Étudier La Princesse de Clèves au lycée

Publié le par La rédaction NRP

La Princesse de Clèves

Éditorial du hors série lycée : La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
Par Marie-Hélène Dumaître

« Croyez-moi, vous qui pensez savoir ce que c’est que La Princesse de Clèves, pour en avoir entendu parler, vous qui pensez savoir à quoi vous en tenir, lisez donc ce roman, vous serez surpris » : c’est par cette incitation que Michel Butor clôt sa préface au roman de Mme de La Fayette, et par laquelle on pourrait présenter l’ouvrage à nos élèves.

 
 

Un roman, deux querelles

Les élèves auront-ils entendu parler de cette œuvre ? Peut-être, mais sans doute par leurs professeurs de français, et à titre de classique intimidant, consacré par toute une tradition scolaire et critique qui en fait le modèle du roman d’analyse français. Et cependant, ce roman si sage en apparence et si retenu a donné lieu à deux « querelles ».

Dans la plus récente de celles-ci, La Princesse de Clèves a servi de prétexte cristallisant des clivages politiques et culturels. Déclenchée et alimentée par différents propos tenus par Nicolas Sarkozy en 2006 alors qu’il est ministre de l’Intérieur, puis en 2009 lorsqu’il est devenu président de la République, cette querelle a moins débattu du roman de Mme de La Fayette pour ce qu’il est et ce qu’il raconte, que pour la valeur qu’il a acquise dans le contexte contemporain : symbole de l’anti-intellectualisme quand on le rejette, symbole inversement de la résistance culturelle, quand on le revendique. Dès sa publication en 1678, La Princesse de Clèves fit débat, chez les doctes aussi bien que chez les mondains. Le succès remporté par ce roman signale à quel point il correspondait aux attentes d’un public lassé par les romans baroques, mais n’efface pas la surprise et les réticences qu’il provoque. Cette fois-ci, la querelle est littéraire, puisqu’elle porte sur la conduite de l’action, le caractère des personnages, le style de l’écrivain. L’œuvre permet de forger un nouvel art romanesque, et d’en élaborer les principes. La querelle a aussi une portée psychologique et morale : la princesse est-elle une femme incompréhensible ? Est-il vraisemblable, est-il en outre bienséant qu’une femme fasse l’aveu à son mari qu’elle en aime un autre ?

Questions esthétiques, psychologiques et morales

Le travail que nous proposons sur La Princesse de Clèves entend explorer tant la dimension littéraire que morale de l’œuvre, comme le montrent les différentes étapes de l’étude : « Genre et contexte », « Portraits des personnages » – qui abordent des questions d’ordre esthétique – ; « Peinture des mouvements du cœur » – qui s’intéresse à l’analyse psychologique et à la construction des personnages – ; « Morales du roman », dont le pluriel signale que nous n’avons pas voulu enfermer l’interprétation de l’œuvre dans une vision du monde et de l’homme unique. Pour y parvenir, il fallait d’abord surmonter deux difficultés. La première était de faire comprendre la nouveauté esthétique du roman dans son temps : c’est l’objet de notre séance d’ouverture, qui écarte volontairement une présentation de l’auteur que l’on trouvera partout. Une fiche complémentaire permet de rappeler les grands principes de l’esthétique classique.

Le deuxième écueil est constitué par le cadre historique de l’intrigue : les élèves se perdent parmi les personnages et les intrigues de la Cour d’Henri II. Il s’agit d’abord de leur faciliter la tâche. En ce but, une fiche élucide les événements réels entre lesquels l’intrigue fictive se glisse, tandis qu’une affiche, jointe à ce numéro, présente les principaux personnages historiques. Mais il s’agit aussi de leur en faire sentir l’intérêt : pourquoi avoir choisi cette Cour brillante du XVIe siècle ? La question est abordée au début de l’étude et dans la phase conclusive. Nous espérons que, ces difficultés balayées, les élèves se laisseront envoûter et interroger par l’histoire d’amour que conte ce roman, faisant alterner les scènes où la présence de l’être aimé s’impose avec toute sa force bouleversante et les temps âpres de l’analyse réflexive. Il nous a semblé que l’explication de nombreux extraits permettrait de faire partager les émotions ressenties par les trois personnages principaux, tout en étudiant le talent de l’auteur pour peindre les mouvements du cœur. Nous avons aussi voulu engager les élèves dans une réflexion, s’il est vrai que la lecture de romans participe à leur formation psychologique et morale : que penser de la sincérité de la princesse, comment juger son renoncement ? Une séance entière y est consacrée, sous la forme d’un travail de groupe conduisant à un éventuel débat. Le parcours proposé dans La Princesse de Clèves s’adresse en priorité à des 1res L, en raison de la difficulté propre à l’œuvre et du volume horaire que requiert son étude, mais peut être conduit avec des élèves d’autres séries, au prix de quelques adaptations. Nous espérons que ce hors-série permettra au professeur de faire goûter à ses élèves ce beau roman mélancolique où l’exigence de lucidité préserve le mystère fascinant de son héroïne.

À suivre dans le hors série lycée de novembre 2016

 

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