-vous du point médian, beaucoup plus controversé que la règle d’accord ?
Je le pratique dans tout le livre. Dans la mesure du possible, j’utilise les moyens grammaticaux et lexicaux en usage, comme des périphrases ou des mots épicènes. Et quand c’est indispensable, j’ai recours à un point médian, que je ne mets qu’une seule fois : « les élèves désigné·es ». Cette proposition est une réponse à une question qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main. Il y a peu, j’ai lu dans un texte « le génocide des Juifs et des Juives », ce qui m’a fait un choc, parce que je me suis rendu compte que l’image que j’associais, lorsque j’entendais « des Juifs », était celle d’un groupe plutôt masculin. L’expression « les jeunes de banlieue » n’inclut pas vraiment les filles. Et quand on dit « les vieux », on pense à des hommes, alors qu’en réalité, il y a plus de vieilles que de vieux.

Que répondez-vous à ceux qui voient dans ces propositions linguistiques une déclaration de guerre ?
Mon but n’est pas de tancer. J’aime mieux l’idée du mot allemand verbessern qui signifie « corriger », « s’améliorer ». Le moment est historique, nous assistons à une révolution que je ne croyais pas voir de mon vivant. Nous qui sommes à l’âge de la transmission voulons expliquer que ce que vous dites est autre chose que ce que vous voulez dire. La première des actions, c’est parler, et si on s’appuie sur des moyens fautifs, on ne va pas y arriver. Parler est une action capitale. Utiliser des mots impropres risque de brouiller le message qu’on veut faire passer.

 

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La littérature russe à l’honneur

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russie La littérature russe est à l’honneur dans le numéro de janvier de la NRP, comme elle le sera au Salon Livre Paris du 16 au 19 mars 2018.  Et c’est Dimitri Bortnikov, écrivain russe auteur de Face au Styx qui nous en apprend plus dans le dossier dont vous trouverez un extrait ci-dessous.

La Russie est un peuple qui garde encore dans sa langue, dans sa culture, dans son souffle, la notion du sacré. Cette notion passe dans la langue, et ce que la langue charrie avec elle va à la littérature. D’où la fascination qu’exercent Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine, Gogol sur les Français. En balayant du regard la littérature des bords la Neva et de la Volga jusqu’à ceux de Loire ou de Seine, on trouve les mille fils qui relient les écrivains des deux extrémités de l’Europe, comme l’amour de Tourgueniev pour la France, son amitié pour Flaubert, et comment Mérimée l’a accueilli dans la Revue des Deux Mondes.

Différences d’origine entre les littératures russe et française

La différence entre la littérature française et la littérature russe correspond à la différence entre un prêtre et un épicier. Un écrivain russe est un prêtre, un prêtre défroqué, un prêtre sans église ou parfois sans Dieu, mais c’est un prêtre quand même. Et toujours sérieux, défenseur des pauvres, des veuves et des orphelins, Robin d’encrier, Christ de plume. Il profère toujours un discours en majuscules et en exclamations – « Morale ! Éthique ! » – mais l’écrivain en Russie n’est jamais joyeux. Il peut être drôle parfois, même souvent, mais joyeux, les écrivains russes ne le sont pas. Dostoïevski est drôle à pleurer, Gogol est tragique à vous faire couler la larme d’un œil et rire de l’autre. Je ne parle pas de Tchekhov… Un écrivain français est un épicier, roulé dans une autre farine que l’écrivain russe. Rusé, ladre et autolâtre, demi-plein de soi, coriace, fripouille plaisante, c’est un courant d’air de jupons et de prix, mais souvent aussi gai qu’un souriceau à l’enterrement d’un matou. Un écrivain russe est un Homère à la croix autour du cou, un écrivain français est un Ulysse sans Troie ni Ithaque. Mais avant tout, l’écrivain français est un bourgeois, un épicier mal fagoté, même quand la bourgeoisie française se tord le nez devant son propre reflet dans le miroir. Flaubert, par exemple, reste un petit-bourgeois, malgré sa révolte contre la bourgeoisie, malgré le fait qu’il tenait son miroir devant la bourgeoisie française afin qu’elle se voie.

La littérature russe est à la fois très vieille et extrêmement jeune. Elle est vieille parce que dans son berceau, elle n’a pas appris à écrire, à l’instar de la littérature française qui commence par les chansons de geste ou celles des troubadours. La littérature russe se trouve à côté de la tombe de la littérature française. Au moment où la littérature française atteint son paroxysme, elle entre aussi dans ses convulsions avec Flaubert ou avec Proust. À ce moment-là, la littérature russe se retrouve sur deux jambes et se met à marcher. La littérature russe est en quelque sorte un personnage mythique, paralysé dès sa naissance, qui se réveille miraculeusement vers le milieu de sa vie et se met à accomplir les exploits d’un Hercule attardé. La formation de la langue russe est bien antérieure à celle de l’écriture russe qui date de Byzance. Cyrille et Méthode, deux moines orthodoxes bulgares partent à la recherche de l’alphabet pour pouvoir traduire la Bible grecque en slavon. La langue de cette Bible deviendra petit à petit l’ancien russe. Puis le russe d’Ivan le Terrible, ensuite le russe de Pierre le Grand, le russe de Catherine II, le russe de Trediakovski, le russe de Pouchkine et ainsi de suite jusqu’au russe de Boulgakov. Après, je pense que c’est un autre russe.

La quête du sacré

L’écrivain russe va vers la culture comme un assoiffé va vers un fleuve en colère, charriant des morceaux de glace, des morceaux d’animaux morts, des croix, des morts, des vivants, et le Christ, le dieu-enfant. La littérature russe, jusqu’à Boulgakov, reste une littérature qui cherche le sacré. Depuis Boulgakov, on voit encore apparaître de grands écrivains comme Cholokhov (Le Don paisible, 1928-1940, prix Nobel 1965) ou Soljenitsyne (prix Nobel 1970), mais ils ne sont plus dans la recherche du sacré. L’Archipel du goulag n’est pas un livre qui se confronte au sacré, c’est une sorte de supplique, de prière tout à fait laïque.

Il existe un lien indirect entre Soljenitsyne et Tolstoï, d’autant plus fort qu’il est presque invisible. Tous les deux forment comme deux excroissances qui sortent du corps de la littérature russe. Tous deux pasteurs, ils croyaient en Dieu, mais leur dieu était celui des protestants, du point de vue des Russes, austère et sans joie. Cela n’empêche pas leur œuvre d’être emplie d’une extraordinaire sagesse, comme l’incipit d’Anna Karénine : « Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie particulière. » Tolstoï prend ses personnages dans leur part intime, dans leur vie quotidienne, leur vie de couple. Dostoïevski, lui, est habité par le désir de voir un être humain dans les crises spirituelles les plus totales. Il cherche la grâce. Il saisit donc ses personnages dans la tourmente, dans la neige, dans la folie de l’esprit, dans la recherche d’absolu. Dans Les Frères Karamazov ou L’Idiot, la question se pose en ces termes : où peut nous mener l’amour absolu, un amour qui ne demande rien et qui ne fait que donner ? Cela peut mener soit vers la folie, soit vers le crime. C’est pour cette raison que les deux personnages centraux de L’Idiot qui se trouvent aux côtés d’Anastasia Philippovna – le prince Michkine et Rogojine qui est amoureux de façon bestiale et jalouse d’Anastasia Philippovna – deviennent complètement fous. Dostoïevski a regardé l’Occident, et il a vu dans l’Occident les prémisses de l’apocalypse russe. Il pense que si l’homme devient une idole pour d’autres hommes, le monde arrive à sa fin. Il est le premier à sentir la société moderne se mettre en place, avec le désir, avec l’imitation, avec les envies de la petite bourgeoisie. Après la disparition du monde que Proust a vu et plus tard décrit, un trou noir est apparu et c’est ce trou noir que Dostoïevski a ausculté. Proust a été un grand lecteur et un grand admirateur de Dostoïevski dont il parle abondamment dans La Prisonnière. André Gide a été un des premiers à parler de Dostoïevski. Voici en substance ce qu’il disait : / c’est le plus grand génie de tous les temps mais il est très dangereux parce que si le monde est rempli de princes Michkine, nous, l’Occident, sommes en mauvaise posture. Freud admirait Dostoïevski. Nietzsche qui a lu Les Carnets du sous-sol est tombé dans la folie et s’est effondré en Italie, à Turin, là où Dostoïevski avait vécu la même folie, avait surmonté la même crise et y avait survécu. Celui qui lit Dostoïevski ne peut dire autre chose que ce que disaient les Italiens quand ils voyaient passer Dante : il a visité les enfers et il est revenu des enfers. Même un faible d’esprit, qui a vu Dostoïevski ou Dante, sent dans ce monde la présence de quelque chose qui nous dépasse. On ne peut pas dire si c’est Dieu ou le diable. Avec des personnages concrets, il nous fait toucher du doigt ce que nous ne pouvons pas vivre réellement, et pourtant on le vit dans notre vie, et c’est avec nos propres yeux qu’on lit Crime et Châtiment et qu’on y voit l’enfer.

Extrait de la séquence bac pro

Et comme il est difficile de parler de la Russie sans la chanter, la séquence bac pro est consacrée à l’étude du Dist d’Igor et du  Prince Igor de Borodine.

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Étudier La Dame de pique de Pouchkine

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Étudier La Dame de pique de Pouchkine dans la traduction de Mérimée, permet d’aborder la nouvelle en 2de en voyageant de Paris à Saint-Petersbourg. La séquence engage à lire le texte mais aussi à travailler à partir des dessins d’Hugo Bogo dans l’album publié aux éditions Sarbacane.

Découvrez un extrait de la séquence en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Épreuve de littérature, Bac L

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Gide, Les Faux-Monnayeurs et Journal des Faux-Monnayeurs

Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier

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Télécharger les ressources de la séquence La Princesse de Montpensier

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Une séquence Bac pro sur la BD le Transperceneige

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Survivre au Transperceneige
Entretien avec Jean-Marc Rochette, propos recueillis par Françoise Rio

Peintre et illustrateur, Jean-Marc Rochette a contribué à de nombreux albums de BD mais son nom est surtout associé à l’étonnant destin du Transperceneige dont il a dessiné les quatre tomes parus chez Casterman entre 1984 et 2015. Dans un monde glacé après une catastrophe climatique, les rescapés rejouent la lutte des classes, enfermés dans un train qui roule sans fin. L’intérêt porté à cette BD culte a été relancé par le succès international du film Snowpiercer (2013) qu’en a tiré le cinéaste coréen Bong Joon-ho.

Comment, en tant qu’unique dessinateur, avez-vous collaboré avec trois scénaristes successifs ?
Cette façon de travailler en association a beaucoup varié au fil du temps, en fonction de l’âge et de la personnalité des scénaristes. Jacques Lob, l’auteur à l’origine du Transperceneige, avait vingt-cinq ans de plus que moi quand il m’a demandé de prendre la suite d’Alexis, le dessinateur dont la mort prématurée en 1977 avait suspendu le projet. J’étais débutant face à un scénariste confirmé qui était pour moi comme un père. Peu à peu, ce rapport s’est transformé, et je crois que Jacques Lob s’est inspiré de certains traits de mon caractère pour construire Proloff , le personnage principal du premier tome : très engagé dans la lutte anti-nucléaire, j’avais participe en 1977 à la manifestation a Creys-Malville contre le projet de la centrale Superphenix, et, du fait de l’échec du combat, j’étais devenu cynique, ne croyant plus a rien. Proloff, fuyant les wagons de l’arrière, ne cherche pas a sauver le monde ni l’humanité, mais veut seulement survivre, de manière individualiste. Après la mort de Jacques Lob en 1990, j’ai travaillé pour les deuxième et troisième tomes du Transperceneige (L’Arpenteur, 1999 ; La Traversee, 2000) avec Benjamin Legrand. Étant de la même génération, nous étions plus proches l’un de l’autre et avons un peu écrit l’histoire a deux. Enfin, pour le quatrième tome, Terminus (2015), la situation initiale s’est inversée puisque j’ai vingt ans de plus que le scénariste Olivier Bocquet : l’histoire est de moi mais il a écrit les dialogues et invente plusieurs éléments dont les masques de souris. On faisait le storyboard ensemble, il écrivait en ma présence : c’est ainsi que j’aime travailler, dans un échange constant, comme cela se pratique au cinéma.

Dans quelle mesure les changements du contexte historique et politique ont-ils influencé l’écriture de la série ?
Quand Jacques Lob a commence à écrire le premier tome, son sujet essentiel était la lutte des classes, bien plus que la question écologique. D’ailleurs, dans le scenario, la catastrophe climatique entraine la glaciation de la Terre est due à une guerre et non à la pollution qui à cette époque n’apparaissait pas comme un danger majeur. Dans le deuxième tome, a la fin des années 1990, j’ai voulu souligner le pouvoir des médias et le mensonge étatique, qui a toujours existé mais qui était alors évident, comme une espèce de « Pravda » libérale qui fait florès aujourd’hui. L’histoire du troisième tome raconte l’espoir déçu, cette petite musique de l’espoir qu’on nous ressert éternellement. Enfin, avec le quatrième tome, on est vraiment au « terminus », c’est-a-dire au fond du trou, où tout se déglingue, où les gens sont prêts à tout et acceptent tout car il n’y a plus d’opposition possible. Ce dernier album aborde les risques du nucléaire, de l’eugénisme et du transhumanisme, du pouvoir total de la science, de la crainte de la surpopulation… Il ne s’agit pas de science-fiction futuriste mais d’une réflexion sur le monde actuel. Cependant, il faut allier à ces concepts généraux et à cette dimension militante une histoire sentimentale, plus intime et humaine, comme celle d’un homme qui veut retrouver sa femme et ses enfants.C’est déjà le cas dans l’histoire d’Ulysse qui veut retourner auprès de Pénélope et de son fils.

Comment a évolué votre graphisme au fil des quatre tomes ?
À vingt-cinq ans, j’étais passionné par les « comics » américains des années 1950, notamment les séries d’Alex Toth ou celles de Jack Kirby, dont l’influence se ressent dans le premier tome. Plus tard, j’ai fait de la peinture et découvert le dessin chinois, d’où le recours au lavis dans les deux tomes suivants, marques par un trait plus rapide, plus léger. Le dernier volume témoigne, me semble-t-il, d’une sorte de maturité et de synthèse entre ces deux influences. Quant à la couleur, apparue graduellement dans ce Terminus que j’avais commence en noir et blanc, elle est liée au fait que les personnages quittent enfin le huis clos du train, comme pour signifier que la vie reprend doucement. Jusqu’à présent, j’ai fait absolument ce que je voulais avec le dessin, sans mettre de frein à ma créativité, bien que ce genre de dessin risque d’éloigner un public adolescent et semble davantage destiné à des lecteurs adultes.

Comment votre expérience de peintre interfère-t-elle avec votre travail de dessinateur ?
La peinture m’a appris la puissance du trait, l’énergie du geste en dehors de toute signification. En peinture, le trait a de la puissance sans forcement avoir de sujet ; c’est ce qui fait aussi la limite de cet art qui peut tourner à vide à force de se couper du sujet. Dans la BD, à mes débuts, c’était l’inverse : aucune force dans le trait, tout sur le sujet. J’ai essayé de rééquilibrer les deux, pour faire en sorte qu’il y ait non seulement une vie dans le trait mais aussi un sujet. En peinture, je fais surtout des paysages un peu abstraits, où le trait est plus important que le sujet. La peinture réaliste m’ennuie.
En somme, je fais la même différence entre peinture et BD qu’entre poésie et roman même s’il y a des écrivains qui introduisent de la poésie dans le roman.

Comment travaillez-vous les mythes et les archétypes qui parcourent l’histoire du Transperceneige ?
L’idée originelle du train qui transporte les survivants de l’humanité revient entièrement à Jacques Lob, qui avait auparavant commencé une série sur les moyens de transport et dont l’épouse avait fait un voyage en Transsibérien. Cette trouvaille géniale a permis d’écrire une histoire quasiment universelle, qui résonne aux quatre coins du monde et dont on peut se réapproprier la forme pour créer de nouveaux scenarios. Quant au dessin du train, il m’est venu tout de suite sous cette forme de masque spartiate qui l’humanise tout en ressemblant au devant phallique des sous-marins, en en faisant un objet bizarre et angoissant. Dans le dernier tome, on peut retrouver des références à la tragédie grecque, avec les masques de souris dont la forme rappelle celle des masques des chœurs, ou la fin du héros devenu aveugle qui meurt comme un héros grec dans les bras de sa femme. La science-fiction permet ainsi un retour vers des temps anciens. Ainsi Puig, le héros, a voulu créer une nouvelle société qui retourne à l’époque des chasseurs cueilleurs, jusqu’à la fin des temps, et qui croit en la magie de l’image plus qu’à l’écriture.

Quelles autres dystopies littéraires ou cinématographiques vous ont marqué ?
1984 de George Orwell, et La Route de Cormac McCarthy, sont pour moi des chefs-d’œuvre.
Dans ma jeunesse, j’ai été impressionné par le film de Jean-Luc Godard, Alphaville, qui parvient à faire de la science-fiction sans design excessif, et bien sur par Metropolis de Fritz Lang qui renvoie à tout l’imaginaire des années 1920. De manière générale, je suis assez influencé par l’art allemand. En matière de science-fiction, l’apport de Philip K. Dick a été fondamental : sous l’effet peut-être de ses tendances schizophrènes, il a lancé l’hypothèse d’un réel poreux, d’une réalité qui n’est pas de la matière mais de l’information, idée qui est aujourd’hui l’un des principaux sujets de la recherche scientifique.

Quel regard portez-vous sur l’adaptation cinématographique du Transperceneige par Bong Joon-ho ?
Je trouve que c’est un film très réussi, dont le succès international est mérité. Comme la BD et le cinéma n’ont pas du tout le même rapport au temps, le réalisateur a conservé la substance de l’histoire tout en la réadaptant aux spécificités de son art. C’est pourquoi le film comporte beaucoup plus de scènes d’action et de violence, et a écarté l’histoire d’amour qui aurait ralenti son rythme. Le héros est également transformé : contrairement à Proloff qui, dans la BD, ne croit plus en l’humanité, Curtis, dans le film, est une sorte de Spartacus qui veut libérer les gens et croit qu’on peut changer les choses… sauf qu’à la fin on lui dit que tout est faux. Bong Joon-ho a ainsi habilement associé des éléments du premier tome a l’idée centrale des deux suivants, fondée sur le mensonge, la manipulation. Par la suite, c’est lui qui nous a demandé de reprendre dans le quatrième tome deux personnages du film. Je n’avais pas du tout participé au scenario du film mais seulement réalisé les dessins qui y apparaissent. Par un effet de boule de neige, ce film coréen a relancé une BD française qui va maintenant être adaptée pour une série américaine : c’est très étonnant de voir comment une œuvre peut devenir un classique.

Découvrez également un extrait de la séquence Bac pro parue dans le numéro de novembre 2017 de la NRP lycée

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Et le Goncourt est attribué à…. : Éric Vuillard

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La NRP se réjouit du prix Goncourt attribué à Éric Vuillard, dont les romans ressuscitent avec brio des moments clés de l’histoire occidentale. Un article dans la NRP lycée de septembre propose des pistes pédagogiques pour lire Tristesse de la terre, l’histoire véritable de Buffalo Bill et la conquête de l’Ouest. Et retrouvez ci-dessous, la chronique Livres de mai 2017.

vuillardÉric Vuillard, 14 Juillet, Actes Sud, 208 pages, 19 €

Après Congo et Tristesse de la terre, Éric Vuillard offre avec 14 Juillet un nouveau récit à base historique. Comme Michelet se l’était proposé dans Le Peuple, il donne vie aux petites gens en rendant leurs voix aux acteurs multiples de l’Histoire : « C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. » Très visuelle, l’écriture allie rapidité et efficacité dans des phrases brèves et
rythmées qui rehaussent par contraste la puissance d’empathie qui emporte le récit. Le tournoiement vertigineux de noms, d’actions, de bruits et de visions rappelle certaines pages de Hugo. C’est l’épopée haletante d’un moment charnière de notre histoire que déploie avec brio ce petit livre aussi documenté qu’inspiré.
Daniel Bergez

 

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L’essai, pour penser le monde – n°76 septembre 2017

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Diderot, ou comment le dialogue aide à penserde

De l’expérience à l’essai 1re

Du Journal des Faux-Monnayeurs au roman Bac L

Voir la fiche produitSommaire de la revue

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Idée sortie : les maisons d’écrivains pour les journées du patrimoine

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Comme tous PhotoHugoles ans, le temps d’un week-end, les journées du Patrimoine permettent à des sites historiques de s’ouvrir au plus grand nombre. Alors les 16 et 17 septembre prochains, pour éviter les traditionnelles queues à l’Élysée, pourquoi ne pas aller dans une maison d’écrivain ? Voire le proposer à vos élèves pour leur montrer les livres du côté de la vie concrète de l’écriture ?

 

 

Maisons de Balzac : il en avait deux, au 47, rue Raynouard, et au 24 rue Berton, toutes deux dans le 16e arrondissement. Son château de Saché en Touraine est devenu musée.

Maison de Victor Hugo : 6, place des Vosges dans le 4e arrondissement et, pour ceux qui peuvent, il y a à Guernesey Hautevillle House (Guernesey Saint Peter’s Port), enclave française en territoire britannique, appartenant à la mairie de Paris !

Le « Château » de Dumas à Port-Marly, Chemin du hauts des Ormes, 78560 Le Port-Marly.

Flaubert, lui aussi normand, avait une petite maison qu’on peut encore visiter : le pavillon Croisset en bord de Seine, non loin de Rouen. Elle se situe sur un quai qui porte désormais son nom (18, quai Gustave Flaubert, 76380 Canteleu).

La maison d’Edmond Rostand au pays basque et la Villa Arnaga, Route du Docteur Camino, 64250 Cambo-les-Bains. C’est un cap !

La maison de Gide à Cuverville (1021 route du Château, 76280 Cuverville) . La visite se fait sur rendez-vous.

Appartements de Boris Vian et Jacques Prévert qui ont été amis et voisins 6 bis, Cité Véron, dans le 18earrondissement. Prévert avait aussi une maison en Normandie non loin de la mer qui vaut le détour (3 Hameau Le Val Omonville-la-Petite)

Pour aller plus loin, découvrez ou redécouvrez, en cliquant sur l’image, ces quelques maisons que nous vous avions présentées il y a quelques années dans la NRP lycée.

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Et si vous voulez aller encore plus loin et étudier les auteurs mentionnés ci-dessus, rendez-vous dans les archives de la NRP ou la boutique pour y découvrir de nombreux dossiers et séquences (De Pierre Grassou aux Misérables, en passant par Boris Vian et l’Écume des Jours, Les Faux Monnayeurs de Gide, Un cœur simple de Flaubert, etc.)

Belles visites !

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La Princesse de Montpensier et son adaptation filmique par Tavernier

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C’est par une journée ensoleillée qu’Ophélie Wiel, professeur et critique de cinéma sur le site Critikat.com, est venue nous conter l’aventure de l’adaptation de La Princesse de Montpensier par Bertrand Tavernier. Ces 5 vidéos vous en apprendront plus sur la lecture du cinéaste de l’œuvre de Madame de Lafayette et ses choix scénaristiques et artistiques.

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L’adaptation d’un récit au cinéma : difficultés et enjeux

Ré-historiciser la nouvelle

Une lecture féministe de la nouvelle ?

Le comte de Chabannes au cœur du film

Entre film d’aventures, film de cape et d’épée et western

Retrouvez également le texte des vidéos en cliquant ici.

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Et retrouvez dans le numéro de novembre 2017 une séquence consacrée à l’étude de l’œuvre.

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La mort de Réjean Ducharme, écrivain phare de la littérature québécoise.

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Par Antony SORON,  ESPÉ Paris

Réjean Ducharme a avalé sa langue sans faire de bruit le 21 août dernier. Ce fils imaginaire de Mark Twain, né en 1941 dans un Québec tout entier à sa « grande noirceur » « lourde comme un couvercle » a décidément filé le paradoxe jusqu’à la fin. Publié directement chez Gallimard alors qu’il venait tout juste d’atteindre sa vingtième année, il déclenche la ferveur de la critique en 1966 avec son roman L’Avalée des avalés.

Mais au lieu de rechercher la célébrité, il ne varie pas de sa ligne de conduite, celle de l’écrivain caché. Il préférera ainsi « la route » de Kerouac aux plateaux radiophoniques, la découverte des contrées lointaines à l’immobilité dans un Québec éternel, quatorze ans de silence à l’orée des années quatre-vingts plutôt qu’un entrisme forcené dans les milieux littéraires montréalais et parisiens.

Romancier-poète, Réjean Ducharme n’aimait rien tant que les calembours et les mots-valises. Qui en douterait, n’aurait-il pas, d’ailleurs, qu’à repérer, à titre exemplaire, quelques titres de sa bibliographie ? L’Océantume (1968), Les Enfantômes (1976) ou encore Dévadé (1990). La rébellion verbale était depuis l’origine la grande affaire de ce cousin d’Amérique d’Arthur Rimbaud : lui qui n’a eu de cesse de faire entendre les paroles de révoltés adolescents ou grands enfants en proie aux tourments matérialistes et prosaïque de « l’adulte-ère ». Le monologue intérieur fondateur de l’effrontée Bérénice, héroïne « malfamée » de l’Avalée des avalés  qui a donné le ton de l’œuvre, n’avait-elle pas annoncé la couleur de l’œuvre à venir ?

« « Je criai, mordant dans chaque syllabe : « spétermotorinse,  étranglobe ! » Une nouvelle langue était née : le bérénicien. » »

Cette «  lettre [d’une] voyant[e] » pourrait servir d’épitaphe à un homme de lettres à tout faire, romans, poésie, chanson, scénarios, ce Québécois épris d’épopée et de parodie, de liberté et de langage.

Pour aller plus loin lisez ou reliser le panorama paru dans la NRP lycée de mars 2016. En voici un extrait avec le dossier (Cliquez sur l’image pour afficher l’article).

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Pour se procurer le numéro de mars 2016 c’est par ici → nrp_mars2016_couv_lycee_mini

 

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