La semaine de la critique à Cannes et… au lycée

Publié le par admin

Par Gaëlle Bebin

 

Semaine de la critique

Chaque année au mois de mai, des lycéens de huit établissements français et allemands, accompagnés par des professeurs, vont à Cannes à l’invitation de la Semaine de la Critique et de l’Office franco-allemand pour la jeunesse. Ils ont un rôle de jury, en décernant un prix à l’un des sept longs métrages sélectionnés. En 2011, c’est Las Acacias, du réalisateur argentin Pablo Giorgelli, qui a été primé. Les lycéens sont en même temps en lice pour la meilleure critique de film, et les lauréats sont invités à la prochaine Berlinale.

Les films de la Semaine de la Critique sont l’œuvre de nouveaux talents ; ce sont essentiellement des premières ou deuxièmes réalisations, qui viennent du monde entier. En sept jours, les lycéens voient les sept films, débattent avec les équipes artistiques et écrivent leurs critiques, seuls ou en duo. Elles sont lues et analysées chaque jour en groupe avant d’être publiées. Au début de la semaine, un atelier d’initiation à la critique est proposé par un professionnel. Les lycéens intéressés devront poser leur candidature auprès de l’OFAJ et de la Semaine de la Critique avant mars 2012. Il faut savoir parler un peu allemand pour échanger avec les autres, former un groupe de trois autour d’un professeur, savoir rédiger, et être passionné de cinéma… Pour s’y préparer, pourquoi ne pas commencer à écrire la critique de films inspirés de romans ? Et pour trouver des idées d’adaptations à visionner, on pourra consulter l’ouvrage 100 films du roman à l’écran (CNDP/Nouveau monde, 2011).

 

Semaine de la critique

Cette année, trois films parmi ceux qui ont été projetés à la Semaine de la Critique étaient centrés sur la relation entre une femme, un homme et un enfant.

Le film d’ouverture, La guerre est déclarée de Valérie Donzelli (qui sort le 31 août 2011), met en scène un couple face à la maladie de leur bébé, chez qui on découvre une tumeur au cerveau. Tout commence en accéléré, dans une atmosphère de conte à la fois assumée et décalée : Roméo et Juliette ont un coup de foudre l’un pour l’autre dans une soirée parisienne, et Adam naît. La grande force du film est de mettre en évidence aussi bien la vulnérabilité de ce très jeune couple dépassé par la situation, que leur obstination à gagner la guerre contre le cancer de l’enfant. L’angoisse n’est jamais loin de l’autodérision. Le temps se plie aux lois de l’hôpital, de consultations pédiatriques en blocs opératoires. Entre les courses folles et les longues attentes, ils s’échappent tous les trois devant la mer. Pourquoi est-ce que cela leur arrive, à eux ? Parce qu’ils sont capables de le surmonter.

La dernière image de Take Shelter, deuxième film du réalisateur américain Jeff Nichols (le 7 décembre 2011 sur les écrans), montre aussi les jeunes parents et leur enfant devant la mer. Le film vaut – un peu trop – pour ces dernières secondes, très impressionnantes. Avant, le spectateur aura suivi la trajectoire d’une famille modeste confrontée cette fois aux troubles psychiques du père, qui souffre tout à coup de cauchemars récurrents, de visions d’apocalypse. Est-il victime de crises de schizophrénie ? Ici, aucun scanner ne permet de mettre un terme médical sur ses tourments, ce qui fait dériver le film vers le fantastique. Dans son obsession à protéger sa femme et sa fillette sourde de la tempête qui le hante et qu’il est le seul à entendre, Curtis s’endette et se coupe de son entourage familial et professionnel pour aménager un abri souterrain. L’angoisse monte : d’où va venir le danger ? Et, à nouveau, la solidité du couple est mise à l’épreuve.

 

Image du film Las Acacias

Image du film Las Acacias

 

Las Acacias (au cinéma le 4 janvier 2012) est le premier film de Pablo Giorgelli, récompensé par le Prix OFAJ de la (Toute) Jeune Critique et par la Caméra d’Or au Festival de Cannes. Là, pas de catastrophe climatique, rien que des paysages banals ; quant au chaos intérieur, il est extrêmement discret. C’est un road movie sans effets spectaculaires : le trajet est connu, on roule toujours au même rythme. Dans le huis clos de l’avant du camion transportant du bois entre le Paraguay et Buenos Aires, nous assistons à la cohabitation forcée d’un routier habitué à la solitude et d’une femme avec son bébé. Ils ne se connaissent pas – le spectateur ne sait rien d’eux non plus – et ils vont faire la longue route ensemble. Les gestes et les regards du nourrisson vont perturber cette réserve gênée. Peu de mots sont échangés, mais tous sont essentiels. Le petit miracle de ce film tient à l’évidence qui se construit progressivement et simplement : pour cet homme, la jeune femme et la petite fille sont devenus indispensables à sa vie.

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