Ciné Lycée, l’histoire au cinéma

Publié le par admin

Par Gaëlle Bebin

 

La passion Jeanne D'Arc - CinélycéeDepuis l’automne dernier, il est possible d’organiser plus facilement des séances de projection au lycée grâce à Ciné Lycée qui met en ligne, à la disposition des établissements sur inscription, un grand nombre de films français et étrangers en version originale. Le site gagnerait à en donner l’accès à tous les professeurs pour leur permettre de les visionner à l’avance.  Tous les mois, un thème de réflexion autour de cinq films est proposé. En mai, « le cinéma face à l’histoire »  associe notamment Le Dictateur et La Passion de Jeanne d’Arc.

La Passion de Jeanne d’Arc (1928) a été le dernier film muet de Carl Theodor Dreyer, Le Dictateur (1940) le premier film parlant de Charlie Chaplin. L’un, drame où le pathétique est à son paroxysme, fut réalisé cinq siècles après le procès et l’exécution de Jeanne ; l’autre, satire humaniste aux pantomimes irrésistibles, fut tourné au moment même où Hitler entrait en guerre avec l’Europe. Alors que La Passion de Jeanne d’Arc – où se succèdent les gros plans sur les visages, « terre que l’on n’est jamais las d’explorer » – est un « hymne au triomphe de l’âme sur la vie » selon les termes du cinéaste danois, Le Dictateur se termine par le triomphe du plaidoyer pacifique et fraternel du barbier juif substitué à « Hynkel ». Dans ces deux films, l’individu est le jouet des hommes de pouvoir, dont l’autorité repose sur la manipulation, l’orgueil et la violence ; mais le destin des humbles est transfiguré par la grâce.

Ce miracle est aussi dans l’existence même de ces deux films, qui ont une histoire particulière. Les États-Unis n’étant pas encore en guerre avec l’Allemagne en 1939, Chaplin subit de nombreuses pressions pour mettre fin à son projet mais il fut plus tard invité par le président Roosevelt lui-même à lire le discours final du film. Comme l’héroïne condamnée au bûcher, les bandes de La Passion de Jeanne d’Arc ont disparu dans un incendie. Ce n’est qu’après la mort du réalisateur, qui crut son film définitivement perdu, qu’une copie a été découverte par hasard dans un hôpital psychiatrique norvégien.

Adenoid Hynkel et Benzino Napaloni, personnages du Dictateur

Adenoid Hynkel et Benzino Napaloni, personnages du Dictateur

Senso de Visconti et L’Impératrice rouge de Josef von Sternberg font également partie de ce cycle consacré aux rapports du cinéma à l’histoire. Chez le cinéaste italien, la Vénétie du XIXe siècle occupée par les troupes autrichiennes n’est que le décor de la double trahison, fictive, d’une Italienne à l’égard d’elle-même et son engagement patriotique, puis à l’égard de son amant autrichien. L’Impératrice rouge est aussi une reconstitution du passé prétexte à de flamboyantes scènes romanesques. Centré sur l’ascension de la future Catherine II de Russie au XVIIIe siècle, le film montre le soutien du peuple en sa faveur, ce qui l’aide à s’emparer du pouvoir. On retrouve le même pays dans Le Cuirassé Potemkine, dernier film du cycle. Ici le héros est collectif, c’est le peuple russe, cette fois soulevé contre les troupes tsaristes à Odessa en 1905. Eisenstein met son art au service d’une histoire qu’il est en train de vivre, celle de l’Union soviétique.

En parallèle à cette sélection, entrent ce mois-ci au catalogue de Ciné Lycée quelques chefs-d’œuvre qui ont marqué l’histoire du cinéma. Ils montrent aussi certains aspects de l’histoire nord-américaine, comme la ruée vers l’or du Klondike fin XIXe (The Gold Rush de Chaplin), la Grande Dépression suite à la crise de 1929 (The Grapes of Wrath de John Ford), et, à peine moins impitoyable que celui des chercheurs d’or et des travailleurs migrants, le milieu des acteurs de Broadway (All about Eve de Mankiewicz)…

Nuages de tags

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>