Idée sortie : Du sang sur mes lèvres d’Angélique Friant

Publié le par La rédaction NRP

tract_spectacle_sangLa compagnie Succursale 101, présente du 13 au 19 octobre, à Nogent-sur-Marne, une revisite de la nouvelle de l’écrivain allemand Ernst Raupach Laisse dormir les morts.

L’histoire d’un veuf qui en ramenant sa femme à la vie la condamne à se nourrir de sang humain pour l’éternité. Une première figure vampire, féminine, née 70 ans avant le Dracula de Bram Stoker.

Adapté et mis en scène par Angélique Friant, en collaboration avec Carole Guidicelli auteure pour la  NRP, ce spectacle mêle théâtre classique et marionnette.

Des séances sont réservées aux scolaires avec un tarif spécial d’1 euro par élève.

Plus d’informations sur le site de la Scène Watteau.

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Travail de mémoire : commémorer l’Armistice

Publié le par La rédaction NRP

Par Clémentine Coudray

Armistice« […] l’Armistice, c’est d’abord la fin de la sidération et l’amère découverte des ruines et de la résilience impossible […] » Cynthia Fleury, « Des nuits sans fin ».

Initié par la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Armistice, à paraître chez Gallimard, donne à lire et à voir témoignages, souvenirs, récits et visions d’une trentaine d’auteurs de nationalités différentes ; un beau-livre illustré aux multiples voix qui dit l’empreinte de la Grande Guerre dans les esprits d’aujourd’hui.

Quelle place tient la Première Guerre mondiale dans les imaginaires du XXIe siècle ? Qu’évoque-t-elle chez les écrivains ? Ce recueil tente, par la pluralité des visions, des évocations, des souvenirs qu’il offre, d’approcher de qu’a été et ce que représente cette trêve des combats, survenue un 11 novembre 1918 à 11 heures du matin. Des tons et des histoires qui s’entrechoquent, se souviennent, exorcisent peut-être, relient hier à demain. Passé et présent s’entrelacent, et l’on se demande, comme Pierre Bergounioux, si l’on en finira, un jour, avec les séquelles de la Grande Guerre.

Car l’Armistice, certes, renvoie à la fin des hostilités, à la joie de la paix retrouvée. Mais elle porte surtout en elle la conscience de plusieurs millions d’âmes ébranlées, le souvenir des atrocités passées, le spectacle de leurs conséquences et la crainte – l’intuition –, que ça revient déjà. Plus qu’un recueil traitant de la paix, il s’agit ainsi, dans cet ouvrage, d’élargir les perceptions. Les œuvres graphiques, elles, sont produites par des artistes contemporains de la Guerre. Dessins, gravures, aquarelles, gouaches font écho à la pluralité des récits et à la complexité de l’Histoire. Ici le trait cinglant et sombre d’Otto Dix, là les aplats colorés et expressifs de Charles Barclay de Tholey. Écrits d’aujourd’hui, œuvres graphiques d’hier, ce bel ensemble lègue à la postérité une mémoire vive et bigarrée, aussi bien textuelle que visuelle.

Entretien

À un an de la fin de son mandat, Alexandre Lafon, conseiller pédagogique et historique de la Mission du Centenaire, rappelle le rôle de l’école dans la transmission de la mémoire collective.

Quel est la place des projets pédagogiques au sein de La Mission du Centenaire ?
2 000 projets pédagogiques ont déjà été labellisés depuis 2013 : ebook, musée virtuel, expositions, spectacles autour de témoignages de soldats, mini films sur la vie à l’arrière, travaux de reconstitution de chars ou de tranchées. Beaucoup de ressources pédagogiques ont été produites pour les classes : par exemple, sur le portail national centenaire.org, le dossier intitulé « Six dates, six textes », comporte des extraits d’œuvres de témoins et d’écrivains qui peuvent être utilisés en classe.

Transmet-on l’Histoire de la même manière aux enfants et aux adultes ?
Il est important de montrer aux jeunes l’intérêt des commémorations, c’est-à-dire l’intérêt de l’histoire, et celui de la mémoire. Pour nous, l’important n’est pas d’être dans l’injonction d’un devoir de mémoire, mais d’effectuer un travail de mémoire, pour comprendre les enjeux contemporains du passé. Il s’agit d’intéresser les enseignants et d’impliquer les élèves dans un passé très éloigné d’eux, alors que beaucoup d’adultes de plus de cinquante ans ont encore un rapport mémoriel direct à la Première Guerre mondiale.

Y a-t-il une évolution dans la manière de transmettre l’Histoire, avec notamment l’émergence des nouvelles technologies ?
En un clic, Internet offre la possibilité de trouver des trésors d’archives. On a aujourd’hui la possibilité d’accéder à des registres matrimoniaux, des journaux des marches et opérations ou des journaux de tranchées. L’outil informatique est aussi un outil ludique. En 2014, la Mission du Centenaire a accompagné la création d’un jeu vidéo adressé aux collégiens de 3e : Valiant Hearts, par Ubisoft. Ni uniquement ludique, ni serious game, il propose une voie médiane, « ludo-pédagogique ». Il contient des petits textes explicatifs, et le graphisme, emprunté à celui de la bande dessinée, est néanmoins très fidèle à la réalité de l’époque.

Quel serait le rôle de l’école et des enseignants, dans cette mission de transmission ?
Les commémorations et la Grande Guerre sont un enjeu contemporain encore fort : un élève ne peut pas comprendre son espace proche, s’il ne sait pas qui est Foch, Clémenceau, la Marne, la Somme ou Verdun. Le dernier soldat français de la Grande Guerre, Lazare Ponticcelli est mort en 2008. Avec la disparition des témoins, Le Centenaire a été, il me semble, une étape dans la prise en main par l’école de la question mémorielle de la Grande Guerre. Ce qui est important est de rendre les élèves actifs dans les projets, et acteurs dans le rituel commémoratif.

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Étudier l’histoire littéraire à travers l’œuvre de Zola

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La séquence 2de est consacrée à un parcours à travers Les Rougon-Macquart. Et pour en faciliter l’étude, un livret numérique regroupe les extraits étudiés au fil de la séquence. Vos élèves prendront ainsi connaissance de l’édifice que constitue l’œuvre de Zola.

Découvrez un extrait de la séquence en cliquant sur l’image ci-dessous

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Bac pro : une œuvre courte et abordable de l’esprit des Lumières

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En bac pro, la NRP vous propose d’étudier un texte court et abordable : De l’art de ramper, à l’usage des courtisans, du baron d’Holbach. Une œuvre emblématique de l’esprit des Lumières, qui n’est pas sans rapport avec les mœurs politiques de notre époque.

Et pour fêter cette nouvelle année scolaire, nous vous proposons de découvrir l’intégralité de la séquence !

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À voir en septembre : l’adaption du livre de Cécile Ladjali Illettré

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Illettré – Entretien avec Jean-Pierre Améris
Propos recueillis par Yun Sun Limet

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Jean-Pierre Améris aime filmer des personnages qui sortent de leur isolement, qui se libèrent de leur souffrance. Son adaptation pour la télévision du roman de Cécile Ladjali Illettré sera diffusée le 18 septembre prochain sur France 3.

Quel désir a présidé à la réalisation de votre téléfilm Illettré ?
Depuis plusieurs années, j’ai le désir de traiter de l’illettrisme, sujet qui me touche profondément. Et je voulais en faire un film de télévision, non pas de cinéma. Avec la télévision, je suis sûr de toucher plus de spectateurs. Après avoir cherché des documents sur l’illettrisme, je n’ai rien trouvé qui puisse nourrir une fiction. C’est Murielle Magellan, la scénariste, qui m’a proposé le roman de Cécile Ladjali. Après lecture, j’y ai trouvé l’histoire que je cherchais pour traiter le sujet.

Avez-vous une « théorie » de l’adaptation ?
Il faut juste que l’écrivain soit d’accord pour que l’adaptation soit comme un rebond. C’est un sentiment profond qui doit monter, pas seulement le thème. Là, je pense avoir été fidèle à l’esprit du roman de Cécile Ladjali – mais pas fidèle à la lettre. Cela demande beaucoup plus de concision. Le film n’a que les comportements, les gestes, les positions, équivalents cinématographiques de l’écriture, pour dire l’intériorité.

D’un point de vue pratique, comment avez-vous procédé ?
C’est la scénariste, Isabelle Magellan qui s’en est chargée. Il a été convenu au départ que Cécile Ladjali n’interviendrait pas dans son travail, outre le fait que je l’avais avertie que je ne pouvais traiter la fin du héros de façon aussi tragique. Et cela a toujours été ainsi pour mes adaptations. Ni Olivier Adam ni David Foenkinos n’ont participé aux scénarios de mes films.

En quoi Illettré est-il un film personnel ?
Adolescent et jeune homme, j’ai toujours été un garçon renfermé, avec du mal à communiquer. Le cinéma m’a sauvé. Grâce aux films, j’ai pu me relier aux autres. Je suis attiré par les histoires comme celle de Léo ou de Marie Heurtin (Voir le film éponyme sur une jeune femme du XIXe siècle, sourde et aveugle, 2014.) qui posent le problème de la communication. Et je suis heureux d’entendre qu’Illettré parle de la communication au sens large. Les personnages sont handicapés, enfermés, mais ils réalisent qu’on n’apprend pas sans l’aide de l’autre. Léo refuse l’apprentissage. C’est dur de sortir de soi. Pire encore, il a honte de son handicap. Grâce à Nora l’infirmière et aussi grâce à l’accident du travail, Léo va surmonter la honte. J’aime montrer, parce que cela m’est arrivé, ces personnes qui arrivent à surmonter leur handicap de communication.

Vous avez tenu à ce que des personnes non comédiennes interviennent dans le film.
À l’été 2017, j’ai tourné les scènes d’apprentissage à Marseille dans un centre où j’ai rencontré les éducatrices et des illettrés. Ils m’ont raconté leurs histoires. Comme cette dame merveilleuse, d’une soixantaine d’années, qui m’a raconté comment elle a surmonté sa honte. À 60 ans, elle disait : « Je veux apprendre ». C’est une leçon valable pour tous, à tous les âges.

 

CÉCILE LADJALI, ILLETTRÉ , ACTES SUD, 2016.

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Léo, vingt ans, est ouvrier dans une imprimerie. Il vit avec sa grand-mère dans une cité, porte de Saint-Ouen à Paris. Jeune homme discret, il a quitté l’école très jeune, sans diplôme et a, au fil du temps, désappris la lecture. Elle-même illettrée, sa grand-mère le maintient dans ce qui pour lui devient un handicap. Jusqu’au jour où, à l’usine, une machine lui blesse gravement la main. L’accident aurait pu être évité s’il avait su lire le panneau avertissant du danger. Suite à ce drame, il fait la connaissance de Sybille, l’infirmière qui vient à domicile faire les soins pour sa main. Peu à peu des liens se nouent, au point que Léo lui avoue ce qu’il a toujours voulu cacher.

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Participer au Grand Prix ELLE des Lycéennes

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Par Claire Beilin-Bourgeois

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Participer au Grand Prix Elle des Lycéennes
La Maison des écrivains et de la littérature et le magazine ELLE constituent un jury de 120 élèves volontaires. Ainsi, au lycée Blaise Pascal d’Orsay, Lise, qui aime les biographies et les romans historiques, Célia lectrice de Fantasy et Emmanuelle, qui a une préférence pour les polars, ont été retenues après avoir envoyé une lettre de motivation.

Professeurs et professeurs documentalistes
Dans le cadre du Grand Prix des lycéennes dont le jury est organisé hors du groupe classe, le rôle de médiateur du professeur documentaliste est d’autant plus prégnant : acquisition des ouvrages en lice, constitution d’un corpus bibliographique autour des thématiques abordées, construction d’un parcours de lectrice, mise en place et animation d’un club lecture où échanges et débats sur les livres ont la primeur, aide à la rédaction et mise en ligne de critiques littéraires sur le site de l’établissement ou un blog dédié… autant de possibilités d’accompagnement et d’ancrage des élèves dans leur rôle de jurée.

Outre le célèbre Goncourt des lycéens, il existe une constellation de prix littéraires lycéens dans les régions et les villes. Un peu à part, le jury du Grand Prix Elle des Lycéennes réunit des jeunes filles de 1re de tout type d’établissement.

Et soudain la liberté plébiscité par le jury
Les suffrages au lycée Blaise Pascal comme ceux d’une grande majorité des membres du jury se sont portés sur Et soudain la liberté d’Évelyne Pisier et Caroline Laurent. Emmanuelle, Lise et Célia se sont plongées dans « cette histoire qui s’étend sur une longue période » : l’enfance d’Évelyne Pisier en Indochine puis en Nouvelle-Calédonie, sa mère qui choisit de quitter sa famille très conservatrice pour s’épanouir dans un féminisme radical, sa relation amoureuse avec Fidel Castro, une carrière brillante de >professeur de droit. La vie d’Évelyne Pisier est en effet un roman, dont Caroline Laurent, alors directrice littéraire aux éditions Les Escales, a été la première lectrice : « La trame était définie. Les intentions de l’auteur étaient claires, mais il restait un travail formel à accomplir. Une histoire pareille, avec un tel arrière-plan historique une telle trajectoire, avait quelque chose de stupéfiant. » Alors elles s’y sont mises, ensemble. « Nous avons donc entrepris un travail à 4 mains. Dès ce moment-là, j’étais au-delà de ce que je fais normalement en tant qu’éditrice. Pendant 6 mois, ce fut un ping-pong littéraire. Elle lisait, complétait, nourrissait les chapitres. » Se noue entre les deux femmes une relation hors du commun : « Elle et moi c’était deux folies qui se rencontraient. » Mais Évelyne tombe malade, gravement. Sa mort en février 2017 aurait pu signer la fin de ce projet éditorial. Il n’en est rien. Elle demande à son éditrice et amie de le poursuivre. « C’est un moment où l’histoire du livre devient aussi folle que le roman lui-même. Toute la partie sur l’enfance en Indochine était vue et validée. Pour le reste, j’avais seulement la matrice du roman. Restait à l’écrire. Il fallait honorer cette promesse qui nous unissait, et accepter de dévoiler les coulisses d’une relation rare entre un auteur et son éditeur qui n’est pas banale. » Caroline Laurent fait alors le choix de composer un récit cadre pour rendre explicite la double signature du livre, pour clarifier aux yeux des lecteurs le relais qui s’est construit au fil de l’écriture. C’est finalement cette histoire en miroir qui a séduit les jeunes lectrices.

Lire pour soi
Participer à un prix littéraire, c’est entrer dans une littérature vivante : lire des textes qui viennent d’être publiés, et surtout rencontrer des auteurs. Caroline Laurent en est convaincue : « Rien ne remplace la rencontre des écrivains. Quand on échange avec les élèves dans les lycées, quelque chose se passe. Il n’y a plus que la passion. » Les lycéennes aussi considèrent que la littérature contemporaine n’a pas tout à fait assez de place à l’école. Seul regret pour Emmanuelle, que les garçons n’aient pas eux aussi leur prix : « généralement, les filles lisent plus que les garçons. Ils auraient besoin d’avoir un prix pour les encourager à lire. »

 

L’A.P.D.E.N., Association des professeurs documentalistes de l’Éducation Nationale partenaire de la NRP
• L’organisation et/ou la participation à des prix littéraires est évidemment un levier primordial dans la promotion de la lecture auprès des lycéens et lycéennes. Ces temps privilégiés, individualisés et personnalisés, sont une richesse et trouvent un écho tout particulier quand ils sont complémentaires de travaux menés au sein de groupe classe, en partenariat avec les autres enseignants disciplinaires, dans l’optique de développer une culture de l’information et des médias auprès des élèves, d’éduquer leur esprit critique et d’en faire des lecteurs avisés et exigeants. Ce sont ces projets que l’A.P.D.E.N se proposera de mettre en valeur, dans une rubrique dédiée, dans les prochains numéros de votre revue.
• Consulter le site http://www.apden.org/

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Une étude d’Hernani, rédigée et présentée par Florence Naugrette

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nrp_hernani_image_presentationEn 2019, Hernani de Victor Hugo sera au programme du Bac L et comme chaque année, la NRP vous aide dans la préparation de vos avec une série de vidéos et une séquence spécifique. C’est Florence Naugrette, professeur à Sorbonne Université et spécialiste d’Hugo et de l’époque romantique qui vous accompagnera dans cette découverte de l’œuvre. 

Histoire du drame romantique

Pourquoi y a-t-il différente éditions d’Hernani ?

La bataille d’Hernani

Hernani, un drame romantique ?

Y a-t-il un héros dans Hernani ?

Découvrez toutes les vidéos pour préparer le Bac L 2019 dans notre playlist !

Dans la séquence, qui sera disponible dans le numéro de septembre 2018, vous trouverez :

  •  Les éléments nécessaires pour situer la pièce dans l’histoire du théâtre romantique et dans la carrière théâtrale de Victor Hugo.
  • Une analyse du contexte d’écriture et de représentation de la pièce.
  • Une étude détaillée présentée sous la forme de réponse à des questions type Bac
  • Une bibliographie et sitographie sélective et commentées.

Découvrez-en dès maintenant un extrait en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Programme 2018-2019

Publié le par La rédaction NRP

Découvrez le programme de la NRP 2018-2019 !

Revue

Septembre 2018 Enseigner l’histoire littéraire aujourd’hui
Séquence 2de : Les Rougon-Macquart, somme naturaliste
Séquence 1re : Les perdants de l’histoire littéraire

Novembre 2018 La figure du père
Séquence 2de : Le Père Goriot et ses échos contemporains
Séquence 1re : Le Roi Lear et d’autres pères au théâtre

Janvier 2019 Travailler l’éloquence
Séquence 2de : Étudier les textes d’hier pour écrire un discours d’aujourd’hui
Séquence 1re : Lire, penser et échanger sur un thème choisi : le bonheur

Mars 2019 La littérature belge
Séquence 2de : Verhaeren et autres poètes symbolistes belges
Séquence 1re : Les romans courts d’Amélie Nothomb

Mai 2019 Méditerranée
Séquence 2de : L’Italie des écrivains romantiques
Séquence 1re : Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

Hors-série

Novembre 2018 Une terre et des hommes mode d’emploi d’une anthologie – Carrés classiques 2de

et 1re

Mars 2019 Le Hussard sur le toit de Giono – 1re

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Mai 68 réinventé…

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ns_mai18_mai68Pour prendre un peu de distance par rapport aux documentaires et aux commentaires qui abondent en cette période anniversaire, on peut aborder Mai 68 par la fiction, en entrant dans les histoires singulières d’écrivains comme Annie Ernaux, Marie Nimier ou Pierre Péju. 

Par Antony Soron, maître de conférences en littérature, formateur à l’ESPÉ Sorbonne Université

Si le roman ultra-contemporain s’est saisi du mouvement de Mai 68 au même titre que le cinéma (B. Bertolucci, Innocents, 2003), c’est sans doute moins pour raconter « Mai » que pour mettre en perspective l’évolution de personnages dont la crise individuelle croise la crise collective.

Scènes types de Mai
Comment représenter ou évoquer des situations historiques contemporaines dont l’imaginaire collectif s’est emparé ? Question littéraire décisive pour ce qui concerne le phénomène libertaire et social de la fin des années de Gaulle. Mai 68 a non seulement bénéficié d’un traitement photographique et radiophonique à chaud, mais a aussi été analysé a posteriori, notamment dans l’ouvrage d’Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération (coll. « Points », 2008). Certaines scènes-types (manifestations étudiantes, contestations dans les amphis, jets de pavés, écrits sur les murs) sont devenues de véritables clichés du mouvement de révolte au même titre que des slogans comme « Il est interdit d’interdire » ou « Sous les pavés la plage ». N’est-il pas encore, cinquante ans après, l’enjeu de controverses acharnées ?

Je n’ai rien vu de Mai 68
Le roman de Marie Nimier, Les Inséparables, narre l’amitié « prodigieuse » de la narratrice -personnage et de Léa, des années Mendès-France aux années 2000. À ce titre, il était naturel que la vie des deux Parisiennes soit bousculée par le printemps des barricades. Toutefois, l’originalité du récit tient au fait que Mai 68 est associé à un non-événement. La phrase, « Je lui racontai ce que j’avais vu de Mai 68 – bien peu de choses en vérité » pourra ainsi apparaître déceptive au lecteur coutumier des récits enflammés et contrastés comme celui d’Olivier Rolin, Tigre en papier (Seuil, 2002).

Points de vue décalés sur les évènements
Du point de vue de la restitution d’un mouvement collectif, le sac des Tuileries décrit dans L’Éducation sentimentale, fait figure de modèle. Chez Flaubert, la situation décrite compte finalement moins que le point de vue adopté : celui d’un personnage en déphasage avec l’événement. Dans La Petite Chartreuse de Pierre Péju, l’épisode de Mai vaut surtout car il est l’occasion des retrouvailles du narrateur avec « Vollard », qu’il croyait avoir définitivement perdu de vue depuis le lycée. Or, ce personnage semble hors du temps, « comme indifférent à tout ce qui se passait autour de lui ». En arrière-plan, tous les clichés de Mai sont condensés, et la singularité de la narration tient au choix d’une focalisation sur ce personnage en apparence étranger au mouvement.

Mai, ou le passage du « je » au « nous »
Autant, dans La Petite Chartreuse, le lecteur pouvait avoir l’impression d’être mis à l’écart du coeur des « événements » (pour paraphraser l’euphémisme du discours d’alors), autant dans Le Rire de l’ogre, l’implication du « je » dans l’action collective du « nous » est manifeste. Le personnage n’est plus seulement lui-même, il est littéralement porté par une force, voire une liesse collective – « Le visage pâle de Maxime s’illumine alors qu’un frisson parcourt mon épiderme : nous plongeons dans la mêlée » – quand dans La Petite Chartreuse, 68 est perçu selon le décalage entre « eux » (la masse des étudiants contestataires) et « lui » (Vollard). On prolonge une séance comparant les deux extraits de Pierre Péju par la lecture d’un extrait des Années d’Annie Ernaux, où le « je » disparaît littéralement et paradoxalement au profit du « nous » et du « on ». En Mai 68, étaient dénoncés les conservatismes moraux, sociaux et politiques, médiatiques au moyen de dessins et de caricatures célèbres. Les romans étudiés ont à leur façon rendu hommage à cet axe de la contestation en ne délivrant pas de ce printemps si particulier une image définitive et universelle.

Corpus d’étude

• Annie Ernaux, Les Années, Gallimard, 2008, de « C’était un printemps » (p. 102) à « devenait réel. » (p. 103)

• Marie Nimier, Les Inséparables, Gallimard, 2008, (Folio 2010), « Léa » à « ami. » (p. 67)

• Pierre Péju, La Petite Chartreuse, Gallimard 2002 (Folio 2005), de « Dans le temps dilaté » (p. 94) à

« quelque temps plus tôt. » (p. 95)

• Pierre Péju, Le Rire de l’ogre, Gallimard, 2005, (Folio 2007) de « C’est ainsi » (p. 221) à « à la place de la bouche » (p. 223)

Documents complémentaires

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/expositions/f.icones_mai_68.html

www.ina.fr/video/MAN6962593735

 

mai_68_livrePour les générations qui n’ont pas connu Mai 68 mais qui sont plus que jamais engagées dans les combats d’aujourd’hui, Mai 2018 – Dernier inventaire avant révolution est à découvrir. Édité par la maison d’édition éphémère Les Cahiers de l’Asphalte, cet ouvrage unique regroupe les textes de 48 auteurs d’horizons différents qui ont imaginé leur révolution. Le tout superbement illustré par Ludivine Proisy et Manon Skotnicki deux illustratrices de l’école de Condé.
Si vous vous demandez qui se cache derrière ce projet un peu particulier ou si vous souhaitez vous procurer le livre, rendez-vous sur le site Internet des Cahiers de l’Asphalte. Certains membres de cette belle équipe ont également participé à l’élaboration des manuels Nathan de ces dernières années…

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Rêvez !

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Pour aborder en classe une œuvre contemporaine bouleversante, lisez l’analyse passionnante du « Rêvez ! »  de Claude Lévêque, dont l’écriture tremblée est celle de la mère de l’artiste…

Cliquez sur l’image pour afficher la séquence.

© Adagp/ Claude Lévêque / Courtesy of the artist and kamel mennour, Paris/London

© Adagp/ Claude Lévêque / Courtesy of the artist and kamel mennour, Paris/London

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Nadja, un manifeste du surréalisme

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Une étude de Nadja en 1re permet ainsi d’aborder les rêves surréalistes en entrant dans un roman d’amour. 

Cliquez sur l’image pour afficher un extrait de la séquence

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Et pour aller plus loin vous pouvez consulter le numéro NRP lycée de mars 2014 et ses ressources.

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Gros plan sur le Festival du cinéma européen de Lille

Publié le par La rédaction NRP

Par Rémi Boulle

Du 6 au 13 avril 2018, la 34e édition du Festival du cinéma européen proposera une sélection d’une soixantaine de courts-métrages. Voici donc quatre choses à savoir sur cet événement qui a permis de révéler des films de réalisateurs comme Cédric Klapisch ou Mathieu Kassovitz.

En 2017, la 33e édition du Festival du cinéma européen de Lille a accueilli 6000 spectateurs. Il se présente comme le troisième festival de courts-métrages le plus important en terme d’entrées en France, derrière ceux de Clermont-Ferrand (120 000 entrées) et de Brest (20 000 entrées), respectivement organisés aux mois de février et de novembre. Si l’événement est moins connu du grand public que d’autres festivals, comme Cannes, il permet de révéler de jeunes réalisateurs. « Les films Ce qui me meut (1989) de Cédric Klapisch et Fierro le pou (1991) de Mathieu Kassovitz ont été projetés ici, avant que leurs réalisateurs ne soient connus du grand public. Très souvent, des films que nous projetons en avant-première sont ensuite diffusés dans d’autres festivals », souligne Adrien Évrard, président du Festival du cinéma européen de Lille.

Quels films sont programmés pour cette 34e édition ?
« Cette année, nous avons reçu  3 600 courts-métrages. Nous en retiendrons une soixantaine », indique le président du festival. Une fois sélectionnés, ces films seront répartis en deux catégories : « Compétition officielle » ou « Autre regard ». La première est organisée par thèmes, en fonction des sujets abordés dans les films retenus. La seconde est organisée par genres : documentaire, animation, expérimental, décalé. Les jurys se composent de professionnels du cinéma en compétition officielle et d’étudiants pour la sélection « Autre regard ».

Qui organise le festival ?
L’association « Prix de court » organise cet événement depuis 1984. « Au départ, ce festival a été créé pour sauver une salle de cinéma lilloise de la faillite : L’Arc en ciel. Quelques années plus tard, la salle a fermé mais le festival a continué dans d’autres lieux », raconte Adrien Évrard. À ses débuts, la manifestation s’appelait Festival national du film court de Lille. Elle est devenue Festival du cinéma européen de Lille lors de sa 24e édition. Aujourd’hui, « Prix de court » se compose d’étudiants de l’école de commerce Edhec de Lille, tous bénévoles et âgés entre 19 et 21 ans. « Chaque année, la moitié de notre équipe est renouvelée, de manière à conserver des idées neuves », indique Adrien Evrard.

Quelle est la particularité du festival ?
« La particularité de notre événement est de sélectionner des films de qualité tout en leur servant de tremplin », résume Adrien Évrard. « Lors de notre 32e édition, en 2016, nous avons projeté Maman(s) de Maimouna Doucouré et Mindenki de Kristof Deak. Le premier a reçu un César et le second un Oscar. Nous avons eu la chance et le flair d’être le premier festival à les diffuser. ». En parallèle de sa manifestation phare, « Prix de court » ambitionne de faire découvrir le septième art à des publics peu habitués à fréquenter les salles obscures. Ainsi, durant l’année, l’association intervient dans les hôpitaux ou les prisons.

Le festival et les scolaires
Le Festival du cinéma européen de Lille accueille les classes du primaire au lycée. Pour les plus jeunes, les séances sont adaptées. « Les lycéens, eux, sont en âge d’assister aux projections tous publics », estime Adrien Évrard. Des interventions sont proposées aux établissements scolaires de la région Nord.

Contact : Jeanne Loriotti, 06 78 60 32 57

Cinq courts-métrages à voir avec ses classes de lycéens

• Refugee Blues de Stephan Bookas et Tristan Daws (6′, 2016, Royaume-Uni) : le film narre une journée dans la jungle de Calais, dépeignant la dure réalité et les aspirations des gens qui y vivent.

• Balcony de Toby Fell-holden (22′, 2015, Royaume-Uni, Grand prix du jury de la 33e édition du Festival du cinéma européen) : dans un quartier anglais marqué par les tensions raciales, une nouvelle arrivante intrigue une lycéenne…

• Chasse royale de Romane Gueret et Lise Akoka (28′, 2016, France) : Angélique, 13 ans, vit dans la banlieue de Valenciennes. Ce jour-là, dans son collège, on lui propose de passer un casting.

• Maman(s) de Maimouna Doucouré (20′, 2015, France, César du meilleur court-métrage 2017) : le jour où son père rentre d’un voyage au Sénégal, leur pays d’origine, le quotidien d’Aida, 8 ans, et de sa famille est bouleversé : le père est accompagné de Rama, une jeune Sénégalaise, qu’il présente comme sa deuxième femme.

• Mindenki de Kristof Deak (24′, 2015, Hongrie, Prix du public de la 32e édition du Festival du cinéma européen et Oscar du meilleur court-métrage 2017) : l’arrivée d’une nouvelle élève pourrait révéler les secrets du prestige du chœur de l’école…

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Comment comprendre et maîtriser les caractéristiques du romantisme ?

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La rubrique « Écrit et oral du bac » propose des activités originales pour aider vos élèves, dès la 2de, à travailler cette notion difficile du programme.

Découvrez un extrait en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Martialis titiata ou les tweets de Martial

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Les épigrammes du poète latin Martial ne sont pas sans rappeler… les tweets d’aujourd’hui, la finesse, l’humour et l’élégance en plus !

Découvrez un extrait de la fiche latin en cliquant sur l’image

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Les littératures actuelles au lycée

Publié le par La rédaction NRP

nrp_hs_lyc_mars_18_couvertureLes littératures actuelles ont toute leur place dans le cours de français. Le hors série de mars est consacré à La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, (auto)portrait de l’artiste du XIXe siècle.

Un auteur polémique

Incontestablement, le choix de ce hors-série consacré à Michel Houellebecq fera grincer des dents. Tantôt accusé de promouvoir la pédophilie, dans Plateforme, tantôt taxé d’islamophobie, dans Soumission, souvent considéré comme déprimant, Michel Houellebecq est tout sauf consensuel. Pourtant, il nous semble légitime d’étudier La Carte et le Territoire avec des élèves de 1re.

Si Michel Houellebecq est sans doute l’un des écrivains majeurs de la France du XXIe siècle, il est aussi l’un des plus médiatiques. En effet, il n’a pas seulement obtenu le prix Goncourt en 2010, il joue désormais sur plusieurs terrains (écriture, cinéma, exposition). C’est surtout un personnage. Son physique, un peu négligé, est reconnaissable entre tous ; sa parole, incisive, lucide, et systématiquement provocatrice, est toujours source de polémiques et de commentaires enflammés. Certains élèves pensent ne pas le connaître jusqu’à ce qu’ils le reconnaissent sur la couverture du tristement célèbre numéro de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Étudier une de ses œuvres, c’est apprendre à connaître cet auteur pour ce qu’il écrit et non pour son jeu avec les médias. C’est donc inviter nos jeunes, que l’on dit si familiers avec les images, les réseaux sociaux et l’information en continu, à exercer leur esprit critique. De plus, Michel Houellebecq a le mérite d’être un auteur vivant, qui parle du monde contemporain et met en scène des personnages de notre société. Mû par une ambition toute balzacienne, il cherche, comme les auteurs du XIXe siècle étudiés en classe de 2de, à faire le portrait de la société dans laquelle il vit, qui se trouve être celle dans laquelle sont plongés nos futurs bacheliers.

Un roman sur l’art

La Carte et le Territoire a la réputation d’être le roman le plus consensuel de ce romancier. En effet, les scènes érotiques y sont rares : craignant qu’Olga ne prenne une place aussi importante que Valérie dans Plateforme, il l’expédie en Russie et se recentre sur le personnage de Jed. Les réflexions sur les dangers de l’islamisme sont également absentes de ce roman. On a même parfois dit que Houellebecq avait adapté son format aux exigences des prix littéraires. La Carte et le Territoire est surtout un roman sur l’art, qui s’inscrit de ce fait dans une grande tradition littéraire, initiée par Balzac avec Le Chef-d’œuvre inconnu et Pierre Grassou. Jed Martin est un artiste, un plasticien, qui s’essaie à la photographie et à la peinture, et qui côtoie d’autres artistes, notamment son père, qui aurait pu être un grand architecte s’il n’avait pas cédé à des impératifs économiques. Explorer l’art contemporain et ses formes hybrides, c’est pour la plupart de nos élèves s’avancer en terra incognita.

De Houellebecq romancier à Houellebecq personnage

Enfin, ce roman s’inscrit parfaitement dans l’objet d’étude de 1re consacré au personnage de roman. En effet, La Carte et le Territoire a la particularité de mettre en scène Houellebecq écrivain dans un vertigineux effet de mise en abyme. Là où nous, professeurs de lettres, ne cessons de rappeler la distinction entre romancier, narrateur et personnage, Michel Houellebecq brouille les cartes et nous incite à renouveler notre réflexion sur ces trois entités. Un tel procédé pourrait trahir l’arrogance si Michel Houellebecq n’avait pas tendance à se montrer pour mieux se cacher, à s’exposer pour mieux disparaître, comme il le fait dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq, film de Guillaume Nicloux dans lequel il joue son propre rôle. La distance du personnage au romancier ne met pas seulement en question des notions de narratologie mais interroge aussi la question du réalisme en littérature. L’étude de ce roman est donc le prolongement des analyses menées en classe de 2de.

Pour aller plus loin découvrez l’article consacré à la littérature actuelle dans le numéro de septembre 2017.

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Virginie : « Enseigner en ZEP est un combat ! »

Publié le par La rédaction NRP

Par Sonia Goldie

Virginie, 32 ans, enseigne le français au collège Victor Hugo de Sarcelles (95). Après un parcours atypique qui la mène vers le professorat, elle mène depuis 6 ans un combat incessant avec le langage.

De l’école imposée à l’école choisie

Enfant, puis adolescente, l’école n’est pas la tasse de thé de Virginie, elle s’y ennuie ferme ! « C’était un long film sans fin, qui passait au ralenti. Rester assise pendant des heures à écouter, ça n’était pas vraiment mon truc. » La lecture ne la sauve de rien car sa famille, très croyante, n’a pas la culture du roman mais celle des Saintes Écritures. Après son bac littéraire, elle s’oriente en fac de lettres, par défaut, juste parce qu’elle est douée dans cette discipline. Après sa licence, la recherche ne l’attire pas du tout et elle s’engage dans une prépa CAPES. « Je n’avais pas vraiment envisagé à quoi ça m’engageait en cas de réussite. C’était à l’époque une formation très théorique où on n’était jamais mis face aux élèves. » Elle n’a aucun modèle d’enseignant, proche ou lointain, aucune vocation particulière pour ce métier et c’est sur cette page vierge de tout idéal, qu’elle va inventer sa propre posture, d’abord stagiaire dans un lycée de province, parfait pour apprendre le métier, puis en ZEP, en région parisienne, où ce recul naturel lui donne les facultés de s’adapter.

Inventer son métier

« Je fais cours à une population issue très majoritairement de l’immigration. Historiquement, DSK, l’ancien maire de Sarcelles, a largement accueilli la population chaldéenne, persécutée au Proche-Orient, qui est très représentée ici et parle l’araméen. On trouve d’autre part une population aux origines variées ». Mais si Virginie, qui vit à Pantin, y rencontre une vraie mixité, c’est loin d’être le cas à Sarcelles. La vie quotidienne en ZEP est physiquement éprouvante : « obtenir le calme dans la classe est un défi. Il y a aussi beaucoup de bruit dans les couloirs, des bousculades parfois dangereuses pour les petits. Les élèves entre eux sont sans pitié et il faut sans cesse gérer les conflits ». Dans ce décor, la lourde tâche éducative laisse-t-elle du temps pour enseigner sa matière ?

Instaurer des règles

« Bien sûr, c’est difficile », concède Virginie. « Il ne faut jamais céder, tout en laissant la parole libre. Pour la bonne conduite du cours, il faut instaurer des règles inflexibles et pour le reste, tout est négociable. C’est paradoxal, mais les élèves me disent souvent, en cas de sanction, que j’ai eu raison de les punir. » Une fois ces règles respectées, peut commencer l’incessant combat de Virginie pour imposer le « bien parler ». « Pour mes élèves, c’est souvent insurmontable. Pour ce qui est de bien écrire, n’en parlons pas ! Ils s’amusent avec la langue, la déforment, fabriquent des expressions improbables… Ce serait drôle s’ils arrivaient à maîtriser un français correct avec les 5000 mots de base, mais ils se perdent dans le mésusage. » Un jour, alors qu’elle tente d’étudier avec ses élèves de 5e le poème de Victor Hugo « Jeanne était au pain sec », les élèves s’insurgent : « Quoi ? Jeanne est punie pour avoir joué avec le chat et fait des grimaces ? De quoi il se mêle ? C’est quoi cette maquerelle ? Sachez qu’une maquerelle pour eux – homme ou femme – est quelqu’un qui se mêle des affaires des autres. » Quand Virginie leur apprend alors le sens original du mot, les élèves sont littéralement horrifiés ! Côté littérature, il faut choisir des œuvres qui accrochent ces élèves, rarement lecteurs. Le Roman de Renart est un de leurs préférés car ils adorent les ruses et l’humour de Renart. Ils aiment aussi les histoires d’enfants en souffrance dont ils se sentent proches : Poil de Carotte, Vipère au poing. Les récits de vie comme Le Journal d’Anne Frank ou La Petite Fille du Vel d’Hiv ont du succès. En 3e, Virginie a même étudié Charlotte, de Foenkinos, dont la lecture l’avait émerveillée, et les élèves ont suivi. Il faut adapter sans cesse ses méthodes : jouer un dialogue, tenir un journal comme Anne Frank, écrire une lettre pour dénoncer les agissements de Folcoche, laisser aussi les élèves bouger, travailler en groupes… Virginie apprend beaucoup auprès de ses élèves et se sent profondément utile.

Donner du sens à son métier

« En ZEP, les élèves sont directs, s’ils n’aiment pas quelque chose, ils le disent et quand ils vous aiment, ils le disent aussi ! On dit souvent que les enseignants sont en manque de reconnaissance, pas dans mon collège. Mes élèves ne possèdent pas toujours les bonnes manières, mais ils sont reconnaissants du travail que je fais pour eux. » Ainsi, tout en menant son combat pour faire apprendre le passé simple ou le subjonctif à ses élèves, Virginie s’intéresse aussi à leurs goûts musicaux, pour créer des liens et des références communes. Mais elle est souvent déçue, car résume-telle, « mes élèves valent beaucoup mieux que ce qu’on leur sert ! » Vous avez dit combat ?

Publié le par La rédaction NRP

La littérature russe se donne en spectacle

Publié le par La rédaction NRP

Pour accompagner le numéro NRP lycée de janvier 2018 consacré à la littérature russe, nous vous proposons deux spectacles, à Paris, inspirés d’œuvres de Pouchkine et Gogol : un ballet et une œuvre composite faite de théâtre, de musique et de danse.  Deux spectacles dont  la scénographie et  la mise en scène ont en commun de laisser une grande place à l’émotion.

 

Le Rappel des oiseaux, les 6 et 7 avril 2018 à la Maison de la Culture du Japon

© Stéphane Audran

Deux ans après sa création au Café de la Danse à Paris, Le Rappel des oiseaux,  revient pour deux dates à la Maison de la Culture du Japon.

Inspiré du Journal d’un fou de Gogol, c’est un spectacle unique que nous propose Orianne Moretti,  artiste multi casquettes, qui signe une adaptation et une mise en scène au carrefour entre théâtre, musique et danse, comme une conversation entre ces trois arts. Le décor épuré, la musique sans fioriture au piano laisse toute la place aux performances scéniques et aux émotions.  Pour la metteure en scène : « cette adaptation de l’œuvre phare de Gogol met en lumière l’expérience de la banalité de la vie et celle de la soif de vivre comme une urgence, comme un dépassement de sa condition. ».

Dans rôle d’Avkensty Ivanovitch Poprichtchine, le danseur étoile Mathieu Ganio livre une performance hors du commun – et saluée par la critique lors de la création – éloignée de ce qu’il propose à l’Opéra de Paris où seul son corps lui permet de s’exprimer.  Un rôle d’autant plus intéressant qu’il est habitué à jouer les princes charmants dans les ballets classiques ; une occasion donc de découvrir une autre facette de son talent. Le musicien japonais Kotaro Fukumai lui donnera la réplique au piano, sur des partitions de Bach, de Couperin et de Rameau.  Et les parties chorégraphiées sont signées Bruno Bouché, ancien danseur de l’Opéra de Paris et actuellement directeur du ballet du Rhin.

Pour en savoir plus

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Voir la bande-annonce et le reportage.

 A.G

 

Onéguine, ballet en 3 actes de John Cranko – Opéra de Paris du 9 février au 7 mars 2018

Oneguine (Saison 2013-2014)

© Julien Benhamou / Opéra national de Paris

Onéguine, c’est le ballet romantique par excellence. Tiré du roman en vers Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine, il nous raconte les amours contrariées de Tatiana Larine, Eugène Onéguine, Vladimir Lensky et Olga Larine. Un spectacle où dialoguent les gestes et la partition : Kurt-Heinz Stolze l’a mis en musique sur des extraits d’œuvres de Tchaïkovski, morceaux choisis collant parfaitement à l’intrigue pour mieux la sublimer et intensifier les ressorts dramatiques.

C’est l’ancien directeur artistique du ballet de Stuggart, John Cranko qui signe la mise en scène et la chorégraphie. Une œuvre d’une grande théâtralité, avec des personnages forts et complexes dont ont suivra l’évolution tout au long des trois actes. Tatiana, qui passe de jeune fille romantique, douce et rêveuse à femme affirmée, Eugène Onéguine, indifférent à tout qui réalisera trop tard l’amour qu’il porte à Tatiana. Et comme un miroir inversé, leur répondront Olga, l’espiègle petite sœur de Tatiana, et son fiancé Vladimir Lensky, poète amoureux.

Quant aux distributions, vous aurez le plaisir de voir sur scène dans les rôles principaux les danseurs confirmés et les espoirs de l’Opéra de Paris. Et nous pouvons faire confiance au corps de ballet pour magnifier les ensembles, notamment la scène de bal.

Pour en savoir plus rendez-vous sur le site de l’Opéra de Paris

Publié le par La rédaction NRP

Le numérique en question

Publié le par La rédaction NRP

numerique_article Alors qu’il tend à se développer, notamment avec les lycées 4.0, l’utilisation du numérique en classe est souvent remis en cause. Les « pour » y voient un formidable outil de personnalisation et d’autonomie, les « contre » le dénigrent, l’accusant de vouloir se mettre à la place du professeur. La réalité est beaucoup moins tranchée. Le numérique a ses forces et ses limites : c’est un outil pédagogique comme un autre.

Dans son livre Apprendre avec le numérique, mythes et réalités, Franck Amadieu, enseignant-chercheur en psychologie cognitive et ergonomie, revient sur 10 mythes à propos du numérique. On en retiendra principalement qu’il n’y a pas de magie « numérique », de la même manière qu’il n’y a pas de société numérique ni même de digital native, les différences sociales et culturelles se répercutant sur les aptitudes des élèves à se servir du numérique. De même, le numérique ne motivera pas davantage les élèves et ne les rendra pas plus autonomes. Tout dépend du niveau de départ de l’élève : celui qui a déjà des connaissances et qui est capable de faire preuve d’autonomie dans son travail tirera plus facilement avantage du numérique qu’un élève en difficulté. Ces derniers, peu importent les moyens mis en œuvre, auront toujours besoin d’un encadrement renforcé pour avancer.

Alors comment utiliser au mieux le numérique ? Comment le professeur peut-il accompagner les élèves dans leur apprentissage ? Comment les outils peuvent-ils être mobilisés par les élèves ? Franck Amadieu, nous a donné quelques réponses à l’occasion d’une conférence Educatec-Educatice au salon en novembre 2017.

Tout d’abord, que sont les ressources et documents multimédias ? Le plus souvent des vidéos, des animations voire des liens hypertextes dans un document linéaire. Ces ressources apportent des informations nouvelles de manière interactive et dynamique. Une interactivité supposée rendre plus attractifs les contenus et par conséquent favoriser l’apprentissage. Ces ressources, en raison de leur diversité de présentation, permettraient également aux élèves de choisir le moyen d’apprendre qui leur convient le mieux et participeraientt à une meilleure personnalisation. Ces présupposés reposent sur l’idée selon laquelle il y aurait plusieurs types d’apprentissage basés sur les différentes mémoires. Mais s’appuyant sur diverses expériences, Franck Amadieu démontre que le processus de mémorisation n’est pas si segmenté. Ainsi, il n’y aurait pas de mémoire « visuelle », « auditive » ou « corporelle ». Le meilleur moyen d’apprendre et de retenir serait d’associer du pictural (photo, illustration, schéma) à du verbal (texte lu ou écrit), le pictural renvoi à ce qui est concret et le verbal à l’abstrait ces formats n’ont pas la même fonction cognitive, il est nécessaire de stimuler les deux. Dans cette optique, il faut prendre garde à ne pas multiplier les sources d’informations au risque de perdre les élèves et de diminuer leur performance. Là où nous aurions tendance à vouloir en faire beaucoup, il faudrait être simple et concret.

Pour Franck Amadieu, si le numérique doit être adapté à tous les élèves, ceux-ci ne doivent pas avoir autant de choix, même si concrètement, ce système trop directif ne leur plait guère. Il propose d’utiliser un système de guidage de l’information qui reviendrait à contraindre l’élève à se fixer sur un point précis, puis sur un autre, et favoriserait la compréhension de l’élève. Il présente ce « guidage » comme « un ensemble d’instructions à suivre en plusieurs étapes orientant différents traitements de l’information » :

  • identification des informations principales ;
  • traitement des relations entre les informations ;
  • explication des relations entre les informations.

De même, pour faciliter la compréhension de l’information, il préconise un chemin d’accès clair. Il remet ainsi en question l’utilisation des cartes mentales, qui pour lui n’améliorent pas la performance des élèves. Le guidage en revanche, du moment qu’il est « structurant mais non restrictif », permet d’aider les élèves à prendre la bonne décision tout en leur laissant le choix.

Pour Franck Amadieu, le guidage des ressources numériques devraient donc :

  • aider à la sélection d’informations pertinentes ;
  • aider à la construction des relations entre informations et structure globale ;
  • accompagner la mise en œuvre d’informations utiles à l’apprentissage ;
  • accompagner des stratégies plutôt que de laisser trop de choix.

Il suggère également de faire disparaitre ce guidage à mesure que l’élève progresse.

Pour conclure, il souligne qu’il est nécessaire de mieux comprendre comment les élèves apprennent tout en gardant en mémoire que chacun est différent. Il insiste enfin sur la nécessité de former aux compétentes utiles permettant d’analyser les informations (comprendre un document, analyser une image) et sur la mise en œuvre d’un guidage habile.

Ces réflexions sur le guidage font écho à l’article paru dans le numéro NRP collège de novembre 2017 « Sciences cognitives et pédagogie, une association fertile » où Pascal Champain insiste sur l’importance de la mise en scène du support et propose des solutions d’accompagnement pour focaliser l’attention. Les utilisateurs de manuels numériques, par exemple, peuvent utiliser les fonctions « cache », « spot » des viewer pour mettre en avant ou cacher une information. Mettre une flèche pour indiquer où le regard doit se poser. Le professeur peut ainsi structurer la double-page du manuel, pour guider les élèves en difficultés.

Dans tous les cas même le plus performant des outils ne remplacera le meilleur des guides, le professeur.

A.G.

Publié le par La rédaction NRP

L’écriture inclusive avec Florence Montreynaud

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

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Depuis l’automne, et ce n’est pas un hasard, la question de l’écriture inclusive est arrivée sur le devant de la scène, en écho à une prise de conscience globale des inégalités entre les hommes et les femmes, et à la faveur, si on peut dire, de la révélation de nombreux crimes sexuels. Des positions fortes se sont fait entendre. Nous avons demandé à Florence Montreynaud, historienne des femmes et militante historique, d’ouvrir le débat. Elle publiera en février aux éditions Le Robert un premier livre sur les mots du sexisme.

 

Quel a été le point de départ de ce livre ?
C’est une réflexion que je mène depuis près d’un demi-siècle. Elle a pour point de départ une histoire que je raconte dans le livre. Lors d’une réunion féministe dans les années 1970, quelqu’un a parlé d’une femme en disant « elle s’est fait violer ». L’une de nous,  étrangère, a dit qu’elle ne comprenait pas cette phrase et nous a obligées à réfléchir à cette formulation. La forme pronominale signifie que le sujet est volontaire, ce qui laisse entendre sinon une sorte de consentement, du moins de l’imprudence. Depuis, je collectionne les mots et expressions employées à tort qui véhiculent l’idée d’une soumission des femmes.

Pouvez-vous donner des exemples de ces expressions ?
Je dénonce par exemple les mauvaises traductions de l’anglais. Le mot « abus » dans « abus sexuel » vient de l’anglais abuse. Le terme en anglais contient l’idée de violence, alors qu’en français le mot est synonyme d’excès. L’abus sexuel serait seulement une consommation sexuelle excessive. Autre choix fâcheux, celui des premiers « sexologues », même si on ne les appelait pas ainsi, au XIXe siècle, qui ont nommé la perversion sexuelle « pédophilie », avec le radical « phile » qui signifie « aimer ». Il aurait fallu dire pédomanie, par exemple, ou pédocriminalité. Les sigles aussi font oublier les mots qu’ils contiennent. L’idée d’interruption  dans IVG laisse entendre que la grossesse va reprendre plus tard. Or un avortement est la cessation définitive d’une grossesse. Dans GPA, les trois mots sont discutables : « gestation » est employé pour des animaux, et « pour autrui » laisse entendre, un geste désintéressé, alors que la GPA est à peu près toujours un échange d’ordre commercial. Je propose de parler plutôt de « location de ventre » ou « d’utérus ».

Faut-il aussi modifier la syntaxe, comme la règle d’accord du pluriel ?
Beaucoup de professeures racontent qu’à chaque fois qu’elles expliquent que « le masculin l’emporte sur le féminin », les garçons de leurs classes manifestent une évidente satisfaction. Aujourd’hui, des professeur·es appellent à adopter la règle de proximité, solution en vigueur jusqu’au XVIIe siècle et prônée depuis des années par l’universitaire Éliane Viennot, spécialiste du XVIe siècle. Sa souplesse donne à cette règle tous les avantages. Si on tient à un accord masculin, il suffit de mettre le nom masculin en dernier, et le féminin en premier.

Quel usage faites-vous du point médian, beaucoup plus controversé que la règle d’accord ?
Je le pratique dans tout le livre. Dans la mesure du possible, j’utilise les moyens grammaticaux et lexicaux en usage, comme des périphrases ou des mots épicènes. Et quand c’est indispensable, j’ai recours à un point médian, que je ne mets qu’une seule fois : « les élèves désigné·es ». Cette proposition est une réponse à une question qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main. Il y a peu, j’ai lu dans un texte « le génocide des Juifs et des Juives », ce qui m’a fait un choc, parce que je me suis rendu compte que l’image que j’associais, lorsque j’entendais « des Juifs », était celle d’un groupe plutôt masculin. L’expression « les jeunes de banlieue » n’inclut pas vraiment les filles. Et quand on dit « les vieux », on pense à des hommes, alors qu’en réalité, il y a plus de vieilles que de vieux.

Que répondez-vous à ceux qui voient dans ces propositions linguistiques une déclaration de guerre ?
Mon but n’est pas de tancer. J’aime mieux l’idée du mot allemand verbessern qui signifie « corriger », « s’améliorer ». Le moment est historique, nous assistons à une révolution que je ne croyais pas voir de mon vivant. Nous qui sommes à l’âge de la transmission voulons expliquer que ce que vous dites est autre chose que ce que vous voulez dire. La première des actions, c’est parler, et si on s’appuie sur des moyens fautifs, on ne va pas y arriver. Parler est une action capitale. Utiliser des mots impropres risque de brouiller le message qu’on veut faire passer.

 

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La littérature russe à l’honneur

Publié le par La rédaction NRP

russie La littérature russe est à l’honneur dans le numéro de janvier de la NRP, comme elle le sera au Salon Livre Paris du 16 au 19 mars 2018.  Et c’est Dimitri Bortnikov, écrivain russe auteur de Face au Styx qui nous en apprend plus dans le dossier dont vous trouverez un extrait ci-dessous.

La Russie est un peuple qui garde encore dans sa langue, dans sa culture, dans son souffle, la notion du sacré. Cette notion passe dans la langue, et ce que la langue charrie avec elle va à la littérature. D’où la fascination qu’exercent Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine, Gogol sur les Français. En balayant du regard la littérature des bords la Neva et de la Volga jusqu’à ceux de Loire ou de Seine, on trouve les mille fils qui relient les écrivains des deux extrémités de l’Europe, comme l’amour de Tourgueniev pour la France, son amitié pour Flaubert, et comment Mérimée l’a accueilli dans la Revue des Deux Mondes.

Différences d’origine entre les littératures russe et française

La différence entre la littérature française et la littérature russe correspond à la différence entre un prêtre et un épicier. Un écrivain russe est un prêtre, un prêtre défroqué, un prêtre sans église ou parfois sans Dieu, mais c’est un prêtre quand même. Et toujours sérieux, défenseur des pauvres, des veuves et des orphelins, Robin d’encrier, Christ de plume. Il profère toujours un discours en majuscules et en exclamations – « Morale ! Éthique ! » – mais l’écrivain en Russie n’est jamais joyeux. Il peut être drôle parfois, même souvent, mais joyeux, les écrivains russes ne le sont pas. Dostoïevski est drôle à pleurer, Gogol est tragique à vous faire couler la larme d’un œil et rire de l’autre. Je ne parle pas de Tchekhov… Un écrivain français est un épicier, roulé dans une autre farine que l’écrivain russe. Rusé, ladre et autolâtre, demi-plein de soi, coriace, fripouille plaisante, c’est un courant d’air de jupons et de prix, mais souvent aussi gai qu’un souriceau à l’enterrement d’un matou. Un écrivain russe est un Homère à la croix autour du cou, un écrivain français est un Ulysse sans Troie ni Ithaque. Mais avant tout, l’écrivain français est un bourgeois, un épicier mal fagoté, même quand la bourgeoisie française se tord le nez devant son propre reflet dans le miroir. Flaubert, par exemple, reste un petit-bourgeois, malgré sa révolte contre la bourgeoisie, malgré le fait qu’il tenait son miroir devant la bourgeoisie française afin qu’elle se voie.

La littérature russe est à la fois très vieille et extrêmement jeune. Elle est vieille parce que dans son berceau, elle n’a pas appris à écrire, à l’instar de la littérature française qui commence par les chansons de geste ou celles des troubadours. La littérature russe se trouve à côté de la tombe de la littérature française. Au moment où la littérature française atteint son paroxysme, elle entre aussi dans ses convulsions avec Flaubert ou avec Proust. À ce moment-là, la littérature russe se retrouve sur deux jambes et se met à marcher. La littérature russe est en quelque sorte un personnage mythique, paralysé dès sa naissance, qui se réveille miraculeusement vers le milieu de sa vie et se met à accomplir les exploits d’un Hercule attardé. La formation de la langue russe est bien antérieure à celle de l’écriture russe qui date de Byzance. Cyrille et Méthode, deux moines orthodoxes bulgares partent à la recherche de l’alphabet pour pouvoir traduire la Bible grecque en slavon. La langue de cette Bible deviendra petit à petit l’ancien russe. Puis le russe d’Ivan le Terrible, ensuite le russe de Pierre le Grand, le russe de Catherine II, le russe de Trediakovski, le russe de Pouchkine et ainsi de suite jusqu’au russe de Boulgakov. Après, je pense que c’est un autre russe.

La quête du sacré

L’écrivain russe va vers la culture comme un assoiffé va vers un fleuve en colère, charriant des morceaux de glace, des morceaux d’animaux morts, des croix, des morts, des vivants, et le Christ, le dieu-enfant. La littérature russe, jusqu’à Boulgakov, reste une littérature qui cherche le sacré. Depuis Boulgakov, on voit encore apparaître de grands écrivains comme Cholokhov (Le Don paisible, 1928-1940, prix Nobel 1965) ou Soljenitsyne (prix Nobel 1970), mais ils ne sont plus dans la recherche du sacré. L’Archipel du goulag n’est pas un livre qui se confronte au sacré, c’est une sorte de supplique, de prière tout à fait laïque.

Il existe un lien indirect entre Soljenitsyne et Tolstoï, d’autant plus fort qu’il est presque invisible. Tous les deux forment comme deux excroissances qui sortent du corps de la littérature russe. Tous deux pasteurs, ils croyaient en Dieu, mais leur dieu était celui des protestants, du point de vue des Russes, austère et sans joie. Cela n’empêche pas leur œuvre d’être emplie d’une extraordinaire sagesse, comme l’incipit d’Anna Karénine : « Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie particulière. » Tolstoï prend ses personnages dans leur part intime, dans leur vie quotidienne, leur vie de couple. Dostoïevski, lui, est habité par le désir de voir un être humain dans les crises spirituelles les plus totales. Il cherche la grâce. Il saisit donc ses personnages dans la tourmente, dans la neige, dans la folie de l’esprit, dans la recherche d’absolu. Dans Les Frères Karamazov ou L’Idiot, la question se pose en ces termes : où peut nous mener l’amour absolu, un amour qui ne demande rien et qui ne fait que donner ? Cela peut mener soit vers la folie, soit vers le crime. C’est pour cette raison que les deux personnages centraux de L’Idiot qui se trouvent aux côtés d’Anastasia Philippovna – le prince Michkine et Rogojine qui est amoureux de façon bestiale et jalouse d’Anastasia Philippovna – deviennent complètement fous. Dostoïevski a regardé l’Occident, et il a vu dans l’Occident les prémisses de l’apocalypse russe. Il pense que si l’homme devient une idole pour d’autres hommes, le monde arrive à sa fin. Il est le premier à sentir la société moderne se mettre en place, avec le désir, avec l’imitation, avec les envies de la petite bourgeoisie. Après la disparition du monde que Proust a vu et plus tard décrit, un trou noir est apparu et c’est ce trou noir que Dostoïevski a ausculté. Proust a été un grand lecteur et un grand admirateur de Dostoïevski dont il parle abondamment dans La Prisonnière. André Gide a été un des premiers à parler de Dostoïevski. Voici en substance ce qu’il disait : / c’est le plus grand génie de tous les temps mais il est très dangereux parce que si le monde est rempli de princes Michkine, nous, l’Occident, sommes en mauvaise posture. Freud admirait Dostoïevski. Nietzsche qui a lu Les Carnets du sous-sol est tombé dans la folie et s’est effondré en Italie, à Turin, là où Dostoïevski avait vécu la même folie, avait surmonté la même crise et y avait survécu. Celui qui lit Dostoïevski ne peut dire autre chose que ce que disaient les Italiens quand ils voyaient passer Dante : il a visité les enfers et il est revenu des enfers. Même un faible d’esprit, qui a vu Dostoïevski ou Dante, sent dans ce monde la présence de quelque chose qui nous dépasse. On ne peut pas dire si c’est Dieu ou le diable. Avec des personnages concrets, il nous fait toucher du doigt ce que nous ne pouvons pas vivre réellement, et pourtant on le vit dans notre vie, et c’est avec nos propres yeux qu’on lit Crime et Châtiment et qu’on y voit l’enfer.

Extrait de la séquence bac pro

Et comme il est difficile de parler de la Russie sans la chanter, la séquence bac pro est consacrée à l’étude du Dit d’Igor et du  Prince Igor de Borodine.

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Étudier La Dame de pique de Pouchkine

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Étudier La Dame de pique de Pouchkine dans la traduction de Mérimée, permet d’aborder la nouvelle en 2de en voyageant de Paris à Saint-Petersbourg. La séquence engage à lire le texte mais aussi à travailler à partir des dessins d’Hugo Bogo dans l’album publié aux éditions Sarbacane.

Découvrez un extrait de la séquence en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Une séquence Bac pro sur la BD le Transperceneige

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Survivre au Transperceneige
Entretien avec Jean-Marc Rochette, propos recueillis par Françoise Rio

Peintre et illustrateur, Jean-Marc Rochette a contribué à de nombreux albums de BD mais son nom est surtout associé à l’étonnant destin du Transperceneige dont il a dessiné les quatre tomes parus chez Casterman entre 1984 et 2015. Dans un monde glacé après une catastrophe climatique, les rescapés rejouent la lutte des classes, enfermés dans un train qui roule sans fin. L’intérêt porté à cette BD culte a été relancé par le succès international du film Snowpiercer (2013) qu’en a tiré le cinéaste coréen Bong Joon-ho.

Comment, en tant qu’unique dessinateur, avez-vous collaboré avec trois scénaristes successifs ?
Cette façon de travailler en association a beaucoup varié au fil du temps, en fonction de l’âge et de la personnalité des scénaristes. Jacques Lob, l’auteur à l’origine du Transperceneige, avait vingt-cinq ans de plus que moi quand il m’a demandé de prendre la suite d’Alexis, le dessinateur dont la mort prématurée en 1977 avait suspendu le projet. J’étais débutant face à un scénariste confirmé qui était pour moi comme un père. Peu à peu, ce rapport s’est transformé, et je crois que Jacques Lob s’est inspiré de certains traits de mon caractère pour construire Proloff , le personnage principal du premier tome : très engagé dans la lutte anti-nucléaire, j’avais participe en 1977 à la manifestation a Creys-Malville contre le projet de la centrale Superphenix, et, du fait de l’échec du combat, j’étais devenu cynique, ne croyant plus a rien. Proloff, fuyant les wagons de l’arrière, ne cherche pas a sauver le monde ni l’humanité, mais veut seulement survivre, de manière individualiste. Après la mort de Jacques Lob en 1990, j’ai travaillé pour les deuxième et troisième tomes du Transperceneige (L’Arpenteur, 1999 ; La Traversee, 2000) avec Benjamin Legrand. Étant de la même génération, nous étions plus proches l’un de l’autre et avons un peu écrit l’histoire a deux. Enfin, pour le quatrième tome, Terminus (2015), la situation initiale s’est inversée puisque j’ai vingt ans de plus que le scénariste Olivier Bocquet : l’histoire est de moi mais il a écrit les dialogues et invente plusieurs éléments dont les masques de souris. On faisait le storyboard ensemble, il écrivait en ma présence : c’est ainsi que j’aime travailler, dans un échange constant, comme cela se pratique au cinéma.

Dans quelle mesure les changements du contexte historique et politique ont-ils influencé l’écriture de la série ?
Quand Jacques Lob a commence à écrire le premier tome, son sujet essentiel était la lutte des classes, bien plus que la question écologique. D’ailleurs, dans le scenario, la catastrophe climatique entraine la glaciation de la Terre est due à une guerre et non à la pollution qui à cette époque n’apparaissait pas comme un danger majeur. Dans le deuxième tome, a la fin des années 1990, j’ai voulu souligner le pouvoir des médias et le mensonge étatique, qui a toujours existé mais qui était alors évident, comme une espèce de « Pravda » libérale qui fait florès aujourd’hui. L’histoire du troisième tome raconte l’espoir déçu, cette petite musique de l’espoir qu’on nous ressert éternellement. Enfin, avec le quatrième tome, on est vraiment au « terminus », c’est-a-dire au fond du trou, où tout se déglingue, où les gens sont prêts à tout et acceptent tout car il n’y a plus d’opposition possible. Ce dernier album aborde les risques du nucléaire, de l’eugénisme et du transhumanisme, du pouvoir total de la science, de la crainte de la surpopulation… Il ne s’agit pas de science-fiction futuriste mais d’une réflexion sur le monde actuel. Cependant, il faut allier à ces concepts généraux et à cette dimension militante une histoire sentimentale, plus intime et humaine, comme celle d’un homme qui veut retrouver sa femme et ses enfants.C’est déjà le cas dans l’histoire d’Ulysse qui veut retourner auprès de Pénélope et de son fils.

Comment a évolué votre graphisme au fil des quatre tomes ?
À vingt-cinq ans, j’étais passionné par les « comics » américains des années 1950, notamment les séries d’Alex Toth ou celles de Jack Kirby, dont l’influence se ressent dans le premier tome. Plus tard, j’ai fait de la peinture et découvert le dessin chinois, d’où le recours au lavis dans les deux tomes suivants, marques par un trait plus rapide, plus léger. Le dernier volume témoigne, me semble-t-il, d’une sorte de maturité et de synthèse entre ces deux influences. Quant à la couleur, apparue graduellement dans ce Terminus que j’avais commence en noir et blanc, elle est liée au fait que les personnages quittent enfin le huis clos du train, comme pour signifier que la vie reprend doucement. Jusqu’à présent, j’ai fait absolument ce que je voulais avec le dessin, sans mettre de frein à ma créativité, bien que ce genre de dessin risque d’éloigner un public adolescent et semble davantage destiné à des lecteurs adultes.

Comment votre expérience de peintre interfère-t-elle avec votre travail de dessinateur ?
La peinture m’a appris la puissance du trait, l’énergie du geste en dehors de toute signification. En peinture, le trait a de la puissance sans forcement avoir de sujet ; c’est ce qui fait aussi la limite de cet art qui peut tourner à vide à force de se couper du sujet. Dans la BD, à mes débuts, c’était l’inverse : aucune force dans le trait, tout sur le sujet. J’ai essayé de rééquilibrer les deux, pour faire en sorte qu’il y ait non seulement une vie dans le trait mais aussi un sujet. En peinture, je fais surtout des paysages un peu abstraits, où le trait est plus important que le sujet. La peinture réaliste m’ennuie.
En somme, je fais la même différence entre peinture et BD qu’entre poésie et roman même s’il y a des écrivains qui introduisent de la poésie dans le roman.

Comment travaillez-vous les mythes et les archétypes qui parcourent l’histoire du Transperceneige ?
L’idée originelle du train qui transporte les survivants de l’humanité revient entièrement à Jacques Lob, qui avait auparavant commencé une série sur les moyens de transport et dont l’épouse avait fait un voyage en Transsibérien. Cette trouvaille géniale a permis d’écrire une histoire quasiment universelle, qui résonne aux quatre coins du monde et dont on peut se réapproprier la forme pour créer de nouveaux scenarios. Quant au dessin du train, il m’est venu tout de suite sous cette forme de masque spartiate qui l’humanise tout en ressemblant au devant phallique des sous-marins, en en faisant un objet bizarre et angoissant. Dans le dernier tome, on peut retrouver des références à la tragédie grecque, avec les masques de souris dont la forme rappelle celle des masques des chœurs, ou la fin du héros devenu aveugle qui meurt comme un héros grec dans les bras de sa femme. La science-fiction permet ainsi un retour vers des temps anciens. Ainsi Puig, le héros, a voulu créer une nouvelle société qui retourne à l’époque des chasseurs cueilleurs, jusqu’à la fin des temps, et qui croit en la magie de l’image plus qu’à l’écriture.

Quelles autres dystopies littéraires ou cinématographiques vous ont marqué ?
1984 de George Orwell, et La Route de Cormac McCarthy, sont pour moi des chefs-d’œuvre.
Dans ma jeunesse, j’ai été impressionné par le film de Jean-Luc Godard, Alphaville, qui parvient à faire de la science-fiction sans design excessif, et bien sur par Metropolis de Fritz Lang qui renvoie à tout l’imaginaire des années 1920. De manière générale, je suis assez influencé par l’art allemand. En matière de science-fiction, l’apport de Philip K. Dick a été fondamental : sous l’effet peut-être de ses tendances schizophrènes, il a lancé l’hypothèse d’un réel poreux, d’une réalité qui n’est pas de la matière mais de l’information, idée qui est aujourd’hui l’un des principaux sujets de la recherche scientifique.

Quel regard portez-vous sur l’adaptation cinématographique du Transperceneige par Bong Joon-ho ?
Je trouve que c’est un film très réussi, dont le succès international est mérité. Comme la BD et le cinéma n’ont pas du tout le même rapport au temps, le réalisateur a conservé la substance de l’histoire tout en la réadaptant aux spécificités de son art. C’est pourquoi le film comporte beaucoup plus de scènes d’action et de violence, et a écarté l’histoire d’amour qui aurait ralenti son rythme. Le héros est également transformé : contrairement à Proloff qui, dans la BD, ne croit plus en l’humanité, Curtis, dans le film, est une sorte de Spartacus qui veut libérer les gens et croit qu’on peut changer les choses… sauf qu’à la fin on lui dit que tout est faux. Bong Joon-ho a ainsi habilement associé des éléments du premier tome a l’idée centrale des deux suivants, fondée sur le mensonge, la manipulation. Par la suite, c’est lui qui nous a demandé de reprendre dans le quatrième tome deux personnages du film. Je n’avais pas du tout participé au scenario du film mais seulement réalisé les dessins qui y apparaissent. Par un effet de boule de neige, ce film coréen a relancé une BD française qui va maintenant être adaptée pour une série américaine : c’est très étonnant de voir comment une œuvre peut devenir un classique.

Découvrez également un extrait de la séquence Bac pro parue dans le numéro de novembre 2017 de la NRP lycée

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Publié le par La rédaction NRP
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Et le Goncourt est attribué à…. : Éric Vuillard

Publié le par La rédaction NRP

La NRP se réjouit du prix Goncourt attribué à Éric Vuillard, dont les romans ressuscitent avec brio des moments clés de l’histoire occidentale. Un article dans la NRP lycée de septembre propose des pistes pédagogiques pour lire Tristesse de la terre, l’histoire véritable de Buffalo Bill et la conquête de l’Ouest. Et retrouvez ci-dessous, la chronique Livres de mai 2017.

vuillardÉric Vuillard, 14 Juillet, Actes Sud, 208 pages, 19 €

Après Congo et Tristesse de la terre, Éric Vuillard offre avec 14 Juillet un nouveau récit à base historique. Comme Michelet se l’était proposé dans Le Peuple, il donne vie aux petites gens en rendant leurs voix aux acteurs multiples de l’Histoire : « C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. » Très visuelle, l’écriture allie rapidité et efficacité dans des phrases brèves et
rythmées qui rehaussent par contraste la puissance d’empathie qui emporte le récit. Le tournoiement vertigineux de noms, d’actions, de bruits et de visions rappelle certaines pages de Hugo. C’est l’épopée haletante d’un moment charnière de notre histoire que déploie avec brio ce petit livre aussi documenté qu’inspiré.
Daniel Bergez

 

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Pourquoi accorder davantage d’autonomie aux lycées ?

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Fabrice d’Orso

Annoncée par le candidat Macron et défendue de longue date par son ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, l’autonomie accordée aux établissements permettra-t-elle de redynamiser le système éducatif ?

RETOUR D’EXPÉRIENCE DE DOUZE LYCÉES

Par Agnès Evren, vice-présidente de la région Île-de-France en charge de l’éducation et de la culture

Le conseil régional d’Île-de-France a voté, en mai 2016, le principe de l’autonomie des établissements. C’est une innovation majeure qui illustre la volonté de la Région de faire confiance aux équipes éducatives dans leurs besoins pédagogiques spécifiques.

Douze lycées ont expérimenté cette autonomie sur l’année scolaire 2016-2017. Ils se sont partagé un budget de 775 000 € pour soutenir des projets éducatifs, accompagner des projets portés par les lycéens ou encore investir dans des travaux permettant d’améliorer la vie quotidienne dans les lycées. Un an après le début de cette expérimentation, un bilan a été fait avec les chefs d’établissement des lycées concernés. Il y a deux leçons à en tirer. La première est l’engouement de la communauté scolaire pour l’autonomie : 12 projets ont été retenus, mais 90 avaient été déposés. La deuxième est que le postulat de base s’est avéré exact : ce sont les acteurs de terrain qui savent le mieux identifier ce qu’il faut pour faire réussir les élèves et améliorer la qualité de la vie dans les établissements. La diversité des actions menées l’illustre d’ailleurs parfaitement : les établissements ont mis en place de l’accompagnement personnalisé, créé des actions culturelles, amélioré la lutte contre le décrochage scolaire, intégré du numérique dans les cours, mené des ateliers scientifiques, organisé des tournois sportifs ou des clubs théâtre, aménagé des salles, rénové les lieux de vie des agents… Sans cette autonomie, ils n’auraient jamais pu aussi facilement adapter leurs moyens à leurs besoins. Il a été décidé de poursuivre le déploiement de l’autonomie, avec une montée en puissance régulière. De 24 lycées en 2017, on passera à 48 en 2018, 96 en 2019… Avant la fin de la mandature, je souhaite que ce processus devienne irréversible.

QUE FAIRE DE CETTE AUTONOMIE ?

Par Gwénaël Surel, Proviseur du LPO Maillard Joubert à Ancenis

L’autonomie dont il est aujourd’hui question porte sur l’utilisation des moyens horaires accordés et la manière d’en discuter collectivement, démocratiquement, avec les diverses instances : conseil pédagogique, commission permanente, conseil d’administration. Le financement des classes repose actuellement sur un volume d’heures dont une partie non négligeable (de 10 % en collège à 20 % en lycée) n’est pas fléchée disciplinairement. Une classe de seconde générale est financée à hauteur de 39 h, dont 10 h 50 non affectées à une discipline. Ces heures cumulées représentent une marge de manœuvre conséquente, équivalant à plusieurs postes. Toute la question est de savoir ce qu’attend l’établissement de cette autonomie, à partir de ses forces et faiblesses, et de la politique impulsée par les équipes de direction. Trop souvent, les équipes s’en emparent non pas transversalement mais disciplinairement en conseil pédagogique et le conseil d’administration n’est qu’une chambre d’enregistrement, voire une tribune syndicale et/ ou politique. La question n’est pas la globalité de la prise en charge de l’élève et des difficultés recensées dans le diagnostic du projet d’établissement, mais un jeu de pouvoir, chaque discipline cherchant à « grappiller » des heures en vue de la préparation au Bac… Espérons que la philosophie amorcée au collège laissant une petite marge d’autonomie pour travailler transversalement s’étendra bientôt au lycée. Cela constituerait le ferment d’un changement de pratiques et d’approches trop souvent dogmatiques. La formation des enseignants au travail collectif, le PPCR1 et la nouvelle évaluation des enseignants pourraient renforcer cette évolution et favoriser une meilleure prise en compte de l’investissement collectif ET individuel. Enfin, la future réforme du Bac devra identifier les objectifs finaux et préparer l’entrée  ans l’enseignement supérieur.

1. Parcours professionnels, carrières et rémunérations.

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Idée sortie : les maisons d’écrivains pour les journées du patrimoine

Publié le par La rédaction NRP

Comme tous PhotoHugoles ans, le temps d’un week-end, les journées du Patrimoine permettent à des sites historiques de s’ouvrir au plus grand nombre. Alors les 16 et 17 septembre prochains, pour éviter les traditionnelles queues à l’Élysée, pourquoi ne pas aller dans une maison d’écrivain ? Voire le proposer à vos élèves pour leur montrer les livres du côté de la vie concrète de l’écriture ?

 

 

Maisons de Balzac : il en avait deux, au 47, rue Raynouard, et au 24 rue Berton, toutes deux dans le 16e arrondissement. Son château de Saché en Touraine est devenu musée.

Maison de Victor Hugo : 6, place des Vosges dans le 4e arrondissement et, pour ceux qui peuvent, il y a à Guernesey Hautevillle House (Guernesey Saint Peter’s Port), enclave française en territoire britannique, appartenant à la mairie de Paris !

Le « Château » de Dumas à Port-Marly, Chemin du hauts des Ormes, 78560 Le Port-Marly.

Flaubert, lui aussi normand, avait une petite maison qu’on peut encore visiter : le pavillon Croisset en bord de Seine, non loin de Rouen. Elle se situe sur un quai qui porte désormais son nom (18, quai Gustave Flaubert, 76380 Canteleu).

La maison d’Edmond Rostand au pays basque et la Villa Arnaga, Route du Docteur Camino, 64250 Cambo-les-Bains. C’est un cap !

La maison de Gide à Cuverville (1021 route du Château, 76280 Cuverville) . La visite se fait sur rendez-vous.

Appartements de Boris Vian et Jacques Prévert qui ont été amis et voisins 6 bis, Cité Véron, dans le 18earrondissement. Prévert avait aussi une maison en Normandie non loin de la mer qui vaut le détour (3 Hameau Le Val Omonville-la-Petite)

Pour aller plus loin, découvrez ou redécouvrez, en cliquant sur l’image, ces quelques maisons que nous vous avions présentées il y a quelques années dans la NRP lycée.

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Et si vous voulez aller encore plus loin et étudier les auteurs mentionnés ci-dessus, rendez-vous dans les archives de la NRP ou la boutique pour y découvrir de nombreux dossiers et séquences (De Pierre Grassou aux Misérables, en passant par Boris Vian et l’Écume des Jours, Les Faux Monnayeurs de Gide, Un cœur simple de Flaubert, etc.)

Belles visites !

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La Princesse de Montpensier et son adaptation filmique par Tavernier

Publié le par La rédaction NRP

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C’est par une journée ensoleillée qu’Ophélie Wiel, professeur et critique de cinéma sur le site Critikat.com, est venue nous conter l’aventure de l’adaptation de La Princesse de Montpensier par Bertrand Tavernier. Ces 5 vidéos vous en apprendront plus sur la lecture du cinéaste de l’œuvre de Madame de Lafayette et ses choix scénaristiques et artistiques.

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L’adaptation d’un récit au cinéma : difficultés et enjeux

Ré-historiciser la nouvelle

Une lecture féministe de la nouvelle ?

Le comte de Chabannes au cœur du film

Entre film d’aventures, film de cape et d’épée et western

Retrouvez également le texte des vidéos en cliquant ici.

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Et retrouvez dans le numéro de novembre 2017 une séquence consacrée à l’étude de l’œuvre.

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La mort de Réjean Ducharme, écrivain phare de la littérature québécoise.

Publié le par La rédaction NRP

Par Antony SORON,  ESPÉ Paris

Réjean Ducharme a avalé sa langue sans faire de bruit le 21 août dernier. Ce fils imaginaire de Mark Twain, né en 1941 dans un Québec tout entier à sa « grande noirceur » « lourde comme un couvercle » a décidément filé le paradoxe jusqu’à la fin. Publié directement chez Gallimard alors qu’il venait tout juste d’atteindre sa vingtième année, il déclenche la ferveur de la critique en 1966 avec son roman L’Avalée des avalés.

Mais au lieu de rechercher la célébrité, il ne varie pas de sa ligne de conduite, celle de l’écrivain caché. Il préférera ainsi « la route » de Kerouac aux plateaux radiophoniques, la découverte des contrées lointaines à l’immobilité dans un Québec éternel, quatorze ans de silence à l’orée des années quatre-vingts plutôt qu’un entrisme forcené dans les milieux littéraires montréalais et parisiens.

Romancier-poète, Réjean Ducharme n’aimait rien tant que les calembours et les mots-valises. Qui en douterait, n’aurait-il pas, d’ailleurs, qu’à repérer, à titre exemplaire, quelques titres de sa bibliographie ? L’Océantume (1968), Les Enfantômes (1976) ou encore Dévadé (1990). La rébellion verbale était depuis l’origine la grande affaire de ce cousin d’Amérique d’Arthur Rimbaud : lui qui n’a eu de cesse de faire entendre les paroles de révoltés adolescents ou grands enfants en proie aux tourments matérialistes et prosaïque de « l’adulte-ère ». Le monologue intérieur fondateur de l’effrontée Bérénice, héroïne « malfamée » de l’Avalée des avalés  qui a donné le ton de l’œuvre, n’avait-elle pas annoncé la couleur de l’œuvre à venir ?

« « Je criai, mordant dans chaque syllabe : « spétermotorinse,  étranglobe ! » Une nouvelle langue était née : le bérénicien. » »

Cette «  lettre [d’une] voyant[e] » pourrait servir d’épitaphe à un homme de lettres à tout faire, romans, poésie, chanson, scénarios, ce Québécois épris d’épopée et de parodie, de liberté et de langage.

Pour aller plus loin lisez ou reliser le panorama paru dans la NRP lycée de mars 2016. En voici un extrait avec le dossier (Cliquez sur l’image pour afficher l’article).

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Pour se procurer le numéro de mars 2016 c’est par ici → nrp_mars2016_couv_lycee_mini

 

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La littérature actuelle dans la NRP, une affaire à suivre !

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Les élèves d’aujourd’hui doivent, aussi, lire des livres d’aujourd’hui.

La revue collège propose régulièrement des études de textes contemporains, en particulier dans les éditions jeunesse.  Dans la revue lycée de septembre, l’article « pédagogie » passe en revue les différents moyens de concilier littérature patrimoniale et textes actuels.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et de vos propositions pédagogiques autour des littératures contemporaines à l’adresse nrpediteur@nathan.fr.

Retrouvez ci-dessous l’article de la NRP lycée de septembre, consacré à l’étude de la littérature contemporaine et les liens possibles avec la littérature patrimoniale.

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En septembre et en octobre dans la NRP Lycée, focus sur le programme de Tle L

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Retrouvez en septembre une étude approfondie des Faux Monnayeurs et du Journal des Faux Monnayeurs  et en novembre, celle de La Princesse de Montpensier et de son adaptation filmique par Tavernier. Chaque étude contient une série de questions qui répondent aux exigences de l’examen. Et pour compléter ces textes deux séries de  vidéos sont en accès libre sur le site de la NRP lycée, cliquez sur les titres des œuvres pour y accéder.

Et découvrez ci-dessous un extrait de la séquence proposée par Stéphanie Bertrand. 

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Abordez les genres de l’argumentation en 1re avec un corpus ultra contemporain

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Florence Aubenas, Sylvain Tesson, Nicolas Bouvier, des auteurs dont la réflexion et les idées prennent appui sur leurs expériences vécues.

Retrouvez ci-dessous, les premières pages de la séquence 2de

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Des séquences gratuites pour préparer la rentrée

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« Deux romans cours sous le signe du japon », Nagazaki d’Éric Faye et Kizu : (la lézarde) de Michael Ferrier.

Dans les archives de la NRP, d’autres idées : Dora Bruder, de Patrick Modiano (hors-série de mars 2016), Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon (hors-série, mars 2014), Les Champs d’honneur de Jean Rouaud (janvier 2017).

À venir, en mars 2018, un hors série sur La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq. Cliquez sur l’image pour afficher la séquence japon_lycee

En 2de, « Cosette, Fantine, Éponine, Les Misérables au féminin. »

Dans les archives de la NRP, d’autres idées : « Figures de la lectrice dans le roman du XIXe siècle (septembre 2015), La Duchesse de Langeais (mars 2017).

À venir : La Dame de Pique de Pouchkine traduit par Mérimée.

Cliquer sur l’image pour afficher la séquence.

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Rendez-vous sur la page Facebook Des profs et des lettres pour vous tenir au courant des prochaines séquences disponibles.

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Préparation à l’écrit du bac français : comment évaluer les élèves ?

Publié le par La rédaction NRP

Bac 2017, c’est parti ! Les élèves plancheront sur le sujet de français jeudi 15 juin de 14h à 18h. Aux professeurs alors la charge et la responsabilité d’évaluer les copies. Sur ce sujet, lisez l’article publié dans la rubrique débat de la NRP lycée de mars.

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Petit rappel sur les dates du Bac.

 

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Compter, raconter, par Michèle Audin

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Du 27 au 30 mai aura lieu place Saint Sulpice à Paris le Salon Culture et jeux  Mathématiques avec cette année pour thème Mathématiques et Langages. Dimanche 28 mai, vous pourrez assister à une lecture OULIPO à dominante mathématique et à forme joyeuse avec Olivier Salon, Frédéric Forte et Hervé Le Tellier. Retrouvez-les dans le numéro lycée de mai de la NRP dont le dossier a été rédigé par Michèle Audin, elle aussi membre de l’OULIPO écrivaine  et mathématicienne.

 

Cliquer sur l’image pour consulter le dossier de la NRP lycée de mai 2017

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La littérature, un levier pour former les citoyens de demain

Publié le par La rédaction NRP

Après une campagne pleine de surprises et d’embûches, face aux inquiétudes et aux doutes, une certitude: la culture et la littérature ont un rôle déterminant dans l’éducation citoyenne des collégiens et des lycéens. Retrouvez une séquence sur l’argumentation qui parle de pouvoir, d’élections, de gouvernement dans la NRP de janvier 2016. Vous y trouverez un texte du frère de Cicéron qui montre magistralement la distance qui sépare la démagogie de la pédagogie, et vous emmènerez vos élèves à travers les siècles jusqu’au spectacle du pouvoir aujourd’hui. 

Cliquer sur l’image pour voir la séquence

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• Pour les abonnés, télécharger la revue de janvier 2016 Le spectacle du pouvoir

Ou acheter le numéro dans la boutique

 

 

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Quel « besoin de Rimbaud » pour nos élèves ?

Publié le par La rédaction NRP

Pour préparer l’oral du bac et se préparer à l’entretien, cette séquence interroge le mythe Rimbaud à travers une démarche qui permet aux élèves de se forger une culture. Elle s’articulera donc bien avec l’étude des Cahiers de Douai (NRP hors-série de mars 2017 en partenariat avec le Carré Classique Nathan)

Cliquer sur l’image pour voir un extrait.

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La poésie et les nombres : compter, calculer, figurer

Publié le par La rédaction NRP

La séquence 2de montre que contrainte arithmétique est aussi source de richesse et de sens dans la création poétique. Les élèves découvriront des textes variés des XIXe et XXe siècles dont les effets sont souvent spectaculaires. 

Cliquer sur l’image pour découvrir un extrait de la revue.

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Sortir au théâtre : La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht

Publié le par La rédaction NRP

Cette année, deux metteurs en scène ont fait le choix de monter la pièce de Bertolt Brecht.

Le spectacle mis en scène par Dominique Pitoiset, avec Philippe Torreton, termine sa tournée à la Passerelle de Saint-Brieuc les 26 et 27 avril (réservations 02 96 68 18 40).

À la Comédie française, la pièce, mise en scène par Katharina Thalbach sera jouée jusqu’au 30 juin. La distribution est époustouflante, et les jeunes qui assistent à la représentation en sortent enthousiastes (réservation pour les groupes d’élèves : 01 44 58 15 03).

 

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De belles rencontres avec des écrivains

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Cécile Ladjali  reçoit régulièrement des écrivains au Théâtre de la Reine Blanche (Paris XVIIIe). Après Eric Faye, Valentine Goby, Laurent Gaudé, Sylvie Germain et Laurence Tardieu, voici les noms de ses prochains invités et les dates de leur venue au théâtre : 

  • 7 avril, Alexandra AlévêqueLes gens normaux n’existent pas. Chroniques de 21 jours (Robert Laffont).
  • 5 mai, Jaume Cabré, Voyage d’hiver (Actes Sud) ; Sa seigneurie (Actes Sud).
  • 2 juin, Laurent MauvignierContinuer (Les Editions de Minuit).

Il est recommandé de réserver: la salle est petite!

Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, 75018, Paris. Métro la Chapelle ou Max Dormoy. 

Tél: 01 40 05 06 85

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La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon

Publié le par La rédaction NRP

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Dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud, Babel), Lola Lafon retrace, avec passion, le parcours de Nadia Comaneci dans la Roumanie de Ceausescu. Pour un enseignement d’exploration ou en vue de la préparation aux EAF, nous vous proposons un projet original de lecture scénographiée.

 

 

Cliquez sur l’image pour voir un extrait de la séquence.

Enseignement d'exploration - Quand des lycéens font vivre la parole de l'écrivaine Lola Lafon

 

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Deux écrivains contemporains : Eric Faye et Mickaël Ferrier

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Pour la NRP lycée de mars, nous avons rencontré deux écrivains contemporains: Éric Faye, auteur de Nagasaki et du récent Éclipses japonaises (Seuil), et Mickaël Ferrier, auteur de Kizu, (la lézarde). À lire pour le plaisir ou avec vos élèves, à l’occasion de la séquence « Deux romans sous le signe du japon ».

Entretien avec Éric Faye
propos recueillis par Françoise Rio

Écrire une fiction à partir du réel, qu’il s’agisse d’un divers (Nagasaki), depersonnes ayant réellement existé (L’Homme sans empreintes), Il faut tenter de vivre) ou de faits historiques (Éclipses japonaises), est-ce une facilité ou une gageure pour le romancier ?
Vous avez raison de dire « à partir » du réel car c’est pour moi signifiant. Le fait divers est bel et bien pour moi un tremplin, un point de départ pour aller ailleurs. C’est-à-dire que je ne cherche pas à parler du fait divers en soi, mais je tente d’aller au-delà, d’en faire un aspect représentatif, un paradigme. Et je me sers d’autre part du fait divers ou de faits historiques pour aller vers mon propre univers. Le prisme de la fiction permet mieux qu’aucun autre, je crois, de faire ressentir ce qu’est la condition de l’homme. Ce qui me préoccupe avant tout, dans Éclipses japonaises notamment, mais aussi dans Nagasaki, c’est la façon dont les humains réussissent à encaisser l’histoire, à la subir et à rebondir pour s’en sortir ou pour en tirer parti. C’est ce que, le plus souvent, le journalisme ou l’essai ne permettent pas. C’est ce que j’ai voulu faire aussi avec Il faut tenter de vivre : montrer comment une marginale, une personne meurtrie par son enfance, réussit à devenir elle-même en surmontant la souffrance et en trouvant sur le tard une place dans le monde. Ce roman était aussi ma façon de parler des années 1980 et 1990, de regarder une époque à travers les yeux de deux ou trois personnages. Je ne saurais dire si écrire cela est une facilité ou une gageure, je le fais parce que c’est ce que je choisis de faire, sans me poser davantage de questions…

L’idée de transformer en roman le fait divers à l’origine de Nagasaki est-elle née dès votre lecture des articles de presse qui relataient celui-ci ?
J’ai ressenti aussitôt à la lecture du fait divers un trouble et un intérêt particuliers, comparables à ceux que j’avais connus lorsque j’avais été en présence d’autres faits divers dont j’ai tiré par la suite des textes de fiction. Disons que, sur le moment, je me suis contenté de découper les articles concernant le fait divers et j’ai laissé mûrir l’idée en moi pendant un an environ, avant de passer à l’écriture ; mais j’avais effectivement l’intention d’utiliser ce fait divers, sous une forme ou sous une autre.

Pourquoi avoir choisi la forme du roman court pour écrire Nagasaki
Ce choix ne s’est pas imposé d’emblée. Sur le coup, je voulais en faire une nouvelle d’une quinzaine ou vingtaine de pages. Et puis, dès que j’y ai réfléchi plus sérieusement et me suis mis à écrire un plan, je me suis rendu compte qu’une petite centaine de pages serait nécessaire pour aller au bout de ce que j’avais l’intention de dire. Ensuite, Nagasaki est-il un roman court ou une longue nouvelle ? L’éditeur l’a estampillé « roman », mais, dans mon esprit, cela reste une nouvelle. Je l’ai traité en tout cas comme une nouvelle, c’est-à-dire sans personnages véritablement « élaborés », avec une relative sobriété de construction et d’intrigue. […]

Bibliographie sélective
Parmi les ouvrages d’Éric Faye, voici quelques titres à proposer aux lycéens :
• Je suis le gardien du phare et autres récits fantastiques, José Corti, 1997,rééd. « Points » Seuil (recueil de nouvelles)
• Parij, Le Serpent à plumes, 1997, rééd. « J’ai lu » (roman uchronique qui imagine Paris coupé en deux par un mur et occupé par l’armée soviétique en 1944)
• Mes trains de nuit, Stock, 2005 (récits de voyages)
• Nagasaki, Stock, 2010, réédition « J’ai lu »
• Malgré Fukushima. Journal japonais, José Corti, 2014 (journal tenu durant une résidence de quatre mois à la villa Kujoyama à Kyôto en 2012)
• Il faut tenter de vivre, Stock, 2015, rééd. « Points » Seuil (l’histoire d’une jeune femme qui veut échapper à l’ennui de sa vie banale en multipliant de petites escroqueries sous de fausses identités)

Entretien avec Michaël Ferrier
Propos recueillis par Françoise Rio, le 31 octobre 2016

Au-delà de la lézarde intime, de la crise existentielle qu’affronte votre personnage dans Kizu, que représente l’image de la « fissure » dans votre œuvre ?
La fissure, c’est ce qui désagrège, ce qui délabre, ce qui disjoint – mais en même temps c’est une ouverture. Dans un mur, la fissure est ce qui mine les parois d’un bâtiment, ou sape les fondations d’un édifice… mais c’est aussi ce qui permet à l’air d’y circuler, à l’herbe d’y pousser et, par exemple, à un écureuil d’en surgir. C’est donc quelque chose d’ambivalent, et même d’ambigu. Dans Kizu, je l’exprime dès le titre avec le jeu de mots sur « la lézarde », qui désigne à la fois une fissure physique (une crevasse dans le mur d’une maison), une fêlure psychologique (une brèche dans la vie d’un homme) et un animal (la femelle du lézard), vif et verdoyant, ondoyant, insaisissable. Le personnage principal a lui-même une vie qui se fendille et craque de partout (un divorce, un travail ennuyeux, de faux amis, une maison qui part en ruines…) mais cette blessure béante est aussi une possibilité de s’ouvrir à autre chose. Nous le savons dès l’enfance : nous naissons d’une fente, dans la douleur et dans la joie. Le cri que nous poussons en sortant pour la première fois de la fissure est en même temps un cri de terreur, d’étonnement et de libération. À nous de savoir la transformer en joie.

Votre roman, qui esquisse un parallèle entre la menace d’effondrement du personnage et un tremblement de terre à Tokyo évoqué dans le dernier chapitre, porte en exergue une citation de la nouvelle de Fitzgerald, La Fêlure (1936). Soutiendriez-vous le conseil donné au narrateur de cette nouvelle par l’une de ses amies : « Imagine que la fêlure ne soit pas en toi. Imagine que ce soit la faille du Grand Canyon. […] Le monde n’existe que par la façon dont tu l’appréhendes ; il vaut donc beaucoup mieux dire que ce n’est pas toi qui comportes une faille, mais que c’est le Grand Canyon » ?
Dans la nouvelle de Fitzgerald, l’amie du narrateur lui dit ces quelques paroles pour le dissuader de pleurer sur son sort – et elle a raison. Ce qui est important, c’est le monde et non pas nos misérables personnes, misérables si elles ne sont justement pas transpercées par ce tremblement du monde. On le sent bien dans un tremblement de terre : tout tremble et vous tremblez aussi. À ce moment, vous sentez bien que vous faites partie du monde et que vous êtes incroyablement vivant (j’ai décrit cela en détail dans la première partie de Fukushima, récit d’un désastre, Gallimard, 2012). Être au diapason du tremblement du monde : ceci peut sembler abstrait. Mais pensez à ce qui se passe quand vous embrassez quelqu’un dont vous êtes amoureux. Deux bouches qui se cherchent, deux souffles qui se trouvent… Vous sentez bien que vous n’êtes pas seul, que vous êtes relié à tous les souffles du monde. Alors, ça tremble partout dans l’habitacle : un tremblement de terre personnalisé ! Vibrer au rythme du monde, c’est ce qu’arrivent à faire par excellence les musiciens, les amoureux et les animaux. Un musicien transforme sa fêlure en musique, un amoureux la transmet en un baiser, un animal y échappe en bougeant sans cesse. Ces trois-là, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, n’arrêtent pas de trembler.

Est-il plus difficile d’écrire sur les fêlures intimes ou bien sur une catastrophe historique comme vous l’avez fait dans Fukushima, Récit d’un désastre (Gallimard, 2012) ? Pourquoi avoir choisi le genre de la fiction romanesque pour Kizu et celui du récit-témoignage mené en votre nom dans Fukushima ? Faites-vous un net partage entre ces deux formes d’écriture ?
Si vous écrivez seulement sur les grands drames d’actualité, ça fait des romans bien gros et bien gras, les « romans historiques » comme on dit, qui généralement se vendent bien mais qui ne m’intéressent pas : je préfère les livres d’histoire. Si vous écrivez seulement sur les fêlures intimes, ça fait des récits souvent fluets et parfois très délicats, mais ça ne m’intéresse guère non plus. Ce qui m’intéresse, c’est précisément le point où la fêlure intime croise la catastrophe historique : dans Fukushima, récit d’un désastre, c’est le moment où ma vie croise le triple évènement du séisme, du tsunami et de la catastrophe nucléaire. Dans Mémoires d’outre-mer, c’est quand la vie de mon grand-père croise celle de la Seconde Guerre mondiale et du « Projet Madagascar » (qui visait à déporter les Juifs d’Europe à Madagascar). Dans les deux cas, la petite histoire (l’histoire individuelle) croise la grande Histoire (« l’Histoire avec sa grande hache » disait Georges Perec) : c’est ce moment précis de friction, d’étincelle, qui est le plus difficile à saisir et qui m’intéresse. Dans Kizu, cet évènement apparaît tout à la fin… le tremblement de terre. On dirait presque que c’est le narrateur qui l’a provoqué ! C’est ce séisme final qui donne je crois la clé du livre : vous pouvez toujours chercher à colmater votre existence, à ne pas laisser entrer les lézardes (les fissures/les animaux), il arrive toujours un moment où tout cela tremble et où l’imprévisible, enfin, entre dans votre vie. […]

Rendez-vous dans le numéro NRP lycée de mars 2017 pour lire la suite de ces interviews (p. 10 pour l’interview d’Eric Faye et dans les compléments numériques pour l’interview de Michaël Ferrier)

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Réparer les vivants de Maylis de Kérangal en 1re pro

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La lecture du très beau roman de Maylis de Kérangal, Réparer les vivants (Gallimard, 2015), récemment porté à l’écran, est proposée pour une classe de  1re professionnelle, mais la séquence peut être adaptée pour les élèves des sections générales.

Cliquer sur l’image pour découvrir un extrait de la séquence.

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Les romans courts sont-ils de grands romans ?

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Le roman court n’a pas le cuir aussi épais que les modèles du grand roman qui, de Balzac à Dostoïevski, dépassent régulièrement les quatre cents pages. On aurait tort pour autant de l’assimiler à la nouvelle dans la mesure où il reste indépendant d’un recueil. Pouvant faire l’objet d’une certaine condescendance critique, son succès n’en demeure pas moins bien établi. Son architecture narrative très lisible couplée à une forte intensité émotionnelle, à l’instar du Message d’Andrée Chedid (2000), peut expliquer son audience, par ailleurs renforcée par la scolarisation de textes bénéficiant d’un accompagnement didactique comme Mademoiselle Chambon d’Éric Holder (1996).

L’ère du soupçon

Comme en témoigne le succès des récits brefs d’Amélie Nothomb, le développement du roman court est lié à une forte demande du lectorat. Aussi peut-on être enclin à le caractériser, au premier abord, de façon dépréciative, en l’apparentant à un phénomène spécifiquement éditorial. L’appellation « roman court » demeure ainsi soumise à une forme de suspicion critique, dans la mesure aussi où les textes relevant de cette catégorie ne réclament pas, a priori, de longs efforts de lecture. Le procès en artificialité du roman court est par ailleurs renforcé par le mode de production éditoriale. Des écrivains populaires comme Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (2001), ont un rythme de publication accéléré que rendrait sans doute inenvisageable la conception de récits plus développés nécessitant un lourd travail de recherche informative.

Un secret exemplaire

Doté d’une construction narrative quasi parfaite, Un secret de Philippe Grimbert (1995) peut être défini comme le roman court populaire type : cinq sections non titrées et un épilogue. Trois sections précèdent la narration du « secret»,  la quatrième est devenu frère « réel », et de ses parents, la cinquième narre les conséquences de la révélation. Sur le plan actantiel, ce roman court est d’une grande efficacité dramaturgique. D’un côté, Simon, force de la nature comme son père, et de l’autre le je « narré » et « narrant », « roseau pensant » fragile à l’inverse de ses parents ; d’un côté, Tania (la sculpturale) et de l’autre Hannah (la chétive) ; d’un côté Sim le chien en peluche et de l’autre Écho le chien adoré de Maxime. On pourrait, selon la même perspective binaire, évoquer les opposants : la tante Esther qui « avait dû ressembler à Sarah Bernhardt du temps de sa splendeur » et la tante Élise qui « défendait farouchement ses opinions marxistes au cours du repas familial hebdomadaire ». Ce système symétrique se retrouve jusque dans le passé des personnages principaux, le père de Tania ayant quitté très tôt le foyer familial tandis que la mère de Maxime est morte précocement…

Cliquez sur l’image pour lire le dossier complet de la NRP lycée de mars 2017

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Cliquer sur l’image pour voir un extrait de la séquence 1re « Deux romans courts sous le signe du Japon ».

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« Le goût des livres » compte rendu du colloque du 20 octobre 2016

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LOGO_70ANS_NRPPour ceux qui n’ont pas pu se rendre au colloque NRP (organisé le 20 octobre dernier à l’ENS) sur la transmission des œuvres littéraires au collège et au lycée, voici un compte rendu détaillé des interventions de Cécile Ladjali, Blandine Longhi, Pierre Péju, Antony Soron et Aurélie Stauder.

 

Les interventions

  • La petite musique de nuit des classiques, par Cécile Ladjali, écrivain
  • Entrer dans les textes littéraires par une approche concrète, par Antony Soron, maître de conférences à l’ESPE Paris-Sorbonne
  • Faire aimer la littérature médiévale, par Blandine Longhi, professeur-formatrice à l’ESPE Paris-Sorbonne
  • Des journées pour jouer avec la littérature par des associations d’élèves de l’ENS
  • Enseigner la littérature à l’heure d’Internet,par Aurélie Stauder, professeur de lettres
  • Le goût des livres et la chair de l’écrivain, par Pierre Péju, écrivain

Compte rendu du colloque

Une approche documentaire

Lisez à vos élèves une lettre de Madame de Sévigné. Si élégante que soit la plume de l’épistolière, il y a fort à parier qu’ils seront tout à fait insensibles aux accès d’inquiétude, de tristesse et d’espoir de cette mère éloignée de sa fille de quelques centaines de kilomètres. Mais parlez-leur de la poste au XVIIe siècle, des lettres qui n’arrivent jamais, de celles qui mettent des semaines à parvenir à leur destinataire, des routes envahies de brigands, et les élèves partageront les émotions de la marquise, son inquiétude extrême. Ils verront même une forme de suspense dans ces échanges différés et interrompus. C’est grâce à cette approche documentaire qu’Antony Soron, maître de conférences à Paris I et responsable du parcours lettres à l’ESPE, dessine des chemins vers l’œuvre d’art.

L’association Journées Découvrir l’Antiquité animée par des élèves de l’ENS propose aussi une approche concrète pour aborder une littérature plus lointaine encore, celle de l’Antiquité. Les collégiens et lycéens accueillis rue d’Ulm sont conduits par le biais d’objets, d’images et d’histoires vers les textes difficiles d’Euripide, d’Aristo­phane ou de Cicéron.

Le corps et l’esprit

Un moment clé du cours de français est la mise en voix du texte. Christine Culerier et Florient Azoulay, tous deux comédiens, ont montré, si besoin était, qu’une lecture précise autant qu’expressive est non seulement un outil de compréhension, mais aussi un cadeau pour l’auditoire. Cécile Ladjali, professeur et écrivain, est une militante de l’oralisation des textes, et du par-cœur. Ainsi, dit-elle, on n’apprend plus seulement avec la tête, mais aussi avec le cœur. Le texte inté­riorisé nous appartient.

Le sens avant toute chose

Cela a été un leitmotiv : on n’entre pas dans la littérature en se demandant qui est le narrateur ou en repérant des figures de style. En 2005, Pierre Péju a eu l’agréable surprise de voir qu’on avait choisi pour le brevet des collèges un extrait de son roman La Petite Chartreuse. Mais les questions posées aux élèves de 3e ont suscité en lui une certaine perplexité : il se savait pas très bien que répondre. Comment peut-on imaginer aider les élèves à ressentir de l’empathie avec cette petite fille sur le point de se faire renverser par une voiture et dont le destin bascule en demandant : « Qui les expressions « imperméables humides », « parapluies dégoulinants » et « silhouettes » désignent-elles ? » ? C’est pourtant la première question de l’exercice. Il faudra attendre une vingtaine de questions pour que le mot « accident » soit prononcé. Lui à qui le goût des mots est venu très tôt, par le rêve, dit avoir eu en lisant cet énoncé une impression de dessèchement. Pour Pierre Péju, il faut beaucoup de subtilité et de délicatesse au professeur de littérature, qui confirme et incarne ce rapport fragile à la langue et aux histoires, construit dans la petite enfance.

Aurélie Stauder, professeur de lettres, cherche des méthodes pour que ses élèves se concentrent sur l’essentiel : le sens texte. Pour cela, elle a aussi recours aux outils numériques. Forums, sites contributifs, enregistrements permettent à l’élève de s’engager dans la lecture, et de confronter une œuvre à ses propres représentations. Ses propositions ont déclenché des questions, des commentaires, des objections. Les outils numériques ont-ils un intérêt spécifique pour lire et comprendre un texte ? La littérature est-elle compatible avec le caractère cumulatif du savoir numérique ?

La musique des classiques

Ce qu’on aime, il faut le partager. C’est le sens de notre engagement de professeurs, d’écrivains, d’éditeurs. Blandine Longhi, professeur et formatrice à l ‘ESPE, nourrit depuis longtemps une véritable passion pour la littérature médiévale. En décodant des vers de Guillaume de Machaut comme s’il s’agissait d’un jeu, en comparant une ballade de Villon au lyrisme plus accessible de Victor Hugo, elle ouvre la porte aux raffinements des poètes du Moyen Âge. Cécile Ladjali a montré quant à elle qu’on ne gagne rien à vouloir adapter les contenus à un niveau supposé des élèves ou à l’idée fallacieuse que certains publics ne pourraient recevoir que ce qui est en lien avec le monde qui les entoure. Au contraire, c’est l’altérité du texte littéraire, son étrangeté qui en font le prix. Le rôle du professeur est de croire à la transmission d’une culture, de montrer à ses élèves que le patrimoine littéraire est notre bien commun. Soyons élitistes, dit-elle, en enseignant à tous ce qu’il y a de meilleur.

Les interventions

À venir

 

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La NRP lycée labellisée Mission du Centenaire

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nrpns_janvier17_labelLettres, journaux, poèmes, récits, romans : certains des écrits de guerre deviendront des œuvres renommées, mais tous constituent des témoignages irremplaçables. En consacrant son numéro de janvier à la littérature dans la Grande Guerre, la NRP lycée s’associe à la Mission du Centenaire qui, sous l’autorité du secrétaire d’État aux Anciens Combattants et à la Mémoire, Jean-Marc Todeschini, coordonne les initiatives pédagogiques et les commémorations.

Littérature de la Grande Guerre, d’hier à aujourd’hui

Lorsqu’éclate la guerre à l’été 1914, les écrits – livres, journaux, correspondances… – occupent une place massive et signifiante dans la société française, comme dans la plupart des sociétés européennes. Le champ de bataille, le quotidien des soldats et le récit des combats vont constituer autant de sujets d’écriture. Ce phénomène, puissant pendant le conflit, connaît de fortes résonances dans l’après-guerre alors que se répand le pacifisme. Depuis quelques dizaines d’années maintenant, le sujet semble passionner à nouveau les auteurs de livres et de bandes dessinées, dans un revival de 1914-1918 où le champ de bataille de la Grande Guerre constitue une grande source d’inspiration, un terrain fertile d’histoires et d’intrigues.

La littérature en guerre

À la différence d’autres conflits passés, la « campagne contre l’Allemagne » mobilise l’ensemble de la société dans le cadre de la conscription. En France, plus de huit millions d’hommes âgés de 20 à 48 ans sont mobilisés « sous l’uniforme » durant l’ensemble du conflit. La guerre fait au total près d’1 350 000 morts, dont 560 écrivains recensés. Cependant, c’est un large mouvement de mise en écriture que connaît le conflit. Plusieurs facteurs expliquent ce souci de mise par écrit de l’expérience de guerre, qu’elle soit au front ou vécue à l’arrière. Dès août 1914, la mobilisation générale crée un climat de communion nationale, à laquelle chaque individu participe. On se met en scène, d’autant plus facilement que beaucoup de soldats sont lettrés et qu’ils ont conscience de leur individualité. La IIIe République a permis par l’école la massification de la culture écrite. Ainsi, des dizaines de milliers de soldats griffonnent sur des petits carnets, écrivent de longues lettres qui s’apparentent parfois à de véritables récits. La guerre est perçue comme un événement historique auquel chacun a conscience de participer. En se prolongeant dans le temps, elle devient la Grande Guerre. L’éloignement, la peur ou l’ennui contribuent à la mise en récit d’une expérience dramatique. Le soldat Henri Despeyrières, titulaire du certificat d’études et issu de la petite notabilité rurale du Lot-et-Garonne, adresse ainsi à ses parents dès le mois de septembre 1914 ce qu’il appelle des « lettres journal » dans lesquelles il prend soin de travailler le récit de ses premiers mois de guerre. D’autres écrivains qui vivent de leur plume ou sont tentés d’en vivre, à l’image de Louis Pergaud ou de Paul Lintier, couchent dans des carnets l’esquisse de futures publications.

Les intellectuels éprouvent la guerre et, souvent officiers subalternes sur le champ de bataille, sont au contact du reste de la population masculine. Ils la perçoivent comme un champ d’expérimentation et une expérience « extra-ordinaire » du combat. Surgit alors ce besoin d’écriture « pour se soulager », comme le remarque Élie Faure. Plusieurs écrivains s’engagent volontairement : Henri Barbusse, Léon Werth, Richard Dhemel. D’autres, trop âgés, se mobilisent à l’arrière afin de justifier la guerre et de galvaniser dans les premiers mois du conflit un patriotisme exalté. Les articles engagés et patrio­tiques, voire nationalistes, comme ceux de Maurice Barrès – surnommé le « rossignol des carnages » par son confrère pacifiste Romain Rolland, réfugié en Suisse pendant le conflit – participent de la déréali­sation de la guerre.

Retrouvez l’intégralité du dossier dans le numéro de la NRP de janvier 2017 p. 16.

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L’étude de la langue au lycée

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Rédigées spécifiquement pour les lycéens, les fiches langue de la NRP peuvent être traitées en classe, en autonomie pour ceux qui en ont besoin, ou en accompagnement personnalisé. En janvier, il est question des formes et de l’emploi des modes impersonnels. Une première fiche rappelle les éléments de cours, et la seconde propose des analyses grammaticales des textes littéraires.

Cliquez sur l’image pour découvrir les 2 fiches de la revue de janvier 2017 et le corrigé.

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Étudier Les Champs d’honneur de Jean Rouaud en 1re

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À l’automne 1990, Jean Rouaud, qui vend encore des journaux dans un kiosque du XIXe arrondissement de Paris, reçoit le prix Goncourt pour son premier roman, Les Champs d’honneur. Les lecteurs découvrent un écrivain magnifique dont l’intention est autant poétique qu’historique. Sandra Galand, professeur de lettres vous propose de partager avec vos élèves la lecture de ce roman inspiré par l’histoire familiale de son auteur.

Cliquez sur l’image pour voir un extrait de la séquence.

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Écrire des chansons d’amour

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Alex Beaupin

© Fred Stucin

Depuis une dizaine d’années, Alex Beaupain réinvente la figure du chanteur de variété, multipliant ses créations en tant qu’auteur-compositeur-interprète de six albums, et compositeur de musiques de films, dont ceux de Christophe Honoré. Il chante avec légèreté les amours endeuillées, les lendemains qui déchantent ou la jeunesse en fuite, et mixe les références aux chansons qu’il a tant aimées dans son adolescence.

 
 
 
 

À quoi tient le succès d’une chanson d’amour ?
Quand on me demande pourquoi j’écris toujours sur l’amour, comme beaucoup d’autres chanteurs, je demande en retour s’il existe un sujet plus intéressant dans les chansons ou dans la vie. La chanson offre un terrain privilégié au lyrisme, à l’expression des sentiments, et les chansons d’amour sont ainsi en totale adéquation avec l’objet artistique. Je crois en outre que pouvoir faire une déclaration d’amour en trois minutes, et aussi joliment que le font certaines chansons, c’est ce dont on rêve tous… Les chansons ont cette utilité-là.

Quelles sont vos chansons d’amour préférées dans le répertoire francophone ?
Ma préférence va aux chansons d’amour tristes. J’aime notamment les chansons que Gainsbourg a écrites pour des femmes, des actrices, par exemple Pull marine chantée par Isabelle Adjani en 1983. C’est une chanson qui m’avait beaucoup ému à l’époque, et qui continue à m’émouvoir, comme Partir quand même de Françoise Hardy, une chanson de rupture que je trouvais particulièrement belle. Ce sont souvent les chansons écoutées durant l’adolescence qui nous touchent le plus et qui nous accompagnent, qui cristallisent nos goûts en la matière, même si on en découvre d’autres à l’âge adulte. C’est à l’adolescence qu’on est le plus réceptif, avec cette sorte de naïveté et d’absolu qu’on perd peut-être un peu par la suite. En ce qui me concerne, il s’agit des chansons des années 1980, celles d’Alain Souchon, d’Étienne Daho. Cela dit, je change d’avis tous les jours quant à l’élection de mes chansons préférées.

Avez-vous une ou des chansons fétiches dans votre propre répertoire ?
Les chansons qui me sont chères ne sont pas forcément les mieux écrites. « Brooklyn Bridge », qui raconte une histoire d’amour et de deuil et que je reprends systématiquement en concert, que je peux jouer au piano les yeux fermés (et que je chante désormais accompagné par mon guitariste, pour changer), m’est précieuse parce que c’est la première de mes chansons qui m’a paru avoir un peu d’intérêt, la première aussi à avoir été diffusée à la radio.

Quel est l’état émotionnel optimal pour composer une chanson d’amour ?
L’écriture d’une chanson peut s’apparenter à ce que fait un acteur selon la méthode de Stanislavski, où il s’agit de recontacter une expérience personnelle de tristesse, par exemple, pour jouer une scène triste même si l’on n’éprouve pas ce sentiment à ce moment-là de sa vie. Comme mon matériau est principalement autobiographique, j’écris sur ce qui m’est arrivé, j’ai donc besoin de vivre des choses tristes pour écrire des chansons tristes, et malheureusement ou heureusement j’en vis comme tout le monde. D’autre part, il ne faut pas hésiter à s’abandonner quand on écrit des chansons d’amour, il ne faut pas craindre d’exagérer. Ainsi, je donne l’impression d’être un garçon mélancolique qui passe ses journées à se balader dans les cimetières alors que dans la vie je suis plutôt joyeux. La chanson est l’un des arts qui supporte le mieux le ridicule et le mauvais goût : quand Dalida chante Je suis malade, cela peut paraître ridicule, mais si on s’y abandonne complètement, c’est très émouvant.

 À suivre dans le numéro de novembre de la NRP lycée.

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Étudier La Princesse de Clèves au lycée

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La Princesse de Clèves

Éditorial du hors série lycée : La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
Par Marie-Hélène Dumaître

« Croyez-moi, vous qui pensez savoir ce que c’est que La Princesse de Clèves, pour en avoir entendu parler, vous qui pensez savoir à quoi vous en tenir, lisez donc ce roman, vous serez surpris » : c’est par cette incitation que Michel Butor clôt sa préface au roman de Mme de La Fayette, et par laquelle on pourrait présenter l’ouvrage à nos élèves.

 
 

Un roman, deux querelles

Les élèves auront-ils entendu parler de cette œuvre ? Peut-être, mais sans doute par leurs professeurs de français, et à titre de classique intimidant, consacré par toute une tradition scolaire et critique qui en fait le modèle du roman d’analyse français. Et cependant, ce roman si sage en apparence et si retenu a donné lieu à deux « querelles ».

Dans la plus récente de celles-ci, La Princesse de Clèves a servi de prétexte cristallisant des clivages politiques et culturels. Déclenchée et alimentée par différents propos tenus par Nicolas Sarkozy en 2006 alors qu’il est ministre de l’Intérieur, puis en 2009 lorsqu’il est devenu président de la République, cette querelle a moins débattu du roman de Mme de La Fayette pour ce qu’il est et ce qu’il raconte, que pour la valeur qu’il a acquise dans le contexte contemporain : symbole de l’anti-intellectualisme quand on le rejette, symbole inversement de la résistance culturelle, quand on le revendique. Dès sa publication en 1678, La Princesse de Clèves fit débat, chez les doctes aussi bien que chez les mondains. Le succès remporté par ce roman signale à quel point il correspondait aux attentes d’un public lassé par les romans baroques, mais n’efface pas la surprise et les réticences qu’il provoque. Cette fois-ci, la querelle est littéraire, puisqu’elle porte sur la conduite de l’action, le caractère des personnages, le style de l’écrivain. L’œuvre permet de forger un nouvel art romanesque, et d’en élaborer les principes. La querelle a aussi une portée psychologique et morale : la princesse est-elle une femme incompréhensible ? Est-il vraisemblable, est-il en outre bienséant qu’une femme fasse l’aveu à son mari qu’elle en aime un autre ?

Questions esthétiques, psychologiques et morales

Le travail que nous proposons sur La Princesse de Clèves entend explorer tant la dimension littéraire que morale de l’œuvre, comme le montrent les différentes étapes de l’étude : « Genre et contexte », « Portraits des personnages » – qui abordent des questions d’ordre esthétique – ; « Peinture des mouvements du cœur » – qui s’intéresse à l’analyse psychologique et à la construction des personnages – ; « Morales du roman », dont le pluriel signale que nous n’avons pas voulu enfermer l’interprétation de l’œuvre dans une vision du monde et de l’homme unique. Pour y parvenir, il fallait d’abord surmonter deux difficultés. La première était de faire comprendre la nouveauté esthétique du roman dans son temps : c’est l’objet de notre séance d’ouverture, qui écarte volontairement une présentation de l’auteur que l’on trouvera partout. Une fiche complémentaire permet de rappeler les grands principes de l’esthétique classique.

Le deuxième écueil est constitué par le cadre historique de l’intrigue : les élèves se perdent parmi les personnages et les intrigues de la Cour d’Henri II. Il s’agit d’abord de leur faciliter la tâche. En ce but, une fiche élucide les événements réels entre lesquels l’intrigue fictive se glisse, tandis qu’une affiche, jointe à ce numéro, présente les principaux personnages historiques. Mais il s’agit aussi de leur en faire sentir l’intérêt : pourquoi avoir choisi cette Cour brillante du XVIe siècle ? La question est abordée au début de l’étude et dans la phase conclusive. Nous espérons que, ces difficultés balayées, les élèves se laisseront envoûter et interroger par l’histoire d’amour que conte ce roman, faisant alterner les scènes où la présence de l’être aimé s’impose avec toute sa force bouleversante et les temps âpres de l’analyse réflexive. Il nous a semblé que l’explication de nombreux extraits permettrait de faire partager les émotions ressenties par les trois personnages principaux, tout en étudiant le talent de l’auteur pour peindre les mouvements du cœur. Nous avons aussi voulu engager les élèves dans une réflexion, s’il est vrai que la lecture de romans participe à leur formation psychologique et morale : que penser de la sincérité de la princesse, comment juger son renoncement ? Une séance entière y est consacrée, sous la forme d’un travail de groupe conduisant à un éventuel débat. Le parcours proposé dans La Princesse de Clèves s’adresse en priorité à des 1res L, en raison de la difficulté propre à l’œuvre et du volume horaire que requiert son étude, mais peut être conduit avec des élèves d’autres séries, au prix de quelques adaptations. Nous espérons que ce hors-série permettra au professeur de faire goûter à ses élèves ce beau roman mélancolique où l’exigence de lucidité préserve le mystère fascinant de son héroïne.

À suivre dans le hors série lycée de novembre 2016

 

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À lire dans la NRP de septembre : Cosette de Bansky

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© Bansky, Londres, 2016

Bansky, le plus  grand artiste du street art colle sur  une  palissade un pochoir établissant un parallèle troublant entre Cosette et les migrants de Calais. Une  œuvre pour marquer, pour réveiller les consciences. Une  œuvre militante.

Cosette

Dans le quartier de Knightsbridge à Londres, en face de l’ambassade France, Banksy réalise, en janvier 2016, un pochoir qui fait rapidement grand bruit. Révélée sur le site du journal The Guardian, l’information est rapidement reprise  par les médias comme l’hebdomadaire Le Point. Sur ce pochoir, Les Illustrant le roman de Victor Hugo dès 1866, c’est Cosette elle qu’on la voit sur l’affiche de la comédie musicale, Les Misérables qui a elle-même pour origine un fusain d’Ëmile Bayard. Illustrant le roman de Victor Hugo dès 1866, Bayard figure Cosette en haillons, tenant à la main un immense balai avec, derrière elle, « ce seau plus grand qu’elle» où elle « aurait pu s’asseoir dedans et s’y tenir à l’aise». Ce fusain de Bayard a été maintes fois reproduit et est devenu un symbole de la misère et de l’exploitation des enfants. Il a été détouré pour l’affiche de la musicale qui ne conserve plus que le buste de Cosette derrière elle, le drapeau tricolore en lambeaux. Sur le pochoir, Cosette a les yeux remplis  de larmes. En bas du panneau, à hauteur du trottoir, Banksy a dessiné une bombe lacrymogène dont sort un nuage de gaz qui cause les pleurs de l’enfant.

Calais Migrant Solidarity

Dans la partie gauche  du pochoir, au-dessus de la bombe gène, on distingue un  code  QR, une nouveauté dans l’œuvre  de Banksy. Scanné, ce code QR permet de découvrir, sur Youtube, une vidéo de 7 minutes de l’association Calais Migrant Solidarity, qui dénonce l’intervention des forces de police, début janvier 2016.L’opération avait pour but d’évacuer les migrants de la « jungle » aux conditions insalubres pour les reloger dans des…  lire la suite dans la NRP septembre 2016, n° 71.

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Présence de Gide : Les Faux-Monnayeurs et Journal des Faux-Monnayeurs

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Stéphanie Bertrand, maitre de conférences en langue et littérature à l'université de Lorraine

 

Le programme du baccalauréat littéraire regroupe, sous les objets d’étude « La genèse : lire-écrire » et « La publication : lire-publier », le roman des Faux-Monnayeurs et le Journal des Faux-Monnayeurs, publiés respectivement en 1925 et en 1927. Il associe ainsi, d’un côté, le seul « roman » écrit par Gide, de l’autre, une œuvre hybride, qui se présente comme le journal de création du roman, mais aussi comme un écrit théorique sur le genre romanesque.

 

Dans ces cinq vidéo-conférences, Stéphanie Bertrand, maître de conférences à l’université de Lorraine, spécialiste de la littérature des XXe et XXIe siècles, nous en dit plus sur ces œuvres.

La genèse des Faux-Monnayeurs et Journal des Faux-Monnayeurs

La réception des Faux-Monnayeurs

La mise en abyme dans Les Faux-Monnayeurs

L’art de la composition

Le roman et son lecteur

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Concours national de la Résistance et de la déportation 2016-2017

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BirkenauComme tous les ans depuis 1961, le concours national de la Résistance et de la déportation a été lancé. Cette année, le thème en est : « La négation de l’Homme dans l’univers concentrationnaire nazi ».

Institué par des résistants et des déportés pour que les jeunes générations ne perdent pas la mémoire de ce que furent les barbaries et la vie sous l’oppression nazie, ce concours permet aux classes d’aujourd’hui de toujours conserver une vigilance face à ce que l’humanité peut avoir d’inhumain.

Voir aussi pour plus d’info sur le site de la  Fondation de la Résistance ou sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

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Les Misérables de Victor Hugo au lycée

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Dans le dossier de septembre, Jean-Marc Hovasse  partage son enthousiasme et sa connaissance intime des  Misérables avec ses lecteurs. Les séquences vous permettront de (re)découvrir les personnages qui peuplent ce roman magnifique et qui fascineront vos élèves, quel que soit leur niveau. En voici un extrait. 

« Hugo a plaidé pour l’école obligatoire. Elle existe et produit des gens qui ne peuvent plus le lire. » Ce « retournement étrange » amèrement ironique, que m’attribue Alain Finkielkraut dans un article du Point du 6 mars 2014, a fait couler un peu d’encre. J’étais presque prêt à le renier, mais après quelques recherches je dois bien avouer, comme Victor Hugo dans d’autres circonstances : « il est de moi, hélas ! » Je l’ai retrouvé à la dernière page du Monde des livres du 25 février 2002, dans une interview croisée avec Jacques Seebacher, qui régentait alors les célébrations du bicentenaire de Victor Hugo à l’Éducation nationale. Non pas que je le désavoue, du reste : c’est une formule rapide et mal exprimée, avancée pour déplorer le déclin de la poésie dans l’enseignement. Quinze ans après, l’occasion de présenter un dossier dans la Nouvelle Revue pédagogique Lycée sur ces Misérables qui sont, Rimbaud dixit, « un vrai poème », m’a semblé à la fois une opportunité et une expia­tion, en tout cas une tribune inespérée pour essayer de passer de la critique (aisée !) à l’art – difficile, comme chacun sait.

Le constat initial, en tout cas, ne laisse pas de surprendre : le livre le plus célèbre de l’écrivain préféré des Français semble aujourd’hui à peu près absent des programmes du lycée. Chaque nouvelle mouture l’en exclut un peu plus – à dessein, par inconscience ou par aveuglement, telle est la ques­tion. Ce n’est la faute ni à Voltaire, ni à Rousseau, mais peut-être à… Hugo. « Il en fait trop », vient de rappeler Michel Butor dans l’exergue ironique de son petit mais brillant Hugo (Pages choisies) : « Il écrit trop : les volumes s’accumulent, les éditions proli­fèrent, fourmillent de notes ; on ne peut plus suivre. » Une année scolaire, qui ne compte pas 365 jours (un quart), suffit-elle pour lire les 365 chapitres (un quart, avec la préface) du roman ? Ses mille feuilles qui ont nourri sept générations sont-elles devenues indigestes ? Les parents vont-ils porter plainte ? Ils auraient bien des antécédents… En mai 1870 déjà, le professeur de français de Charleville, Georges Izambard, trouva dans son courrier ces réclamations : « Je vous suis on ne peut plus reconnaissante de tout ce que vous faites pour Arthur. […] Mais il est une chose que je ne saurais approuver, par exemple la lecture du livre comme celui que vous lui avez donné il y a quelques jours (Les Misérables, V. Hugo). Vous devez savoir mieux que moi, monsieur le professeur, qu’il faut beaucoup de soin dans le choix des livres qu’on veut mettre sous les yeux des enfants. » Arthur avait quinze ans ; il semble que Mme Rimbaud avait été surtout choquée par l’apologie du mot de Cambronne à Waterloo.

Aujourd’hui, on pourrait trouver bien d’autres raisons à l’ostracisme des Misérables, mais son argument principal, la taille, résiste mal à l’analyse. Des livres plus courts, traditionnellement inscrits au programme, demandent bien plus d’efforts que ce grand roman d’amour et d’aventure, si populaire que la plupart des élèves en ont au moins déjà entendu parler avant le lycée. À l’heure où l’on recherche désespérément des valeurs communes facilitant l’intégration dans une communauté nationale, aucun livre ne semble plus adapté à l’enseignement secondaire. Nous allons tenter de le montrer, avant de survoler son histoire pour suggérer différents angles d’approche, certains très récents, d’autres plus classiques, tous ayant leur utilité : « Un service de plus, c’est une beauté de plus. » (William Shakespeare, II, VI, 1).

À suivre dans le numéro de septembre 2016 de la NRP lycée.

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Les troubles de l’apprentissage

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En lien avec des spécialistes de l’INSHEA, la NRP vous propose une série d’articles sur les troubles des apprentissages  et sur le handicap, avec en septembre dans la revue lycée un article sur le braille et un autre sur les élèves DYSNous vous proposons ici de découvrir l’article consacré aux élèves dys.

Aider les élèves DYS à apprendre

Par Corinne Gallet, chercheur et spécialiste des TSLA (Troubles Spécifiques du Langage et des Apprentissages) à l’INSHEA

On sait qu’environ 20% des enfants ont des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. La formation des enseignants et la mise en place de méthodes d’apprentissage adaptées pour les élèves qui souffrent de TSLA est donc un enjeu considérable pour notre système éducatif.

Identifier des TSLA

Lorsqu’un élève ne sait pas lire, a une orthographe qui n’est pas phonétique,écrit un même mot de manières différentes par exemple,on peut déceler une manifestation de dyslexie. Des tests de repérage sont pro­posés sur le site de Cogniscience. En réalité, la vraie suspicion survient lorsque les ensei­gnants ont tenté sans résultat plusieurs solutions pour remédier aux difficultés d’un élève. Pour ces élèves souvent dévalorisés -car ne pas savoir lire renvoie à une intelli­gence déficiente-, on observe des déficits en boule de neige. En France, il n’existe pas d’outil étalonné en lecture, en compréhen­sion et en orthographe fait par I’Éducation nationale pour les enseignants. Un outil effi­cace permettrait aux enseignants de propo­ser des remédiations plus personnalisées.

Des outils pour les élèves DYS

Les outils requis dépendent du degré de handicap. Souvent, un ordinateur avec lecture vocale serait utile. Le site de I’INSHEA propose quelques outils pour continuer à apprendre à lire après le CP et le CEl, mais il y a en réalité très peu de ressources. Ces méthodes ne sont pas nécessairement valo­risées, et on a vu des enseignants se faire taper sur les doigts lorsqu’ils pratiquaient cet enseignement tardif de la lecture. Pour­ tant, à raison de deux heures par semaine en 6e ou en se, on obtient des résultats. Pour poursuivre l’apprentissage de la lecture dans le secondaire, l’erreur serait de proposer des catalogues de techniques. L’efficacité de ces outils est conditionnée par une connaissance théorique de l’apprentis­sage de la lecture, de ses difficultés et des DYS ainsi que par la mise en œuvre d’une démarche pédagogique. Les enseignants doivent être formés et accompagnés.

Des méthodes DYS pour réduire l’échec scolaire

Des protocoles d’expérimentation ont montré que les méthodes adaptées aux DYS pouvaient être une arme efficace contre l’échec scolaire. Nous avons mené des travaux de recherche avec Virginie Leclercq-Faure sur l’apprentissage de la lecture, en Seine-et-Marne, dans la circonscription de Meaux et Jouarre. Dans les classes du pre­mier degré, nous guidions les enseignants, tous volontaires et formés: ils organisent des tests, font travailler les élèves en petits groupes, travaillent sur le code à tous les niveaux. On constate que le groupe des élèves suivis a de bien meilleurs résultats en décodage que le groupe témoin. Nous com­mençons donc cette rentrée une nouvelle expérimentation à Strasbourg notamment pour évaluer le lien entre l’apprentissage de la lecture et la maîtrise du vocabulaire. En fin de 3e, il arrive que plus de 30 % des élèves ne maîtrisent pas le code graphe­ phonologique. L’apprentissage de la lecture nécessite davantage d’heures d’enseigne­ment et implique de choisir les priorités des programmes :c’est un vrai projet de société. Mais on se heurte toujours à la question des coûts. À I’INSHEA d’ailleurs, nous avons des chercheurs en psychologie, en sociologie, en législation, mais pas d’économiste. Or il serait intéressant de mesurer le coût social et financier de la difficulté en lecture. Pour nous, l’objectif est double: aider les élèves en difficulté de lecture à réussir et réduire l’hétérogénéité dans les classes. Les formations s’inscrivent également dans le projet de lutte contre l’illettrisme, et dans la perspective d’améliorer les compétences de décodage de tous les élèves.

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Rencontre NRP à l’occasion des 70 ans de la revue

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LENSe goût des livres Ou comment transmettre la passion de la littérature

Le 20 octobre 2016 – De 14h à 18h à l’ENS, 45 rue l’Ulm Paris

Qui n’a pas un jour eu une révélation en lisant : « Non, non, mon cher amour je ne vous aimais pas ! » ou : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » Ou encore : « Exilé sur le sol au milieu des huées / Ses ailes de géants l’empêchent de marcher. » Je parle de nos propres révélations ou chocs littéraires. La passion de la littérature a souvent ses origines dans une lecture de hasard ou scolaire, le plus souvent. Léguée par un enseignant. Comment poursuivre cette transmission aujourd’hui ? Quels sont les chemins actuels pour mener les élèves à une lecture qui fait sens, un goût des livres qui recèle des mondes inconnus ? À l’école, on a développé une approche très technique de la lecture et du commentaire, au risque, parfois, de masquer et d’anesthésier le sens, les sens. Comment alors envisager cette part de notre métier qui relève autant de l’initiation que de l’enseignement ? Nous avons demandé à des écrivains, des écrivains et professeurs, des professeurs, des formateurs d’enseignants de répondre à ces questions. Ils nous diront chacun à leur manière comment susciter cette nécessité vitale qu’est la lecture de la littérature. Où l’on découvre que le goût du livre est aussi un goût de vivre.

Yun Sun Limet, Directrice de la NRP et Claire Beilin-Bourgeois, Conseillère pédagogique

Programme (le programme est en cours d’élaboration, il est susceptible d’être modifié)

  • Ouverture et présentation de la NRP : petite et grande Histoire par Yun Sun Limet
  • Savoir lire par l’association Dys
  • La petite musique de nuit des classiques par Cécile Ladjali
  • Lecture par Christine Curelier
  • Le goût des livres et la chair de l’écrivain par Pierre Péju
  • Lecture par Florient Azoulay
  • Quelques entrées concrètes dans la littérature par Antony Soron
  • Un exemple : faire aimer la littérature médiévale par Blandine Longhi
  • Lectures par Christine Culerier et Florient Azoulay

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Vous pouvez dès à présent vous inscrire en cliquant ici

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Albert Marquet, peintre de l’eau

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Albert Marquet, Port d’Alger, 1935, Sotheby’s, Londres. akg-images/Sotheby’s/© ADAGP, Paris, 2016

Albert Marquet, Port d’Alger, 1935, Sotheby’s, Londres.
akg-images/Sotheby’s/© ADAGP, Paris, 2016

 

 

 

En Histoire des arts au lycée, la NRP vous propose une étude approfondie d’un tableau d’Albert Marquet de 1935, Port d’Alger. Ce sera l’occasion de re(découvrir) un peintre admirable, et pour ceux qui le peuvent, de visiter la rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Albert Marquet, peintre du temps suspendu, du 25 mars au 21 août 2016.

 

Par Roger Courault

Partir au soleil. Sur les conseils de son ami le Dr Élie Faure, le peintre Albert Marquet, à la santé fragile, quitte Paris pour l’Algérie en janvier 1920. À 45 ans, il rencontre au cours de ce premier séjour sa future femme, Marcelle Martinet. Ils y reviendront presque tous les ans passer l’hiver. En 1940, alors que Marquet vient de signer une affiche de protestation contre l’occupation nazie, ils s’installent près d’Alger pour cinq ans, par crainte des représailles. Ils y achètent une maison, Djenan Sidi Saïd, le « jardin du Seigneur heureux ».

Camus, Marquet et l’Algérie
Le 30 janvier 1945, un gala est organisé à Alger par le journal Combat. À cette occasion, Marquet offre une toile au bénéfice des œuvres sociales du mouvement. Albert Camus est alors directeur du journal, mais il vit à Paris et ne revient à Alger qu’en mai 1945, pour enquêter sur les massacres de Sétif.
Albert Camus et Albert Marquet ne se sont jamais rencontrés. Leurs centres d’intérêt sont d’ailleurs très différents. Camus ne s’est pas vraiment intéressé à la peinture. À la question « Quelle importance accordez-vous aux arts plastiques ? », il répond : « J’aurais voulu être sculpteur. La sculpture est pour moi le plus grand des arts. » Le peintre, personnage principal de la nouvelle Jonas ou l’artiste au travail tirée du recueil L’Exil et le Royaume (1957), est une figure métaphorique dont on ignore tout des goûts artistiques. Le seul texte important de Camus concernant la peinture est une préface pour le catalogue de l’exposition Balthus à la Pierre Matisse Gallery de New York en 1949.
Mais l’amour d’Alger et des paysages algériens, l’amour de la Méditerranée rapprochent Marquet et Camus. Le catalogue Wildenstein de l’œuvre peint de Marquet recense 585 peintures d’Algérie, dont plus de 350 d’Alger. Parmi celles-ci est souvent représenté le port d’Alger, ce port près duquel Meursault travaille (« Le bureau donne sur la mer et nous avons perdu un moment à regarder les cargos dans le port brûlant », L’Étranger) et que Camus évoque dans ses premiers textes. Dans l’essai L’Été à Alger publié dans le recueil Noces (1938), Camus mentionne en effet les baignades dans le port « dominé par le jeu de cubes blancs de la Kasbah », les matinées passées « en plongeons » et les « longs coups de pagaie autour des cargos rouges et noirs ».

 

À suivre dans le numéro lycée de mai 2016

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La NRP et vous : Réussir son entrée dans le métier

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Par Véronique Pagès, professeur de lettres modernes

L’année de stage est une année importante, très dense, où le stagiaire endosse de vraies responsabilités tout en apprenant à devenir professeur. Les rencontres ne se programment pas et c’est souvent une lourde tâche qui incombe au tuteur, requis par ses propres classes et des missions multiples, mais une relation tuteur-stagiaire peut être très enrichissante et venir dynamiser la pratique du professeur formateur lui-même.

Le tuteur : un maillon indispensable de la formation du stagiaire

Il s’agit d’accueillir un collègue, un pair, de l’intégrer dans une équipe, l’enjeu étant bien de tenir la main sans materner ni faire à la place. Ce positionnement du tuteur se joue dès la première rencontre, où l’on doit répondre aux besoins pratiques et souvent très anxiogènes d’un jeune professeur. Cette rencontre s’avère déterminante si l’on en croit le témoignage de Charlène Huttenberger, professeur stagiaire dans un lycée de la région toulousaine : « Je me souviens encorede mon premier jour au lycée. Le début d’une belle aventure.C’est vrai, j’avais peut-être un peu appréhendé le moment de la rencontre avec ma tutrice. D’emblée, elle m’a accueillie dans l’établissement : elle s’est tout de suite occupée de moi, m’a entourée de sa bienveillance et fait part de ses conseils pour aborder ma première rentrée. Et c’est donc dans un bon état d’esprit que je suis retournée au lycée deux jours plus tard pour rencontrer mes élèves de 2de, mes tout premiers élèves. »
La formation est active dans la mesure où ce jeune professeur est amené à expérimenter ce qui fonctionne ou pas, ce qui peut être amélioré ; le tuteur, pour sa part, évalue les erreurs que le stagiaire doit faire et celles qu’il doit lui épargner, notamment en termes de gestion de classe. Ainsi la relation qui s’établit est-elle faite de liberté accompagnée. Charlène Huttenberger la formule en ces termes : « Ma tutrice a dès le début été présente, elle m’a conseillée sans pour autant chercher à m’imposer ses idées. Notre relation a été une relation d’égale à égale. Si je suis restée libre, je n’ai toutefois jamais été seule. »

Aller vers une émancipation du stagiaire et un partage d’expériences

Il me semble important d’encourager, dès le départ, la créativité du stagiaire, de l’encourager à s’approprier assez rapidement le « modèle » que peut représenter le tuteur, d’indiquer qu’il ne s’agit pas de reproduire mais d’oser. Oser monter ses propres séquences, ses évaluations, faire seul en partant d’un principe clair : essayer, au sens où Montaigne l’entend, c’est-à-dire prendre le risque d’être vraiment soi-même. C’est d’ailleurs la richesse de cette année-là : entrevoir, au contact du tuteur, tout ce que l’on peut mettre en œuvre et « s’essayer à » sans avoir peur de « se tromper ». Si la rencontre avec ma stagiaire a été féconde, c’est parce qu’elle a accepté de jouer ce jeu exigeant malgré ses angoisses légitimes. Au deuxième trimestre de l’année scolaire, elle a pu notamment s’approprier un objet d’étude complexe comme la tragédie au XVIIe siècle et le faire vivre sincèrement dans ses classes de 2de. En favorisant l’autonomie et le sens de la réflexion chez le stagiaire, on se forme tout autant que l’on forme, on goûte au partage d’expériences et la relation interactive qui se noue est stimulante. Ouvrir sa classe, aller et venir entre ses propres classes et celles du stagiaire amènent à repenser ses cours, sa démarche, à tester d’autres activités… On entre ainsi dans une émulation réciproque : « je lui faisais part de mes projets pour les séances à venir et ensemble nous bâtissions des séquences, dont j’ai la plupart du temps été satisfaite car ces dernières ont été le fruit d’une véritable collaboration », se souvient Charlène. Peut-être la candeur, au sens voltairien du terme, du stagiaire nous remet-elle face à des possibles qu’on avait oubliés.

À professeurs épanouis, élèves épanouis : transmettre le plaisir d’enseigner

Dans ces jeux de miroir qui fondent la relation pédagogique, le tuteur a donc une haute responsabilité, celle d’incarner un savoir, de transmettre un certain enthousiasme. Il a pour mission d’amener le stagiaire vers cette prise de conscience : celle d’une liberté à prendre car ce n’est pas le programme qui nous mène mais nous qui le menons ; lorsque s’opère cette prise de conscience – ce n’est malheureusement pas toujours le cas –, ce sont les élèves qui en profitent et en profiteront. Car une jeune collègue qui résume ainsi son année de stage : « Je me suis levée tous les matins avec l’envie d’aller enseigner » ne peut être que prometteuse.

Plus d’informations dans le numéro lycée de mai 2016  

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L’Étranger de Camus par Kamel Daoud

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Un combat pour la liberté

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Kamel Daoud, écrivain et journaliste algérien né en 1970, est l’auteur de recueils de nouvelles et d’un roman, Meursault, contre-enquête (auquel nous consacrons une partie de la séquence p. 42-45) couronné par plusieurs prix, dont le Goncourt du premier roman en 2015. En février 2016, il a décidé de renoncer au journalisme qu’il pratiquait depuis une vingtaine d’années au Quotidien d’Oran et dans différents médias, suite à la polémique suscitée par son article sur les agressions sexuelles commises à Cologne lors de la nuit du Nouvel An 2016.

 

 

Quelle place tient L’Étranger de Camus dans votre bibliothèque intime ?
Le roman fait partie de ma généalogie littéraire et historique. Je suis algérien et je reste sensible, encore plus que d’autres, à l’univers de Meursault ou de sa victime et au poids fascinant des paysages. Mais j’avoue que j’ai eu de la difficulté à lire avec plaisir, à apprécier, à « entrer » dans la chair de ce roman. La raison ? Peut-être l’âge (j’avais dix-sept ans quand je l’ai lu pour la première fois), peut-être son style éblouissant comme une beauté qui le rend inaccessible, peut-être le malaise intime de s’y regarder sans reflet pour « l’Arabe » que je suis. J’ai été longtemps sensible à Camus le philosophe parce que ses essais L’Homme révolté et Le mythe de Sisyphe ont été nécessaires à ma construction philosophique à la sortie d’une longue période religieuse. L’Étranger est un roman à la beauté agaçante, au style dérangeant mais captivant. Avec un personnage à mi-chemin entre le statut de « personnage » et de hantise. Avec une histoire qui rehausse l’inachevé au rang d’une œuvre. J’ai relu L’Étranger vers mes trente ans et avec un autre esprit : plus sensible à l’histoire, moins apte à l’identification simple au personnage.
Et ce fut un second choc. Il est rare que le roman fasse de la philosophie sans tomber dans la facilité de la fable. Cette rareté est le propre de L’Étranger .

Votre roman vous apparaît-il plus comme une déconstruction ou une réécriture de celui de Camus ?
Non. Il est déconstruction féconde. Une continuation libre et indépendante. Une façon de creuser la question sans se limiter à la réponse antécédente. Le roman de Camus est un prétexte à mon texte, au sens le plus profond du terme. J’y repose la question de notre liberté et de notre responsabilité. Camus l’a fait et j’ai estimé que cela était nécessaire de reposer la même question, face au même silence du monde. Pour écrire ce roman, j’ai donc cultivé les marges du texte de L’Étranger, ses vides, ses brèches. Mon roman est un intertexte libre, agressif, forcé. C’est un épilogue qui n’est pas dans l’hommage simple. Mais c’est aussi un roman indépendant, autonome par révolte et par essence. La déconstruction y est une réclamation, une appropriation. C’est une conversation mais aussi une méditation.

Pourquoi avoir délibérément confondu dans votre récit l’auteur et le narrateur de Kamel Daoud. L’Étranger ?
Parce qu’en Algérie, dans la mémoire collective et de par leurs histoires, Meursault et Camus sont « coupables ». L’un d’avoir tué un « Arabe », l’autre d’avoir quitté un pays et de ne pas avoir pris les armes pour le libérer. Un autre meurtre, aux yeux de certains. J’ai voulu, par cette confusion délibérée, poser le doigt sur le procès, le remettre à jour, l’exhumer de l’inconscient, le dire et le contredire. Pour l’avoir écrit, je voulais surtout le dénoncer.

À suivre dans le numéro NRP de mai 2016.

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Dossier NRP mai 2016
Qui est l’étranger ? – Extrait du dossier du numéro lycée de mai 2016

Publié le par La rédaction NRP

Qui est l’étranger ? Le dossier de la NRP Lycée vous invite à une exploration philosophique de cette notion aux contours bien flous, et tente de tisser un lien entre les différentes acceptions d’un mot qui reflète des réalités diverses : politiques, psychologiques, sociales, esthétiques … En voici un extrait.

Que disons-nous quand nous usons du terme « étranger » ? De quoi parlons-nous ? Et de quel point de vue parlons-nous ? Certes, il s’agit de l’autre homme, mais déjà nous hésitons. Un homme ? En est-on si sûr ? Celui qui parle de l’étranger est ici et maintenant, tandis que l’étranger, lui, est d’ailleurs, lointain ou proche, ou même d’ici, mais encore à l’extérieur de soi, à moins qu’il ne s’inscrive jusqu’en soi-même, et dans ce dernier cas nous parlerons d’étrangeté. Pour tenter d’éclairer la notion d’étranger, nous proposons un parcours, un questionnement.

L’étranger est d’abord une catégorie définie selon les frontières instituées par les politiques : elle suppose des langues étrangères, d’autres coutumes, d’autres cultures. Mais la catégorie ne suffit pas. Ce qui nous importe, c’est l’expérience vécue, celle de la rencontre, du choc, de l’épreuve inévitable de quelqu’un ou de quelque chose d’étranger, puisque nous ne vivons pas coupés des autres. Nous ne sommes pas sans les autres : comme l’écrit si bien Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, nous avons besoin de « notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu’un, grands dieux quelqu’un ». À cette énumération, nous ajouterons l’étranger, en l’assimilant provisoirement à l’autre, à l’altérité de l’autre. Or, ce n’est pas si clair, reconnaissons-le, et cela implique donc que nous interrogions l’altérité même : si l’altérité est le caractère de ce qui est autre, de quelle altérité s’agit-il quand nous choisissons de dire « étranger » ?

À suivre dans le numéro lycée de mai 2016

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Étudier une œuvre de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014

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La NRP vous propose un hors-série consacré à Dora Bruder de Patrick Modiano

 Pour des classes de 1re, l’écriture sobre et maîtrisée de ce roman permet d’accéder à une réflexion passionnante sur l’histoire et la mémoire, sur la trace que nous laissons et celle que laisse un texte littéraire.

Découvrez un extrait.

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Trésors de la littérature québécoise

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Les écrivains québécois méritent qu’on leur fasse une place dans nos cours de littérature.

La séquence sur la poésie des XIXe et XXe siècles contient de belles découvertes, d’Émile Nelligan à Jean-Aubert Loranger, découvrez un extrait.

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La science-fiction dans les séries télévisuelles

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Par Sébastien Rongier

nrp_lycee_article_sf_La série télévisuelle connaît aujourd’hui un succès considérable, tant du point de vue du public que des analyses qui émergent au sujet de ce genre artistique. La série de science-fiction, fortement dominante dans les productions contemporaines, mérite un petit tour d’horizon.

 

 

 

Quelques jalons historiques

Le genre de la science-fiction est aujourd’hui pléthorique, notamment parce que les techniques d’effets spéciaux sont moins coûteuses. Cependant, la science-fiction a une histoire télévisuelle assez longue. Qu’on se souvienne de séries aussi importantes que The Twilight zone (1959, CBS), Star Trek (1966, NBC), ou de séries britanniques comme Le Prisonnier (1967, ITV).
À partir des années 1970, à la suite de Star Trek, le space opera s’impose, notamment avec des séries comme Cosmos 1999 (1975, ITV), Battlestar Galactica (1978, ABC, et 2004, Sky One), V (1983, NBC, 2009, ABC), jusqu’à Babylon 5 (1993, syndication USA), Stargate SG1 (Showtime, 1997), ou Falling Skies (2011, TNT). Dans les années 1990 s’impose la série The X-Files, naviguant entre enquête policière, théorie du complot et invasion extraterrestre. Incontestablement, le digne successeur de X-Files demeure Fringe, série produite par J. J. Abrams. Cette série policière et de science-fiction, véritable série post 11-septembre, est avant tout une réflexion sur la figure paternelle, tant d’un point de vue familial que politique, idéologique, ou même artistique. Car un des enjeux fondamentaux de la série, c’est d’être au plus près du monde contemporain et de ses évolutions.

Variations des genres

Les séries connaissent aujourd’hui une très grande amplitude de genres, allant du fantastique à la science-fiction, ou leur combinaison car les frontières de genre sont assez lâches. Après une certaine complaisance des séries policières pour des mises en scène gore, le trait marquant est l’apparition assumée et populaire de la série d’horreur. À l’évidence, le succès de The Wal­king Dead (2010, AMC) marque une rup­ture et impose de nouvelles formes qu’on retrouve avec Hemlock Grove (2013, Netflix), Helix (2014, SyFy), The Strain (2014, FX) ou Z Nation (2014, SyFy), dans des séries de vam­pires, de revenants, ou dans American Horror Story (2011, FX). Et bien sûr, comment ne pas évoquer le succès planétaire de Game of Thrones (2011, HBO) qui remplit parfaitement son rôle de représentant du genre fantasy ?

Quelques pépites de science-fiction

Quelques séries méritent d’être retenues, à commencer par Sense8 (2015, Netflix). Cette série, coproduite par Lana et Andy Wachowski, repose sur la relation sensorielle de huit personnages dans le monde entier et choisit de tourner le dos aux effets spéciaux pour travailler à partir du seul montage. Black Mirror (2011, Channel 4), série britannique autour des technologies, construit des récits souvent dystopiques. Autre grande dysto­pie à caractère uchronique, l’adaptation du roman de Philip K. Dick, The Man in the High Castel (2015, Amazon Video), nous met face à une Amérique dominée par l’armée nazie et japonaise vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Enfin, l’étrange réussite de Penny Dreadful (2014, Showtime) tient au casting et à la performance d’Eva Green, mais aussi au pari réussi de faire tenir dans une même série tout l’univers littéraire fan­tastique du XIXe siècle, du vampire à Fran­kenstein, en passant par Dorian Gray et quelques sorcières tenaces.

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Education aux médias : un entretien avec Pierre Carles

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Pierre Carles est connu pour son regard aiguisé sur les médias. Il a souvent débusqué des impostures journalistiques, et réalisé de nombreux films : des formats courts pour l’émission franco-belge Strip-tease, mais aussi des longs métrages comme en 2014 Les Ânes ont soif, dans lequel il tente de comprendre le silence d’une majorité des médias sur une visite officielle en France en 2013 du charismatique président équatorien Correa.

Extrait de son interview à paraître dans le numéro de janvier de la NRP lycée.

Qu’est-ce qui vous fait le plus réagir dans le traitement de l’information par les grands médias ?

Il est toujours frappant d’observer l’alignement des grands médias sur le pouvoir politique, comme lors des attentats de
novembre dernier à Paris où seuls les discours ultra-sécuritaires et guerriers comme celui du Premier ministre et du président de la République avaient droit de cité à l’antenne, quand ils ne se comportent pas en véritables porte-paroles du pouvoir économique. [...] Ce qui est terrible aussi, c’est le discours a-historique et a-sociologique des grands médias qui ne situent que très rarement les événements qu’ils couvrent dans une perspective historique, oubliant de rappeler que ce qui se passe aujourd’hui ne vient pas de nulle part. Ils mettent peu en évidence les liens de cause à effet qui expliquent les comportements des agents sociaux, comme nous y incite par exemple la sociologie. [...]

Quelques films de P. Carles
Juppé, forcément… (31 min, 1995)
Hollande, DSK, etc. (83 min, 2012), coréalisé avec Julien Brygo, Nina Faure et Aurore Van Opstal
La Sociologie est un sport de combat (135 min, 2001)
Les Ânes ont soif, Opération Correa 1 (54 min, 2014), disponible en DVD auprès de C-P Productions et de l’ADAV.

Sur ce sujet nous vous proposons une ressource numérique pour aider les élèves à s’assurer du bien-fondé d’une information.  À télécharger ici.

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Préparer le bac français

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Lire un roman contemporain, et préparer avec méthode l’entretien à l’oral des EAF. C’est ce que propose une lecture cursive de L’Enfant Méduse de Sylvie Germain (Actes Sud).

Oral du bac, NRP janvier 2015

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A paraître en janvier : Le spectacle du pouvoir

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Découvrez un extrait du dossier du prochain numéro de la NRP lycée : le spectacle du pouvoir

Le spectacle au pouvoir

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Lire et enseigner Claude Simon

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Claude Simon, BIS/ Ph. Patrice Pascal (c) Archives LarborSéminaire « Claude Simon » – Appel à Communications

Date : 4 juin 2016

Lieu : École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de Paris, 10 rue Molitor – Paris 16e.

Le 28e Séminaire « Claude Simon » organisé par L’ALCS (Association des Lecteurs de Claude Simon) et l’ESPE de Paris aura pour thème « Lire et enseigner Claude Simon ». L’œuvre de ce dernier est aujourd’hui reconnue par l’institution universitaire et scolaire : La Route des Flandres apparaît au programme de l’agrégation de lettres en 1998 ; le nombre de thèses consacrées en tout ou partie à l’écrivain n’a cessé d’augmenter depuis ; au lycée, des extraits de ses romans font leur entrée dans les manuels de littérature au début des années 2000. Mais qu’en est-il dans les classes ? Seront bienvenues aussi bien les communications portant sur des expériences d’enseignement et sur des situations d’apprentissage menées au collège, au lycée, en classes préparatoires ou à l’université que celles visant à présenter un état sur la question.

Les propositions de communications (un titre et un résumé d’une page maximum) accompagnées de quelques lignes de présentation du parcours personnel de l’auteur, sont à envoyer avant le 25 janvier 2016 à Cécile Yapaudjian-Labat à l’adresse suivante : cecile.yapaudjian-labat@espe-paris.fr

D’autres informations sur le Séminaire et l’ALCS sont disponibles sur le site : http://associationclaudesimon.org

Les propositions qui nous auront été adressées seront discutées au début du mois de février. 

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A lire dans la revue de septembre : Les ressources de la BnF, du neuf pour la rentrée

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Par Françoise Juhel, chef de service des éditions multimédias de la BnF
Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Créer la forme numérique qui poursuive l’œuvre des vénérables Castex-Surer et Lagarde et Michard, c’est ce que cherchent aujourd’hui des institutions et des éditeurs, avec parfois beaucoup de réussite. Gros plan sur les derniers développements des sites de la BnF : une encyclopédie, Les Essentiels de la littérature, et l’édition enrichie du roman d’Émile Zola, Au Bonheur des dames. Tout est disponible gratuitement et les établissements scolaires peuvent mettre la banque de ressources à la disposition de leurs élèves en téléchargeant le logiciel Edutec sur leur espace numérique de travail.

Après le Candide enrichi, une édition augmentée d’Au Bonheur des dames…
Nous publions une édition numérique du roman de Zola, avec, comme pour le Candide, une histoire du texte, une lecture des passages les plus emblématiques par Lambert Wilson, une iconographie très riche et des textes et vidéos de commentaires. La Bnf disposait des manuscrits et des multiples travaux préparatoires de Zola, si utiles à l’étude de ses romans. Nous avons aussi intégré des gravures de mode ou des pages de catalogues des premiers grands magasins. Chaque document est l’objet d’une séquence pédagogique pour le rendre accessible. Une autre partie de l’application permet d’explorer le texte à partir de huit entrées thématiques, et d’y lire un reflet des transformations économiques et sociales sous Napoléon III. Les femmes, la révolution industrielle, la naissance du commerce moderne ou l’impressionnisme sont autant de fenêtres qui révèlent la richesse du roman de Zola. Pour faire vivre et éclairer chaque partie du texte, on l’entoure d’un témoignage audiovisuel, d’une anthologie et d’un album. La collaboration avec le musée d’Orsay s’est imposée dans la mesure où cela permettait d’apporter une iconographie d’une très grande richesse ainsi que l’expertise des conservateurs. Avec Candide, on explorait le XVIIIe siècle. Au Bonheur des Dames, c’est le roman du XIXe siècle.

Un grand projet encyclopédique : Les Essentiels de la littérature
La BnF a décidé de mettre le numérique au service d’une histoire de la littérature dont le premier volet consacré au XVIIIe siècle sera ouvert en septembre. Le siècle, perçu dans un sens large puisqu’on inclut La Fontaine, est divisé en périodes. Là, le visiteur choisit d’entrer dans le site soit par une œuvre, par un auteur ou en choisissant un des thèmes proposés, la femme par exemple, ou l’Orient. Quelle que soit l’entrée choisie, on peut assister à une exposition virtuelle dont chaque image projetable et imprimable est l’objet d’un commentaire. Cette approche par l’image est complétée par des documents en vidéo, ou la présentation de manuscrits. Par rapport aux livres enrichis, il s’agit cette fois d’offrir aux enseignants quelque chose de plus large et moins profond. Mais ce projet permet de mettre beaucoup d’images en relation avec les œuvres, sans pour autant perdre de vue l’objectif commun à tous nos projets, qui est de lire et faire lire des textes littéraires.

Pour lire la suite, rendez-vous à la page 13 de la NRP lycée de septembre ou connectez-vous à votre édition numérique.
Si vous souhaitez vous abonner c’est par ici.

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Une séquence de la revue de septembre : « Madame Bovary » en Terminale L

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 2015-09-14 12_43_09-NRP lettres lycée septembre 2015 n°66 - Adobe Acrobat ProMadame Bovary doit être étudiée en Tle L dans le cadre du domaine d’étude « Lire, écrire, publier » qui invite les élèves, d’après le BO, « à une compréhension plus complète du fait littéraire, en les rendant sensibles, à partir d’une oeuvre et pour contribuer à son
interprétation, à son inscription dans un ensemble de relations quiintègrent les conditions de sa production comme celles de sa réception ou de sa diffusion ».
Le programme de 2014-2015 demande explicitement d’étudier la genèse de l’oeuvre, la correspondance de Flaubert, et le procès qui lui fut intenté. Mais il est dommage de limiter l’étude de la réception de l’œuvre à la seule question, bien que centrale, de ce procès. Madame Bovary est un classique encore très lu, et il peut être profitable d’étudier les lectures qui en sont faites aujourd’hui.
De nombreux artistes ont réécrit l’œuvre : écrivains, cinéastes, auteurs de bande dessinée et même de série – les héroïnes de Desperate Housewives débattent du roman dans l’épisode 7 de la première saison. Certains se sont même essayés à l’invention d’une suite : c’est le cas de Philippe Doumenc, qui a publié en 2007 Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary, roman dont le personnage principal est mandé pour enquêter sur la mort d’Emma, jugée suspecte, juste après son enterrement. Cette séquence pourrait être menée en deux ou trois heures, pour clore l’étude de Madame Bovary. Elle propose de parcourir de nouveau le roman de Flaubert, dont les enjeux s’éclaireront pour les élèves, après la lecture d’extraits du roman de Philippe Doumenc. En effet, alors que Flaubert veut écrire un livre sur rien, qui ne tient que par le style, Philippe Doumenc exploite des genres que Flaubert refuse d’imiter, comme le policier ou le fantastique. Les élèves prendront conscience que Flaubert fait disparaître le romanesque ou le tient à distance, tandis que son successeur, au contraire, cherche à rendre à Madame Bovary cette dimension, comme pour répondre aux attentes des lecteurs à la recherche d’émotions ou de sentiments que Flaubert refuse de leur offrir. La comparaison invitera également les élèves à mener eux-mêmes l’enquête, en lecteurs avertis, à propos du texte-source.

Retrouvez la séquence d’Adrien David en page 56 de la NRP lycée de septembre ou connectez-vous à votre édition numérique.

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Projet de classe : au théâtre avec vos élèves

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Par Valérie Linetfrion, professeur de lettres modernes et de théâtre

Le Roi s'amuse, mise en scène François Rancillac. Pascal Colrat / D.R.

Le Roi s’amuse, mise en scène François Rancillac.
Pascal Colrat / D.R.

Ce projet de classe est, comme toutes les aventures pluridisciplinaires, la résultante de plusieurs facteurs convergents, mais il est d’abord parti d’un constat que nous faisons souvent en cours de français : autant les élèves aiment « faire du théâtre » en classe, autant ils sont peu spectateurs de pièces et peu accoutumés à fréquenter ces lieux artistiques.

Travailler en interdisclinarité pour retourner au théâtre
Les théâtres leur apparaissent souvent comme appartenant à un « autre temps » (notion bien floue) où l’on joue des textes qui ne leur « parlent pas directement ». Leur expérience de spectateur se résume souvent à une ou deux expériences scolaires datant de l’école primaire ou du début du collège. Emmenés par leurs parents ou les centres aérés du mercredi, quelques élèves ont eu la chance d’assister plus ou moins fréquemment à des spectacles enfantins. Cependant, cette fréquentation personnelle, si elle a eu lieu, s’est, pour presque tous, interrompue à partir du collège, période où les adolescents se tournent massivement vers les vidéos sur Internet, le cinéma ou les concerts plus spectaculaires. Comment les ramener au théâtre, leur faire découvrir ces lieux de vie et de création ? Comment leur faire comprendre que, par l’énergie et la créativité d’une mise en scène, un texte ancien ou difficile peut soudain leur paraitre limpide et les toucher ? Leur montrer que la dimension visuelle du théâtre a toute sa place dans les divertissements de cette génération de l’image. L’envie de travailler ensemble de deux enseignantes en théâtre et d’un professeur de sciences économiques et sociales conjuguée à une proposition opportune de partenariat annuel émanant du Théâtre de l’Aquarium nous a amenés à proposer à une classe de 2de du lycée Rodin (Paris) un parcours pluridisciplinaire tout au long de l’année scolaire. L’association de ce projet plutôt littéraire avec le domaine des sciences économiques et sociales a évidemment élargi nos questionnements et enrichi nos objectifs. Comment faire prendre conscience à nos élèves qui vivent depuis l’entrée au collège avec un emploi du temps très scindé en matières que la réalité du monde professionnel est très différente et que les domaines interfèrent sans cesse les uns avec les autres ? Que l’artistique ne peut faire fi de l’économique sous peine de mourir ? Et comment leur montrer que c’est dans l’adaptation et la maîtrise progressive de cette complexité que peuvent naître et surtout vivre les projets ?

Trouver les clefs pour ouvrir toutes les portes du « théâtre »
L’objectif affiché de ce parcours annuel était donc de faire découvrir le caractère vivant de la création scénique et la réalité des contraintes socio-économiques fortes que rencontrent les professionnels de ce secteur, tout en permettant à nos élèves d’aborder de grands textes au travers d’une école du spectateur. À sa conception le parcours comprenait :

– trois spectacles choisis dans la programmation du Théâtre de l’Aquarium : une adaptation du Roi s’amuse de Victor Hugo dans une mise en scène de François Rancillac, un spectacle du collectif F71 d’après Surveiller et punir de Michel Foucault et Le Sang des amis, texte de J.-M. Piemme (créé a partir d’Antoine et Cléopâtre et Jules César de Shakespeare) ;

– des rencontres avec l’équipe du théâtre (le directeur François Rancillac, la gestionnaire, l’équipe de communication, une maquilleuse, un éclairagiste et un comédien) ;

– la réalisation d’une enquête sur le public de ce théâtre et la mise en forme statistique des résultats ;

– des ateliers de pratique artistique avec des comédiens du théâtre et une mise en voix de textes sur le pouvoir politique.

Notre année a été ponctuée par les sorties au théâtre qui, loin d’être seulement l’occasion de voir de passionnants spectacles, ont été aussi des moments partages avec les professionnels et avec le reste du public. Dans la même sortie, nous conjuguions en effet atelier de pratique artistique ou interview des professionnels, dîner sur place dans l’espace d’accueil, enquête auprès des spectateurs et enfin spectacle.
Au final, les élèves auront même vu cinq spectacles puisqu’un des comédiens est venu au lycée présenter une petite forme théâtrale : Discours sur la servitude volontaire d’Etienne de la Béotie. Le théâtre nous a également proposé d’assister gratuitement à une remarquable adaptation de L’Homme qui rit de Victor Hugo par Christine Guenon. Cette comédienne, seule en scène, venait présenter son spectacle à des tourneurs* un jour où nous étions dans les murs et il était intéressant pour elle de le tester en même temps sur un public. C’est aussi l’un des avantages non négligeables d’un partenariat annuel qui crée des liens et des opportunités « au fil de l’eau ».

Explorer différentes formes de rédaction
En amont et à l’issue de ces sorties, des séances de travail étaient organisées sur une base hebdomadaire au CDI du lycée, en classe et en salle informatique. Les élèves ont eu de nombreux documents à rédiger et réaliser tout au long de l’année :

– des questionnaires pour les rencontres avec les professionnels (cette rédaction faisait suite à deux séances de recherches conduites avec les élèves par la conseillère d’orientation sur les parcours de formation) ;

– une synthèse des notes prises pendant ces entretiens au théâtre ;

– des travaux de compilation, de dépouillement, de tri et de présentation statistique des résultats de l’enquête sur le public, dans le respect des règles utilisées en sciences économiques et sociales ;

– un questionnaire avec questions ouvertes et fermées pour le public, qui a amené les élèves à s’interroger sur leur démarche et sur la pertinence de la formulation (comment parvenir à des résultats éclairants sans heurter les personnes qui acceptaient de répondre : âge, milieu, catégorie socioprofessionnelle, habitudes de loisirs…) ;

– un lexique théâtral, à partir du vocabulaire employé par les professionnels lors des rencontres et des éléments de lexique trouvés dans les extraits de texte lus avant les représentations ;

– des panneaux d’expositions sur l’ensemble du travail en vue des journées Portes ouvertes du lycée.

Ouvrir son attitude et son esprit aux autres et aux idées.
Plus nous avancions dans le partenariat, moins il y avait lieu de faire des réflexions aux élèves sur leur comportement au théâtre. Le lieu leur devenait familier au fur et à mesure des rencontres. Beaucoup d’élèves ont développé leur confiance en eux, leurs aptitudes à la bienséance. Ce projet a clairement et rapidement soudé le collectif de la classe car les élèves travaillaient très souvent en binôme ou en groupe de quatre ou cinq.
La rencontre avec les membres de l’équipe et les intermittents a permis aux élèves de prendre conscience des réalités du milieu artistique (écart entre passion et réalité des métiers mais aussi réalité qui entretient la passion) et de remettre en question leurs a priori. Ce projet de classe a été déterminant dans leur choix de filière en fin de 2de ; certains ont même pu y entrevoir un parcours professionnel.
Les élèves ont pu expérimenter les sciences économiques et sociales d’un point de vue très concret et prendre conscience des difficultés, de l’exigence de rigueur que représente la construction de résultats fiables et exploitables. Ils ont appris à argumenter, à utiliser avec finesse les connecteurs logiques pour construire leurs comptes rendus et leurs critiques sur les spectacles. Ils ont enrichi leur vocabulaire. Enfin, et ce n’est pas le moindre, ils ont abordé « en douce » les idées de très grands auteurs et philosophes français.

Pour conclure
La réussite de ce projet doit beaucoup à l’accueil que nous a réservé l’équipe du théâtre, à la magie de la Cartoucherie et à la belle énergie de tous les acteurs (au sens large) des spectacles que les élèves ont vus. La transversalité et le travail croisé de plusieurs enseignants nous sont également apparus clairement comme des atouts majeurs dans ce  projet. Nous, les enseignants, avons bénéficié de la souplesse dans la gestion du temps et des groupes, des moments de concertation pour vérifier régulièrement la pertinence et la faisabilité de nos objectifs intermédiaires. De leur côté, les élèves ont apprécié la variété des approches, des interlocuteurs, de la formulation et des tâches à réaliser. Ce parcours, par sa bi-disciplinarité, a enfin été une excellente préparation à l’épreuve des TPE qui les attendait l’année suivante.

Et vous ?
Comme le Théâtre de l’Aquarium a la Cartoucherie de Vincennes, les théâtres, à Paris et en régions, vous accueillent pour des projets plus ou moins ambitieux. Il est même dans la mission des théâtres subventionnés et conventionnés de mettre en place des projets et des partenariats avec les écoles, les collèges et les lycées. Adressez-vous au service des publics scolaires. Selon la taille du théâtre, un professeur est parfois détaché pour s’occuper plus particulièrement de ces publics.

* Le tourneur est celui qui organise les tournées, emploie les artistes, met en place la logistique.

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Programme lycée 2015-2016

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Découvrez le nouveau programme de la NRP !

Revue

Septembre 2015 Écriture et réécriture : Madame Bovary
Séquence 2de : Figures de la lectrice dans le roman du XIXe siècle
Séquence 1re : Lectures de Madame Bovary, lecteurs dans Madame Bovary : les enjeux des réécritures  Séquence Tle : Lire Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary

Novembre 2015 À table ! La nourriture et les (bonnes manières)
Séquence 2de  : À table avec l’honnête homme
Séquence 1re : Quelques repas dans les romans du XXe siècle

Janvier 2016 Qu’est-ce que bien gouverner ?
Séquence 2de : Conquête et exercice du pouvoir de Cicéron à Star Wars
Séquence 1re : Le roi et le traître, de Shakespeare à Hugo

Mars 2016 Lettres du Canada
Séquence 2de : Michel Tremblay, Des nouvelles d’Édouard
Séquence 1re :En quête de modernité, la poésie canadienne francophone au début du XXe siècle

Mai-juin 2016 L’Étranger de Camus
Séquence 2de : L’exil poétique, de Lamartine à Laforgue
Séquence 1re : D’un Étranger à l’autre : le roman de Camus et ses réécritures

Hors-série

Novembre 2015 Tableaux parisiens de Baudelaire  – 2de

Mars 2016 Dora Bruder de Modiano – 1re

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Entretien avec Patrick Deville

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Propos recueillis par Marie-Hélène Dumaître pour la NRP le 13 décembre 2014.

Patrick Deville au musée Pasteur à Paris le 11 juillet 2012 – Figarophoto/Jean-Luc Bertini

Patrick Deville au musée Pasteur à Paris le 11 juillet 2012 – Figarophoto/Jean-Luc Bertini

 

NRP : Vous venez de publier Viva qui semble clore un premier tour du monde, partant de l’Amérique centrale avec Pura Vida et revenant au Mexique dans Viva : est-il approprié de parler de « cycle », et ce « cycle » est-il terminé ?

Patrick Deville : Il s’agit en effet d’un cycle, avec des limites temporelles – de 1860 à aujourd’hui –, et géographiques, un tour du monde d’ouest en est. Mais ce cycle n’est pas achevé, j’espère n’en être qu’à la moitié. J’imagine des trilogies, la première vient de paraître, qui groupe Pura Vida, Équatoria et Kampuchéa. La seconde pourrait assembler Peste & Choléra, Viva et un livre sur lequel je travaille depuis des années, et qui sera un roman « français » après le « mexicain ». Ensuite je repartirai peut-être pour un nouveau tour du monde, dans l’autre sens, d’est en ouest.

 

NRP : Votre travail est donc très construit…

Patrick Deville : Pour ces livres, ces romans sans fiction, le travail de conception et de construction est long, quelques années, la phase d’écriture, qui n’intervient qu’à la fin, est brève, quelques semaines ou quelques mois. Afin de conserver un certain rythme de publication, je travaille ainsi sur plusieurs livres à la fois, à des degrés divers d’invention et de recherches, amassant les matériaux, séjournant alternativement dans les lieux de ces prochains livres à écrire, pour les nourrir. Ce projet est en route depuis quinze ans, et j’espère y travailler encore quinze ans.

 

NRP : Comment un tel projet est-il né ?

Patrick Deville : La première décision est celle d’écrire, de devenir écrivain. On peut le décider enfant, à sept ou huit ans, sans savoir du tout ce qu’on pourrait bien écrire. Mais c’est une activité qu’on ne peut pas faire à moitié, je l’ai vite découvert : il faut consacrer sa vie à cela, lire et écrire. Entre cette décision prise vers huit ans et vingt-trois ans, je n’ai rien écrit, pas le moindre poème ou texte d’adolescence, parce que tout cela me semblait si considérable et si important que j’attendais de pouvoir m’y consacrer pleinement, j’espérais en avoir le courage, et essayer jusqu’à trente ans, apprendre à écrire, puis, si je n’y parvenais pas, faire autre chose, enseigner la philosophie ou faire des affaires, il y a bien sûr d’autres manières de mener sa vie. Écrire est mon activité principale depuis l’automne 1980, lorsque je me suis installé au Moyen-Orient, région qui apparaît peu jusqu’à présent dans ce cycle mais j’y travaille.

 

NRP : Pourquoi vous êtes-vous détourné de la fiction ?

Patrick Deville : Comme je vous le disais, au départ le projet est tout simplement « écrire », intransitif. Mais il faut bien ensuite que cela devienne transitif, « écrire quelque chose ». On prend alors conscience qu’on n’a pas choisi son affectation, ni le siècle ni le lieu, qu’on est né quelque part à un certain moment : ce milieu particulier on doit l’affronter, s’y inscrire, y chercher sa place, comment inventer quelque chose. Ce qui est vrai pour l’environnement géographique et historique vaut pour l’environnement littéraire. On essaie de tout lire en se demandant comment et où s’inscrire dans cette histoire littéraire. J’ai d’abord décidé qu’il fallait publier chez Minuit, dont le catalogue me semblait le plus important, le plus impressionnant. Ce qui m’amenait à accepter de m’inscrire dans cette littérature française expérimentale de la deuxième moitié du xxe siècle, post Nouveau Roman. Cependant, assez vite (j’ai tout de même publié cinq romans chez Minuit), je me suis senti à l’étroit dans cette forme, cela ne me satisfaisait plus, je cherchais autre chose, pendant des années.

 

NRP : J’ai l’impression d’une évolution au cours de l’écriture de ce cycle. Pura Vida et Equatoria me paraissent plus touffus. Est-ce à dire que votre projet s’est infléchi, modifié, ou précisé au fur et à mesure ?

Patrick Deville : Je relis beaucoup tous ces livres, parce que chacun est une suite, même s’ils sont indépendants. Quand j’ai pris contact avec Le Seuil parce que ce projet ne me semblait pas pouvoir trouver sa place chez Minuit, j’ai exposé ce projet mais je ne le maîtrisais pas, n’étais pas du tout sûr de pouvoir le mener. Lorsque j’ai entrepris l’invention du premier, Pura Vida, c’était comme en musique de changer d’instrument. Je ne savais pas où j’allais. J’avais cette impression d’inventer une forme nouvelle sans bien savoir si elle était viable. J’ai beaucoup tâtonné. Avec le temps le projet s’est clarifié. Tous ces romans se sont inscrits dans ce cycle, ils ont beaucoup de points communs mais sont tous différents, ils ne sont pas faits au moule. Deux journées du narrateur dans Pura Vida et un an dans Équatoria, et dans Peste & Choléra le narrateur passe momentanément en troisième personne du singulier, etc.

 

NRP : Quelle place singulière occupe Peste & Choléra dans cette série de livres ?

Patrick Deville : Sans doute parce que je l’ai écrit plus vite et que la phase de recherche en amont a été plus courte. J’étais déjà sur place, en Asie du sud-est, depuis trois ou quatre ans, pour suivre le procès des Khmers rouges et écrire Kampuchéa, où apparaît déjà Yersin. Je savais que toutes les correspondances, archives, étaient à l’Institut Pasteur à Paris, où je suis allé travailler quelques semaines avant de suivre Yersin en Suisse, en Allemagne, au Vietnam… Il y a eu quelque chose comme un plaisir de virtuose à écrire Peste & Choléra, c’est d’ailleurs une image qui vient dans le roman, le plaisir de jouer la partition qu’est une vie. Les années passant, on finit par acquérir aussi une espèce de savoir-faire. On peut reprendre le titre d’une nouvelle de Lowry citée dans Viva, « Le métier, cet étrange réconfort », réconfort étrange, dans la mesure où il facilite le travail et constitue aussi un danger dont il faut se méfier.

 

NRP : Avez-vous une œuvre préférée, dans laquelle justement vous dépassez ce plaisir et ce travail de virtuose ?

Patrick Deville : Pour cette relecture particulière des huit cents pages de Sic transit avant l’édition de la trilogie, c’est par Équatoria que je me suis laissé le plus entrainer, parce que, même si tous ces romans sont différents, la publication chaque fois du suivant modifie la lecture des précédents, parce que nous connaissons le futur du narrateur, et parce que des histoires ou des vies sont reprises et développées. Par exemple Trotsky et Lowry dont les noms clignotent dans chacun de ces romans arrivent au premier plan dans Viva ; la vie du Che Guevara, qui est fragmentée dans ces livres, est encore complétée dans Viva ; Yersin, qui clignote dans Kampuchéa, vient au premier plan dans Peste & Choléra, apparaît encore dans Viva

 

NRP : Parmi vos personnages, on trouve différentes sortes d’aventuriers : certains sont mus par l‘attrait de la gloire ou du pouvoir, d’autres par le goût de l’ailleurs et de l’exploration, mais Yersin est un peu singulier, par son côté multi-entrepreneur. Est-ce ce que vous appréciez chez lui ? Ou y a-t-il autre chose ?

Patrick Deville : Jeune, Yersin écrit à sa mère que « ce n’est pas une vie que de ne pas bouger », plus tard il s’arrête et bâtit, c’est justement ce qui est intéressant. Il y a aussi dans la vie de l’explorateur Stanley, dans Équatoria, un moment qui me fascine, que je trouve magnifique : après avoir traversé la forêt de l’Ituri, après que son arrière-garde a été massacrée, que personne en Europe ne sait plus, depuis un ou deux ans, ce qu’il est devenu, il s’arrête et bâtit un fort, fait cultiver des champs, ne bouge plus. Même s’il ne l’écrit pas si clairement dans son journal, mais forcément, et je l’imagine, il se dit qu’il pourrait rester là, qu’il est un paysan. J’ai une grande admiration pour cela, la proximité de la terre, vivre dans le paysage. Ce grand titre de paysan dans Rimbaud. Le général Suter de Cendrars dans L’Or, Stanley et Yersin ont cela en commun, la terre, le paysage, et aussi ils sont explorateurs, veulent aller voir là-bas, plus loin, derrière cette colline à l’horizon, avec l’espoir de découvrir si tout cela a un sens.

 

NRP : Comment écrit-on l’Histoire en romancier ? Pourquoi tenez-vous à l’appellation « roman » même si ce que vous faites est très historique ?

Patrick Deville : Pour les dates, les lieux, les faits, j’essaie de faire en sorte qu’il n’y ait aucune erreur, et s’il y en a je les corrige. Ces livres construisent aussi un mausolée, ou un panthéon personnel, une histoire de la littérature. C’est un travail davantage littéraire qu’historique, dans la mesure où je conserve une liberté de choix. Par exemple, je sais parfaitement, pour les écrivains surtout, qui ne franchira jamais le seuil de ces pages et ceux que je souhaite y accueillir. Mais aussi, par exemple : Yersin avait un frère et une sœur, si la correspondance avec celle-ci est capitale pour connaître sa vie, les rapports avec son frère n’offrent aucun intérêt et je l’ai exclu du roman, ce que ne pourrait faire un biographe. Si l’historien tente de saisir le réel de façon scientifique, et c’est indispensable, la littérature tente de le saisir de façon poétique. Ces livres relèvent de la poésie au sens large, tel que chez Artaud, incluant toutes les formes d’art, peinture ou langage. Et comme toute création artistique ces romans tentent d’atteindre à une vérité poétique du monde.

 

NRP : Quel rôle accordez-vous à la littérature ?

Patrick Deville : C’est justement cela : que les visées poétique et scientifique nous sont indispensables et doivent concourir, nous éclairer, nous permettre d’atteindre à notre humaine condition. La littérature nous permet de déjouer la finitude, de concevoir ce que c’est que d’être une autre personne humaine que celle que nous sommes. Nous sommes une liberté infinie, et donc responsables de ce que nous devenons, responsables des choix que nous effectuons. C’est la lecture de la littérature qui nous aide à devenir la personne humaine que nous pensons devoir devenir, nous aide à penser et à agir.

 

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On parle de nous dans la presse : L’Enfant de Schindler, Leon Leysson

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À l’occasion de la sortie du supplément collège de mars 2015 L’Enfant de Schindler de Leon Leysson deux articles sont parus dans L’Est Éclair. Si le premier est consacré à l’ensemble du supplément, le second s’attache plus particulièrement au devoir de mémoire et présente la ressource numérique intitulée Pourquoi commémorer ? L’exemple d’une commune de l’Aube. Exceptionnellement, cette ressource est accessible à tous, vous pourrez la télécharger dans l’espace « Ressources abonnés » du site de la NRP collège.

Les abonnés numériques, auront accès à une ressource exclusive composée de documents d’époques inédits. Une première à la NRP.

Nous en profitons pour remercier chaleureusement Léo Lamarche, notre auteur, grâce à qui nous avons pu vous proposer ce contenu exclusif.

Article du 11 janvier 2015

Sans titre-1

 

 

 

 

 

 

 

Article du 19 février 2015

Article NRP 2

 

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Anthony Soron nous parle des ESPE

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Créées dans l’urgence au printemps 2012, les ESPE, prononcez èspé, se dessinent peu à peu dans le paysage de l’Éducation nationale. Après la disparition progressive des IUFM amorcée en 2009, il fallait reconstruire, repenser aussi la formation et le métier de professeur. Antony Soron, maître de conférences responsable du parcours Lettres à l’ESPE de Paris Sorbonne, est depuis le début, en 2012, embarqué dans cette aventure.

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Pouvez-vous rappeler l’historique de la création des ESPE ?
Les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation ont été « opérationnelles » à partir de la rentrée 2013. Leur création par le ministère Peillon a fait moins de bruit que la mise en place des nouveaux rythmes scolaires mais elle a constitué une sérieuse « avancée » après une parenthèse désenchantée où l’enseignement ne semblait plus considéré comme un métier qui s’apprend. Conjointe à la rénovation du CAPES, la création des ESPE a permis d’endiguer l’inquiétante désaffection pour le professorat.

En quoi se distinguent-elles des défuntes IUFM ?
L’accent a été mis sur la mutualisation des interventions. L’ESPE n’est en rien une « bulle » éloignée de la réalité du terrain et des différents partenaires de l’institution. La structure implique une bonne entente non seulement avec les universités mais aussi avec le rectorat de référence. Ainsi, nous travaillons ensemble à ce que les étudiants de M1 bénéficient de stages avec accompagnement de formation tout en n’abandonnant pas spécifiquement pour le cas des lettres la recherche sur la littérature avec la proposition de séminaires universitaires. En M2, soit l’année qui suit la réussite au CAPES, les professeurs stagiaires à mi-temps sont accompagnés et formés à l’exercice de leur métier sans délaisser pour autant la recherche, qui passe entre autres par la rédaction d’un mémoire et l’inscription à des séminaires. Il va de soi que l’on n’est pas ici dans la recherche pure. Néanmoins, on part de l’idée que l’approfondissement de la didactique de la littérature n’est pas forcément l’ennemie de la recherche sur la littérature.

C’est donc ce lien avec l’université qui fait la spécificité de l’ESPE ?
Il est important d’entendre « ESPE » de deux façons. L’ESPE au sens strict c’est effectivement le lieu de formation des professeurs du premier et du second degré ainsi que des personnels d’éducation. Néanmoins, l’ESPE doit être aussi considérée au sens large, répondant en cela à une volonté institutionnelle de mutualisation. Autrement dit, selon cette deuxième perspective, l’ESPE doit être comprise comme une structure partenariale où les universités ont pleinement leur place dans les Masters 1 et 2. Chaque parcours bénéficie ainsi d’une commission pédagogique, composée du responsable du parcours et des référents des universités partenaires, qui se réunit régulièrement. En clair, un étudiant de M1 ou de M2 aura des cours dispensés dans les universités comme il aura des cours dispensés à l’ESPE au sens strict. En lettres, sur Paris, les choses se passent correctement du point de vue partenarial même si bien entendu nous tâtonnons encore. Bien des choses, comme le lien entre recherche et didactique de la discipline, restent à parfaire.

Dans les nouvelles ESPE, qui sont les formateurs?
Je ne vous étonnerais pas en vous disant qu’il s’agit des anciens IUFM autrement dit des formateurs des anciens IUFM. Mais votre question n’est sans doute pas dénuée d’implicite. Aussi, je m’empresse de dire qu’il est très rare de voir des formateurs ESPE sans la moindre connaissance du terrain. Le recrutement des formateurs, en tant que professeur détaché de l’enseignement secondaire ou en tant qu’enseignant-chercheur, n’a en général rien d’artificiel. Chacun a des compétences spécifiques, en matière pédagogique ou didactique, et à tout le moins une expérience professionnelle suffisante.

Il y a eu une forme de « vacance » de formation pendant quelques années : cette période
« sans » a-telle permis de mieux cibler les besoins des nouveaux professeurs ?

Maître de conférences à l’IUFM puis à l’ESPE de Paris depuis 2007, je vous rassure, je n’ai jamais été au chômage technique ! Néanmoins, nous avons quand même ressenti le vent du boulet. À titre personnel, je pense qu’il n’est jamais mauvais de se remettre en question. Nouveaux publics, exigences parentales accrues, nouvelles missions (enseigner le numérique, etc.)… Il n’est plus possible de se penser seulement professeur d’une discipline donnée. C’est d’ailleurs tout le sens du sigle ESPE. Indubitablement, il faut prendre en compte la transversalité du métier. « Vacance » de formation ou pas, les « néo-profs » ne sont pas nés de la dernière pluie ! Personne n’est dupe sur ce qui l’attend. En conséquence, on est certainement, plus encore qu’auparavant, amené à parler « concret », « terrain » en faisant se corréler principe de réalité et principes didactiques.

Chaque ESPE a-t-elle une forme d’autonomie au plan pédagogique ?
Je pense qu’il faut raisonner davantage au niveau des parcours de formation : lettres, histoire. Il va de soi que le directeur de l’ESPE a un rôle à jouer dans l’impulsion d’une ligne « force » de formation mais l’action du responsable de parcours reste fondamentale. Ce qui n’est pas de tout repos, croyez-le bien !

Vous, à Paris, sur quoi mettez-vous l’accent ?
L’affectation des stagiaires M2 se fait non seulement sur l’académie de Paris mais aussi sur les académies limitrophes, Versailles et Créteil. Les berceaux de stage demeurent par conséquent variés voire hétérogènes en termes de public et de conditions d’enseignement. Dès le mois d’août, nous essayons d’appuyer là où ça peut faire mal si on n’y prend pas garde. Autrement dit, nous nous appliquons à ne pas isoler la pédagogie de la didactique. Apprendre aux « néo-profs » à se questionner est une chose, leur donner des réponses en est une autre certes, mais tout aussi fondamentale. Que ce soit en séances dites de « tutorat » (en groupes restreints) ou en groupes plus complets, nous insistons sur la nécessité de construire sa méthode d’apprentissage en apportant aux « néo-profs » les éléments les plus concrets possibles pour construire séances et séquences. Toutefois, notre objectif consiste aussi à les mettre en confiance en leur disant et leur redisant que l’essentiel demeure leur bon sens, leurs intuitions et leur goût pour la littérature.

En français, dans la mesure où les programmes désacralisent les séquences et permettent de recloisonner certains enseignement, comment abordez-vous la question des contenus ?
Notre objectif reste institutionnel. Il ne s’agit pas, loin s’en faut d’ailleurs, de combattre l’esprit des programmes. L’idée est plutôt de trouver de nouveaux moyens de transmettre les textes patrimoniaux. La formation n’est pas là pour saborder la littérature classique. L’enjeu se situe plutôt autour de « comment renouveler son enseignement ? » (recours à l’image, à la version « audio » des textes, etc.). Quand on effectue comme chaque formateur ESPE une dizaine de visites de classe par an, on est à même de bien se rendre compte de tout ce qu’il faut faire pour que ça marche et bien entendu de tout ce qu’il ne faut pas faire. À titre personnel, je suis très favorable à l’introduction de l’histoire des arts dans l’enseignement du français. Néanmoins, il semble tout aussi fondamental de redonner à notre enseignement de la littérature une dimension contextuelle, tant sur le plan historique que biographique. Sur la question de l’enseignement de la langue, différents courants nous traversent, il ne faut pas se le cacher. Mais ce n’est pas gênant car c’est au « néo-prof » de faire le tri dans les informations et conseils qu’on lui donne. Au collège notamment, nous devons prendre en compte la réalité du niveau des élèves en orthographe et en grammaire. À ce titre, notamment pour un débutant, je vois mal comment une séquence intégrative pourrait ménager une véritable progression en langue. En outre, plus que de recloisonnement, je parlerai plus volontiers de recloisonnement relatif en insistant sur le fait que les frontières entre séances de langue et séances de littérature demeurent poreuses.

Quelle place accordez-vous à des formations qui ne sont pas directement disciplinaires, comme la gestion des classes, la médiation ?
Je ne veux pas parler pour tout le monde mais à « mon petit niveau » je n’exclus jamais ces aspects relevant a priori d’éléments transversaux de la formation des séances dites de « didactique » de la discipline. Une séance de littérature mal organisée a en effet des incidences sur la gestion de classe. Le choix d’un texte trop résistant ou mal contextualisé aussi. De fait, il nous faut être constamment à l’écoute du vécu des stagiaires sans pour autant bien entendu n’être que le réceptacle de leurs expériences amères. La formation disciplinaire ne peut plus être unidimensionnelle. Les stagiaires ne veulent d’ailleurs plus de cela. Cela nous conduit nous-mêmes à une démarche autocritique permanente avec cette question « cruelle » constamment au fond de nos caboches de formateur, « et, toi au fait, comment tu ferais à sa place ? »

Comment vous y prenez-vous pour rendre les ESPE proches du terrain, puisque c’était un reproche fait aux formations antérieures, et finalement depuis la disparition des Écoles normales d’instituteurs ?
Mon propos, vous l’aurez compris, s’attache à ce que je connais le mieux, le second degré. Cependant, je crois qu’on a parfois fait un mauvais procès aux IUFM. Pour ma part, j’ai toujours eu l’impression d’être en dedans et non en dehors de la réalité de la classe. Si vous saviez le nombre de fois où l’on a envie de se lever dans une classe que l’on visite et de dire « allez, je vais te montrer…». Il faut bien comprendre qu’un formateur ESPE est aussi quelqu’un qui va dans les classes, qui rencontre des tuteurs « terrain ». Il n’est jamais là pour faire la leçon ! Chacun a bien entendu sa façon de penser et d’être mais je ne pense plus possible de s’abstraire du réel. Pour finir, je vous donnerai l’exemple récent d’une réunion dite de régulation avec les inspecteurs de lettres parisiens. Le face-à-face entre les « institutionnels» (les inspecteurs et moi-même) et les stagiaires de M2 réunis en amphi du fait de leur nombre aurait eu tout lieu d’inhiber les seconds. Il n’en fut rien. Tout le monde s’est lâché. Et tout le monde y a gagné. Comme si, selon un accord tacite, il était entendu que le temps de la langue de bois était bel et bien révolu !

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Sombre Renaissance

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Par Alain Barbé

Charles IX en 1572 lors du massacre de la Saint-Barthélemy BIS/Coll. Archives Larbor

Charles IX en 1572 lors du massacre de la Saint-Barthélemy
BIS/Coll. Archives Larbor

Depuis Michelet et Burckhardt, historiens romantiques, nous avons accepté l’idée d’une Renaissance lumineuse et prométhéenne, fondatrice d’un humanisme universel. Et si tout cela n’était qu’une illusion rétrospective ?

Remises en cause

Depuis longtemps, l’opposition entre un Moyen Âge ténébreux et une Renaissance de lumières a été abandonnée. Les historiens hésitent à penser la Renaissance comme une rupture et soulignent, au contraire, les continuités entre les deux époques. L’idée d’un homme nouveau apparu à ce moment-là, moderne, presque contemporain, est mise en doute. Les contraintes et traditions communautaires résistent fortement à l’indéniable affirmation de l’individu. L’optimisme de la Renaissance devient lui-même sujet à caution. Dès 1977, Jean Delumeau s’interrogeait sur le « pessimisme de la Renaissance », souvent illustré par l’énigmatique gravure de Dürer, Melancholia 1, mais reconnaissable également dans les propos cyniques et désabusés d’un Machiavel. Loin de notre vision idéalisée, comme le souligne Bernard Cottret, la Renaissance a peut-être accouché simultanément de la civilisation et de la barbarie.

L’exclusion de l’Autre

Si l’humanisme ne peut être tenu pour directement responsable du génocide amérindien, conséquence des Grandes découvertes, sa définition de l’humanité paraît bien restrictive. Quand la fameuse controverse de Valladolid règle le sort des Indiens d’Amérique, leur défenseur, le dominicain Las Casas, a pour adversaire un éminent humaniste, Sepulveda, traducteur d’Aristote et précepteur du futur Philippe II. Le pape Nicolas V qui, en 1455, autorise les Portugais à réduire en esclavage les Africains et légitime pour trois siècles la traite négrière, a un parcours modèle d’intellectuel humaniste passé par les cercles florentins. Le XVIe  siècle voit par ailleurs la naissance de l’antisémitisme moderne. En Espagne, la conversion ne suffit plus à faire oublier des origines juives. Le soupçon pèse sur tout descendant de conversos. En 1515, Venise enferme ses juifs dans le quartier du Ghetto. Initiative à ce point copiée que le nom du quartier devint un nom commun. Le refus de l’autre touche aussi la sexualité : à partir de 1497, l’Inquisition punit de mort l’homosexualité.

Une Europe déchirée

L’Europe unie des humanistes, symbolisée par Érasme ou Thomas More, s’avère très éloignée des réalités vécues. L’affirmation des états nationaux multiplie les conflits. Les armées, aux capacités de destruction démultipliées par les progrès de l’artillerie, n’épargnent pas les populations civiles. Le sac de Rome, en 1527, marque tous les esprits. Mais, qui se souvient de Therouanne? Cette cité française de l’Artois, entièrement rasée par les troupes de Charles Quint en 1553, disparut à jamais. John Hale a montré comment ce contexte avait favorisé l’émergence des préjugés nationaux. L’Anglais fourbe, l’Italien sodomite et voleur, l’Allemand ivrogne et querelleur, autant de stéréotypes nés au XVIe siècle qui auront la vie dure et nourriront les haines nationalistes futures.

Science ou magie ?

Les manuels scolaires présentent la Renaissance comme l’éclosion d’une science moderne. Pourtant, dès 1967, Jean Delumeau soulignait l’ambigüité des scientifiques du temps. La science cohabite souvent avec la magie, la chimie s’égare dans l’alchimie, les mathématiques s’assimilent à la Kabbale. Pic de la Mirandole voit la science comme une magie positive. Paracelse, fondateur de la chimie moderne, s’obstine à trouver la pierre philosophale. Les princes s’entourent d’astrologues, dont le fameux Nostradamus. L’astronome Tycho Brahe dresse les thèmes astraux de ses protecteurs, tout comme Kepler, réputé pour ses horoscopes. Que dire de l’inquiétant John Dee, mathématicien et astrologue d’Élisabeth I, féru d’occultisme et de magie noire ? Si la médecine paraît plus rationnelle, Ambroise Paré croit cependant à l’existence de monstres cachés dans les carrières.

Femmes et sorcières

L’image de quelques reines, la figure de Louise Labé font oublier la dégradation de la condition féminine survenue au XVIe siècle. Les femmes sont progressivement exclues des corporations. La médecine justifie leur imperfection naturelle par la théorie des humeurs. Dans le Tiers Livre, Rabelais fait tenir à un médecin les propos suivants : « Quand je diz femme, je diz sexe tant fragile, tant variable, tant muable, tant inconstant et imparfaict que Nature me semble s’être esquarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé toute chose… » Il y eut bien en France une « querelle des femmes », où le poète néoplatonicien Maurice Scève se fit l’apôtre de l’idéal féminin. Mais ce n’était peut-être qu’un jeu littéraire, au cours duquel, selon Mireille Huchon, Louise Labé, une créature de papier fut créée de toutes pièces. Dans les faits, un peu partout se déchaîne la chasse aux sorcières, causant la mort de 30 000 à 100 000 victimes selon les estimations. Loin de condamner ce meurtre de masse, l’humaniste Jean Bodin, théoricien de la République et de l’État, publie un Traité de la démonologie des sorciers (1578). Il y écrit cette phrase terrible : « Quand il est question de sorcier, le bruit commun est presque infaillible ». Bodin nous révèle sa part d’ombre, une contradiction de plus dans une Renaissance finalement bien obscure.

Article paru précédemment  dans les actualités de la NRP Lycée de mars 2011

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Rencontre exceptionnelle avec Alain Pagès

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L’Observatoire Zolien des Écritures Réflexives (OZER) propose une rencontre exceptionnelle le 23 janvier prochain autour du thème ZOLA ET LA LIBERTÉ avec Alain PAGÈS, professeur de littérature française à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste de Zola.

Organisée dans le cadre d’un stage académique de Lettres, la rencontre se déroulera de 14h à 17h dans l’amphithéâtre de l’Institut du monde anglophone (Paris 3), 5, rue de l’École de Médecine, Paris 6e.

Le nombre de place étant limitée, une inscription auprès du secrétariat de l’Inspection des Lettres est indispensable : helene.goudou@ac-paris.fr.

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Projets de classe – Villette en piste, à la découverte de la création contemporaine

Publié le par La rédaction NRP

© Alex Koch / Fotolia

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À Paris, le Parc de la Villette offre des possibilités de parcours pédagogiques, comme ceux qu’ont mené à bien l’an dernier Flavia Quitiliano et Lil Moch, professeurs aux lycées Simone Weil (Pantin) et Le Corbusier (Aubervilliers).

Le projet « Et si le monde était un cirque » par Flavia Quintiliano

Le profil des élèves des classes d’accueil est très hétérogène (niveaux de maîtrise de la langue française, niveaux scolaires et parcours de vie différents). Leur arrivée au lycée dans un nouveau pays suscite des interrogations communes : « Comment fonctionne la scolarité en France ? Qu’est ce qui m’attend ? ».
Pour les aider à répondre à ces questions, on peut rendre le changement d’espace géographique, linguistique et culturel des élèves le plus agréable possible. Le cirque, et les univers qui lui sont liés, peuvent y contribuer. Monter un projet cirque avec une classe d’accueil permet la création en groupe, la création d’une solidarité de groupe, et le développement de la confiance en soi.

Au lycée Simone Weil de Pantin, un projet incluant trois parcours a spécialement été construit pour les primo-arrivants. Les jeunes participent à un parcours de recherches, au centre de documentation de l’Académie Fratellini, sur les différentes traditions circassiennes à travers le monde et l’histoire. Le but est de montrer comment des cultures et des traditions parfois éloignées peuvent avoir des pratiques communes. Ils  mènent aussi un parcours de spectateur, en collaboration avec le Parc de la Villette. Les élèves assistent à trois spectacles au cours desquels ils découvrent différentes esthétiques du cirque contemporain. Avec le parcours de créateur, ils s’initient à cet art à l’occasion d’ateliers de pratique de cirque animés par des artistes.
Le projet se déroule sur toute l’année scolaire avec la réalisation d’une chronique racontant ses étapes sous forme de comptes-rendus collectifs et de textes d’opinions personnelles. L’écriture est privilégiée comme forme de restitution des étapes du projet afin de familiariser les élèves avec ce mode de communication essentiel dans la scolarité française. Les ateliers de pratique se concluent en fin d’année avec un spectacle mis en scène, conçu et interprété par les élèves, qui s’appuie sur ce double travail de recherche et d’expérimentation corporelle et qui s’inspire dans son thème des différentes traditions et identités des élèves.

Le projet « D’autres nous-mêmes », par Lil Moch

Quand j’ai appris que les partenariats « Villette en pistes » permettaient de bénéficier (entre autres propositions alléchantes) d’interventions artistiques et d’emmener les élèves au spectacle pour la très modique somme de 600 € pour l’établissement, j’ai sauté sur l’aubaine. Je suis allée au plus vite consulter la programmation du Parc et le projet n’a pas tardé à germer : l’exposition de photos Vos rêves nous dérangent (qui était presque intégralement visible en ligne) croisée avec les quelques mots de présentation du spectacle Le Bal des intouchables (Les Colporteurs) me livrait le thème du projet : effectuer avec les élèves une exploration artistique autour de la différence, la marginalité,  la singularisation de soi quant à son milieu environnant, la projection de soi en un autre…
La Villette demandait, pour un meilleur encadrement des élèves, que le projet soit mené au sein d’une équipe pédagogique. Excellente exigence ! En quelques jours l’équipe s’est constituée et le projet a pu mûrir : mené de manière transversale en anglais, en enseignement d’exploration Arts du spectacle, en E.P.S., en français et lors d’ateliers de pratique artistique, le projet devait permettre de varier les approches d’enseignement. L’exigence d’une restitution de forme « numérique », avec la possibilité de mêler images fixes, sons, et vidéos, nous a incités à varier les modes d’exploration artistique : les élèves pourraient ainsi découvrir une exposition photo et expérimenter la prise de vues au cours des ateliers Villette associés, ils pourraient écrire des textes en cours de français, explorer l’expression théâtrale en Arts du spectacle et la danse en cours d’E.P.S., découvrir des propositions circassiennes en assistant aux spectacles et réfléchir à la réalisation d’un film documentaire poétique lors de l’atelier final de création.
En cours d’anglais, les élèves ont préparé la visite de l’exposition Vos rêves nous dérangent. Ils ont été frappés par la violence sociale de certaines photos de Mikhael Subotzky sur Beaufort West (Afrique du Sud), intéressés par les mises en scènes d’immigrés mexicains aux États-Unis, représentés en super-héros par l’artiste Dulce Pinzón, et franchement émus par les témoignages pathétiques des jeunes indiennes photographiées par Achinto Bhadra qui se représentaient sous la forme de personnages symboliques de leur relation au monde dans l’exposition Un autre moi. La découverte a été forte pour les élèves, qui après un travail d’écriture bilingue (anglais-français) sur les photos ont même témoigné leur désir de rencontrer Achinto Bhadra, à qui ils ont écrit pour l’inviter aux restitutions de leur travail.
L’atelier « photos d’identité » proposé par Laurent Chemin leur a permis d’expérimenter une situation similaire : à l’aide d’accessoires, ils devaient se mettre en scène et inventer un personnage avec lequel ils entretenaient un rapport, auquel on leur demandait de réfléchir. Les portraits réalisés étaient très beaux, et les élèves se sont à la fois amusés et impliqués collectivement et individuellement. À partir de ces photos, ils ont pu écrire des textes, traduits en anglais, présentant les personnages créés. Un véritable travail d’écriture et de réécriture a ainsi pu être mené afin de réaliser une exposition textes + photos dont ils pourraient être fiers. L’implication de chacun à cette étape du travail a été remarquable.
Le parcours s’est poursuivi en Arts du spectacle autour de la rencontre de la compagnie Les Colporteurs et de leur spectacle Le Bal des intouchables : interview   du metteur en scène d’Antoine Rigot avant d’assister à une répétition du spectacle, travaux d’écriture poétique après avoir vu le spectacle, et ateliers de création sous le chapiteau de la compagnie. La proposition de la plasticienne Magali Brien était de réaliser un film documentaire poétique autour du parcours effectué lors de notre projet. Les images déjà réalisées ont pu être mêlées à des extraits de textes lus et à des prises de vues vivantes rassemblant plusieurs formes d’exploration artistique : un travail corporel inspiré du spectacle, des bribes de chorégraphie travaillées en cours d’E.P.S. et renouvelées par un travail d’improvisation choral, une approche plastique de la projection de soi en un autre soi à l’aide de silhouettes en papier kraft marionnettisées… Les élèves se sont trouvés en position de recherche artistique et de réalisation : ils ont participé au choix des grandes lignes du montage, au choix des musiques et du titre final : D’autres nous-mêmes : nos différences nous rassemblent. L’écoute était parfois difficile entre eux mais la stimulation était toujours au rendez-vous ! Si l’unité du projet était difficile à cerner pour eux au début, elle s’est peu à peu précisée lors de nombreux temps de réflexion orale.

Les élèves ont pu continuer toute l’année à assister à des spectacles de cirque contemporain de grande qualité : Tetrakaï (CNAC) assorti d’une rencontre ; Oktobre, qu’ils ont adoré.Leurs préjugés initiaux ont fondu comme neige et leur regard de spectateurs s’est nettement affiné. Ces élèves qui au départ « n’avaient pas choisi l’enseignement d’exploration Arts du spectacle », qui se méfiaient d’un cycle danse en E.P.S., pour qui les circassiens apparaissaient plutôt comme d’étranges fous, ont effectué un véritable parcours de découverte dans lequel ils se sont impliqués avec un enthousiasme visible. Ce sont à présent des spectateurs. Quant à moi, la très belle aventure vécue avec eux, leurs rires, leur énergie, leur application me manquent déjà.

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Une Belle Saison pour l’enfance et la jeunesse

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

La Belle Saison

La Belle Saison, lancée par le ministère de la Culture, vise à faire découvrir toutes les richesses de la création dans le domaine des arts vivants pour le jeune public. Sa programmation dans toute la France s’étend jusqu’à fin 2015, mais elle a vocation à susciter une dynamique pérenne. L’ouverture a eu lieu lors du Festival d’Avignon cet été.

Au même moment, au Festival, était repris Mai, juin, juillet de Denis Guénoun dans la mise en scène de Christian Schiaretti. Un spectacle inégal qui, revenant sur divers événements de l’année 68 (occupation de l’Odéon dirigé à l’époque par Jean-Louis Barrault, réunion à Villeurbanne de directeurs de centres dramatiques et de maisons de la culture, altercations de jeunes spectateurs avec Jean Vilar à Avignon), a le mérite de faire réfléchir, justement, sur certains rapports de la jeunesse au théâtre. Le modèle de transmission que Vilar proposait aux jeunes n’est plus compris et s’écroule en 68, explique Schiaretti. En mai, une partie de cette jeunesse veut se couper de l’art en empêchant les représentations à l’Odéon et en lançant « Plus jamais Claudel ! ». En juillet, Vilar est contesté au profit de la contre-culture américaine – incarnée notamment par le Living Theatre de Julian Beck. Entretemps, en juin, les directeurs de théâtre prennent conscience du « non-public », c’est-à-dire de tous ceux qui sont coupés de la culture, et cherchent un moyen de développer la démocratisation culturelle. « Si le mot de culture peut encore être pris au sérieux, c’est dans la mesure où il implique l’exigence d’une intervention effective tendant à modifier les rapports actuels entre les hommes, et, par conséquent, d’une enquête active entreprise de proche en proche en direction de tous : c’est-à-dire, enfin, une authentique action culturelle » écrivaient-ils alors, soulignant aussi « l’urgence d’inclure l’étude du théâtre pour l’enfance dans toute réflexion sur la culture ».

Mai, juin, juillet de Denis Guénoun, mise en scène de Christian Schiaretti Du 26 mai au 6 juin 2015, TNP de Villeurbanne

Aujourd’hui, et depuis longtemps, des créations et des projets de médiation de grande qualité sont diffusés par des professionnels engagés (enseignants, auteurs, artistes, éditeurs…). La Belle Saison  les recense et leur donne un coup de projecteur. Cela fait grincer les dents de certains, qui déplorent une opération de communication – « Label Saison » ! – plutôt que de production, en l’absence de financements. Il est cependant important de favoriser les coopérations et de soutenir l’innovation dans les parcours et les créations tournés vers la jeunesse, ne serait-ce qu’en donnant aux meilleures d’entre eux une plus grande visibilité. Par ailleurs, le dispositif CLEA (contrat local d’éducation artistique) se développe sur l’ensemble du territoire. Il est destiné aux jeunes et permet notamment d’organiser des résidences-missions, financées par les DRAC : un artiste est présent plusieurs mois pour transmettre sa démarche, en lien avec les équipes éducatives. Pour les artistes qui viennent dans les classes, l’action culturelle devrait être plus souvent envisagée comme une recherche artistique enrichissante ; leurs échanges avec les jeunes peuvent leur apporter beaucoup. Certains auteurs sont même amenés, à travers des commandes d’écriture, à écrire spécifiquement pour la classe. C’est le cas de David Lescot, qui prépare une création pour salle de collège…

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Falstafe, pour tous les âges

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Par Gaëlle Bebin

Falstafe © Christophe Raynaud de Lage

Falstafe © Christophe Raynaud de Lage

Falstafe de Valère Novarina, pièce directement inspirée du personnage de Falstaff dans le Henry IV de Shakespeare, est adapté pour tout public à partir de 9 ans par le jeune metteur en scène Lazare Herson-Macarel. Son spectacle a été créé cet été au Festival d’Avignon où une attention particulière est portée au jeune public par le nouveau directeur, Olivier Py, qui monte à nouveau son spectacle inspiré d’un conte de Grimm, La Jeune fille, le diable et le moulin.

Lazare Herson-Macarel a raccourci le texte de Novarina, resserré le nombre de personnages, conservé tout ce qui permet de mettre en valeur les ressorts comiques de la pièce et choisi les répliques qui font du personnage principal un Peter Pan. Falstafe est un vieil enfant qui ne veut pas grandir. « Je voudrais que ce soit déjà le soir, que je sois déjà au lit et que tout se soit très bien passé », dit-il, effrayé. Ce poltron truculent, voleur et menteur, refuse le réel. Clin d’œil à Don Quichotte, les scènes sont annoncées comme des chapitres de roman d’aventures : « Où l’on verra… ». Falstafe vit dans l’imaginaire, passe son temps à faire semblant – se déguisant en roi Henry IV, faisant le mort sur le champ de bataille, prétendant avoir combattu vaillamment contre de nombreux assaillants…

Créer une autre réalité, n’est-ce pas justement ce que fait l’artiste ? Falstafe est aussi une pièce sur le théâtre. Le personnage principal, ce Matamore, s’invente des exploits guerriers avec une telle énergie, une telle jubilation du langage, que le public, complice, se prend à y croire et se prête même au jeu de ses mensonges. « Au fond, à ce moment-là, tout le monde a 8 ans dans la salle ! », commente le metteur en scène. Il aime à rappeler ce que lui a confié Novarina : « Il n’y a que les enfants qui me comprennent ». Transformer l’ensemble des spectateurs en jeune public, pourquoi pas ? La démarche de la troupe, qui s’appelle la Compagnie de la jeunesse aimable (en référence à Rimbaud), est de défendre un théâtre populaire avec l’obsession de travailler pour ceux qui n’ont pas l’habitude du théâtre, grâce à l’engagement et la générosité des acteurs.

Le début de la pièce montre l’amitié scandaleuse entre un jeune prince (le futur Henry V) et le vieux Falstafe. Insouciants, ils font la fête sur un air de Don Giovanni, « Fin ch’an dal vino ». Dans un « décor de temps de crise », comme le décrit le metteur en scène – une sorte de décharge où s’amoncellent des objets du quotidien – les deux compères ne cessent de se déguiser, se jouer des tours, car ce lieu est aussi un paradis de l’enfance où l’on fait théâtre de tout ce qui traîne. Dans cet univers burlesque, la couronne est une assiette en papier, le trône du vieux roi Henry IV une poubelle, un instrument de cuisine devient sceptre ou tambour… Mais c’est précisément au cours d’un jeu, lors d’une scène de théâtre dans le théâtre, qu’ils sont amenés à se dire des vérités qu’ils n’auraient pas exprimées autrement, et que le prince va prendre conscience de ses responsabilités, se transformant réellement… Surchargé au début, l’espace se vide à la fin, laissant Falstafe seul. Car cette pièce est aussi le parcours initiatique d’un jeune homme qui accède à l’âge adulte, se réconcilie avec son père, assume son héritage, va de l’avant en abandonnant une part de lui-même. « Je ne te connais pas, vieil homme », dit-il à son ancien compagnon de débauche. Tout se termine en chanson, celle de la fin de la Nuit des Rois, qui est un adieu de la troupe au public.

Que peut apporter Falstafe aux plus jeunes ? « Le sentiment de leur propre liberté », répond Lazare Herson-Macarel. « Le théâtre est un endroit où lancer l’homme, le jeter autrement, le jouer d’un trait, le renouveler d’un saut, le ressusciter d’une chute » (Valère Novarina, L’Envers de l’esprit, 2009).

Des élèves du collège Anselme Mathieu à Avignon ont réalisé avec l’aide de deux journalistes une courte WebTV à partir de leur rencontre avec l’équipe de Falstafe, juste après avoir assisté à la représentation.

Tournée de Falstafe :
- Le 29 novembre à l’Espace du Séquoia à Corné
- Du 15 au 19 décembre au Nouveau Théâtre d’Angers
- Les 7 et 8 avril 2015 au Théâtre du Luxembourg à Meaux
- Du 15 au 25 avril 2015 au Théâtre Paris – Villette<
- Les 27 et 28 avril 2015 au Théâtre Sorano – Jules Julien à Toulouse

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Jeunes critiques en Avignon

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Par Gaëlle Bebin

Le Prince de Hombourg, mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti © Christophe Raynaud de Lage

Le Prince de Hombourg, mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti © Christophe Raynaud de Lage

Au Festival d’Avignon, des collégiens et des lycéens ont pour la première fois été invités à réaliser, parallèlement au dispositif annuel « Lycéens en Avignon », de brefs reportages sur quatre spectacles, menant une véritable enquête avec micros et caméras.

L’idée est de développer non seulement leur connaissance du spectacle vivant et leur regard critique grâce aux questions qu’ils posent aux équipes artistiques, mais aussi, via la vidéo, de partager leur compréhension de ce qu’ils ont découvert. Reporters en herbe, 36 jeunes d’Avignon (provenant pour certains d’entre eux du collège Anselme Mathieu et du lycée Aubanel) ont participé à l’opération pendant 5 jours avec l’aide de deux journalistes de A Way to Wake Up Productions, qui leur ont appris les bases de la réalisation et du montage. L’ensemble de leurs travaux sont en ligne sous forme de WebTV.

Ainsi, à propos de la mise en scène du Prince de Hombourg de Kleist par Giorgio Barberio Corsetti, les 3e du collège Anselme Mathieu ont interrogé techniciens et comédiens sur le défi technique que constitue la Cour d’honneur du Palais des papes, qui est aussi hantée de fantômes à travers 60 ans de théâtre…

WebTV des collégiens, dossier pédagogique Pièce (dé)montée et captation intégrale du spectacle (à visionner sur Culturebox d’ici janvier 2015) sont en ligne.

Tournée du Prince de Hombourg :

- Gémeaux, scène nationale de Sceaux : du 5 au 8 et du 10 au 14 février 2015
– Théâtre Liberté à Toulon : les 19 et 20 février 2015
- Théâtre National Populaire à Villeurbanne : du 25 au 8 mars 2015

En visitant la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, les collégiens ont également cherché à comprendre comment ce lieu originellement destiné aux moines a pu s’adapter pour accueillir des spectacles. Accès à la Web TV.

Les lycéens, eux, se sont aventurés entre autres du côté de la carrière de pierre de Boulbon pour en explorer les coulisses et interviewer l’équipe artistique japonaise avant la représentation de leur Mahabharata-Nalacharitam. Les questions portent sur cette épopée indienne et sur leur propre culture, mais aussi sur leurs magnifiques costumes blancs, proches du papier – une matière propre à représenter l’existence abstraite des personnages, éloignés de la vie quotidienne, explique le metteur en scène Satoshi Miyagi. WebTV et extraits du spectacle .

Espérons que cette belle initiative des « Jeunes critiques en Avignon » sera offerte l’année prochaine à davantage d’élèves parmi ceux qui sont accueillis par les CEMEA pendant le Festival.

 

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Programme lycée 2014-2015

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Découvrez le nouveau programme de la NRP !

Revue

Septembre 2014   Travailler autour des prix littéraires
Séquence 2de : Participer à un prix littéraire, à la découverte d’auteurs vivants !
Séquence 1re : Étude d’un roman à succès primé par un jury d’élèves : Chalendon, Le Quatrième mur (Grasset), prix Goncourt des lycéens 2013

Novembre 2014 Postérité de Duras
Séquence 2de Un barrage contre le Pacifique : un roman réaliste ?
Séquence 1re : Autour de L’Amant

Janvier 2015  Aborder le XVIe siècle au lycée
Séquence 2de : Les guerres de religion : un objet d’écriture problématique (XVIe-XVIIIe siècles)
Séquence 1re : Femmes et poètes au XVIe siècle

Mars 2015  Comédies
Séquence 2de : La Place royale, une comédie moderne
Séquence 1re : Le Faiseur de Balzac : de la comédie d’argent à la fiction de la dette

Mai-juin 2015  Littérature d’idées : Orient et Occident, regards croisés sur le monde
Séquence 2de : « Les Occidentales », rêveries orientalistes du XIXe siècle : formes et enjeux
Séquence 1re : Au miroir et à l’épreuve de l’autre : exils, voyages et identité (XVIIIe-XXIe siècles)

Hors-série

Novembre 2014 L’Encyclopédie (Carrés classiques) – 2de

Mars 2015   Un écrivain contemporain : Patrick Deville, Peste & Choléra –  1re  

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Réflexions européennes sur l’orientation

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Par Graziana Boscato, coordinatrice du projet européen Academia et Geneviève Bastin, psychologue scolaire

Depuis 1992, Academia, un projet européen d’échange de praticiens de l’orientation, conduit, avec des spécialistes de différents pays, des visites d’études autour de la vaste question de l’orientation, et avec elle toutes les problématiques qui lui sont liées. Nous avons recueilli les réflexions de Geneviève Bastin, psychologue scolaire en Belgique, et Graziana Boscato, coordinatrice du projet à Strasbourg.

NRP : Comment oriente-t-on en Belgique, par exemple, à la différence de ce qui se pratique en France ? ou encore en Allemagne ?
Geneviève Bastin : En Belgique francophone, la question de l’orientation est (et on peut le déplorer) liée à celle de la réussite en juin. Un élève qui dépasse un certain nombre de matières où il est en échec doit redoubler ou partir vers des filières qualifiantes techniques ou professionnelles, et ce, à partir de 14 ans (l’équivalent de la 3e en France). Mais la loi, en imposant que les deux premières années du secondaire se suivent au maximum sur 3 ans, diminue le redoublement. L’élève en échec est alors obligatoirement orienté vers des options qualifiantes. Si l’élève n’a pas réussi son certificat d’étude de base (CEB), obtenu généralement à l’âge de 12 ans, il bénéficie de la possibilité d’entrer dans les filières qualifiantes.
Graziana Boscato : L’Allemagne se caractérise par une orientation précoce des élèves et par le fait que les deux tiers des jeunes fréquentent le système dual de formation professionnelle alternant école et entreprise, qui finance la formation. Après la scolarité primaire, les élèves ont le choix entre une scolarité courte en allant au collège cinq années (Hauptschule), ou une scolarité longue (8 ou 9 ans) en préférant le lycée (Gymnasium), d’autres encore s’inscriront à un collège d’enseignement secondaire (6 ans, Realschule). La formation professionnelle est fortement valorisée dans la société allemande. Malgré son image positive, on constate un attrait de plus en plus grand pour la filière générale du lycée.

NRP : La question de l’orientation est, hélas, intimement liée à celle de l’échec. Avec le corollaire du problème du redoublement, ainsi que Geneviève Bastin l’a évoqué.
Graziana Boscato : On mélange souvent orientation et affectation, la première est choisie, la seconde subie. La question du redoublement dépend aussi de la culture éducative, elle est traitée de façon différente selon les pays et remise en cause dans bon nombre d’entre eux. Les taux les plus faibles de redoublement dans la scolarité obligatoire se constatent en Islande, Finlande, Norvège et Royaume-Uni (autour de 3 %). Là, le passage est automatique, l’élève en difficulté est pris en charge autrement. À l’opposé, la France, l’Espagne, le Luxembourg, la Belgique ont des taux élevés qui avoisinent 25 à 30 %. L’efficacité du redoublement est parfois discutable.

NRP : On vient de parler du « passage » d’une année à l’autre en termes de réussite ou d’échec. Mais la question des rituels de passage est également centrale.
Graziana Boscato : Chaque pays a ses rites de passage, qui occupent, je pense, une place importante dans la société. Prenons le bac en France, qui mobilise de nombreuses énergies chaque année, non seulement sur le plan pédagogique mais comme rite de passage à l’âge adulte. Ce diplôme à forte charge sociale est l’aboutissement d’une scolarité et permet le passage vers le monde des adultes.
Geneviève Bastin : Mais les rites peuvent prendre des formes moins « coûteuses ». J’ai été frappée lors de ma visite d’étude en Irlande par le côté protocolaire de la remise même de petits « diplômes » : félicitations devant l’auditoire, applaudissements… Cette sacralisation de petites réussites nous a paru donner une valeur plus importante aux performances scolaires.

NRP : Qu’en est-il du décrochage scolaire ?
Graziana Boscato : Le phénomène touche tous les pays, c’est un problème complexe, qui peut survenir après des difficultés d’apprentissage, des problèmes familiaux, sociaux… Il touche plus les groupes fragiles, à risques, les milieux peu instruits, et concerne plus les garçons que les filles. L’Union européenne s’est emparée du problème, qui est négatif pour les jeunes mais qui a également un coût important pour la société. Elle s’est fixé, dans sa stratégie Europe 2020, l’objectif de réduire la proportion de sorties précoces à moins de 10 % pour l’UE. Un groupe composé d’experts travaille sur les bonnes pratiques mises en place dans certains pays pour soutenir la mise en place de politiques efficaces de lutte contre le décrochage scolaire.
Geneviève Bastin : La Belgique est le seul pays d’Europe à avoir une obligation scolaire jusqu’à 18 ans, et non 16. Pour aider les jeunes en décrochage à trouver un projet et du sens à leur formation, des services d’accompagnement sont mis en place : équipes mobiles, suivi en famille, services de médiation… Les centres de formation en alternance, anciennement appelés centres à horaire réduit, sont une belle porte de sortie. Ils correspondent, je crois, aux contrats en alternance en France. En Irlande, nous avons visité des « écoles de la deuxième chance », mais leur efficacité reste aléatoire.

NRP : Que vous apportent ces échanges au niveau européen ?
Geneviève Bastin : Découvrir d’autres pratiques pédagogiques permet parfois de récupérer quelques outils, mais surtout de comprendre les interactions entre une pratique pédagogique et des choix institutionnels. Par exemple, selon qu’on est un enseignant de l’école, un psychologue, une conseillère de l’institution, ou quelqu’un mandaté de l’extérieur, la question de l’orientation sera abordée sous un angle différent à chaque fois (méthodologie d’apprentissage, problème de motivation, de loyauté familiale, de sens, de priorités…).
Graziana Boscato : Ces échanges sont riches car ils permettent de prendre du recul par rapport à une pratique professionnelle quotidienne, de la confronter à d’autres. Les termes que l’on retrouve le plus souvent dans les rapports des stagiaires sont : ouverture d’esprit, échanges multiculturels, connaissance de nouveaux outils, partage et discussion autour de thèmes communs, mise en place de partenariats pour travailler en réseau, connaissance approfondie des systèmes de formation et d’orientation… Academia est un outil de formation continue européen, qui permet d’acquérir des connaissances et des compétences attestées dans un Europass mobilité délivré à chaque participant français (www.academia-europe.eu).

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Rencontres NRP BnF: Jeux et stratégies pour l’étude de la grammaire, 5 mars 2014

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Rencontres NRP Le 5 mars 2014 de 14h à 17h

À la 260809-Logo-BnFBibliothèque Nationale de France
Quai François Mauriac
75013 Paris

 

« Ne pas donner sa langue au chat
L’étude de la langue en classe de français au lycée et au collège
Partager avec de jeunes esprits le bonheur de lire, écrire ensemble des histoires, disséquer un petit texte sont autant de défis que le professeur de Français a l’habitude de relever, avec souvent un vrai plaisir pédagogique. Il lui est plus difficile de transmettre son goût pour la langue, les finesses de l’orthographe, les subtilités de la grammaire. Comment aborder ces questions ? Pourquoi a-t-on si souvent le sentiment que ça ne fonctionne pas, que les acquis sont à reprendre tous les ans ? Peut-on trouver des stratégies, des détours, pour rendre les cours de langue plus efficaces ? Plusieurs personnalités d’horizons différents répondront à ces questions : des professeurs, un écrivain de l’Oulipo, ces gymnastes du langage, une spécialiste des neurosciences qui fera un point sur les dernières avancées sur l’étude de l’apprentissage chez les ados et enfin des professionnels de la Bibliothèque nationale de France. Autant d’approches différentes et originales, hors des sentiers battus, au secours de la grammaire.

Yun Sun Limet, directrice de la rédaction
Claire Beilin-Bourgeois, conseillère pédagogique

Inscription recommandée à l’adresse nrpediteur@sejer.fr
Nombre de places limité

Se rendre à la BnF :
Métro

Lignes 6 (Quai de la gare), 14 et RER C (Bibliothèque François-Mitterrand)
Bus
Lignes 89, 62, 64, 132 et 325
Télécharger le plan

Programme :

Chaque intervention sera suivie d’un échange avec le public.

Des bonbons aux épinards ? Quelques considérations cognitives sur l’incorporation du jeu dans l’enseignement
Par Alex Cristia, docteur en linguistique générale, spécialiste de l’apprentissage des langues chez l’enfant, elle est actuellement chargée de recherche au CNRS.

« Décoder » la grammaire : pour une vision d’ensemble du système grammatical
Par Mariane Zingraff, professeur certifiée de Lettres modernes, elle s’occupe égalementd’une unité pédagogique pour les élèves allophones primo-arrivants.

Enseigner la langue au lycée : des pistes pour un enseignement problématique
Par Edith Wolf, professeur agrégée de Lettres moderne, auteur de manuel scolaire, elle anime également des ateliers d’écriture.

Les fonds oulipiens conservés ou en dépôt à la Bibliothèque de l’Arsenal
Par Claire Lesage, archiviste paléographe, elle est conservatrice en chef, chargée de collections et chef du Service collections à la Bibliothèque de l’Arsenal.

L’ouvroir de littérature potentiel : un gros potentiel pour l’étude de la langue
Par Hervé Le Tellier, écrivain et membre de l’OuLiPo, il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages et participe à 1991 à l’émission « Des Papous dans la tête » sur France Culture.

Présentation du Candide enrichi : le multimédia comme chemins de lecture
Par Françoise Juhel, chef du Service des éditions multimédia, Département des éditions, Direction à la diffusion culturelle de la BnF.

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Une année avec Shakespeare

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Par Gaëlle Bebin

Shakespeare (DR)En 2014, on fête Shakespeare ! Pour ses 450 ans, un agenda très fourni dresse la liste des nombreux spectacles, films, colloques et lectures qui lui sont consacrés – parmi lesquels manquera la mise en scène de Comme il vous plaira sur laquelle travaillait Patrice Chéreau avant sa disparition. En voici une sélection…

 

Au théâtre

Macbeth par le Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes à partir du mois d’avril

Après le fameux cycle des Shakespeare dans les années 80 (La Nuit des rois, Henry IV, Richard II), le Théâtre du Soleil mené par Ariane Mnouchkine monte Macbeth dans une nouvelle traduction écrite en cours de travail sur le plateau, avec l’envie de créer un grand spectacle populaire qui conserverait le mystère de ce chef d’œuvre. La troupe travaille la pièce comme un polar, avec un danger permanent, un rythme haletant. Elle explore en même temps la jungle mentale de cet animal féroce que devient Macbeth, dont l’avidité maléfique trouble jusqu’à la nature elle-même. La vie, « a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing » ? Ariane Mnouchkine rappelle que ce sont là les mots du personnage principal, et que c’est aussi cette vision de l’existence qui entraîne les catastrophes dont il est responsable… Comme toujours, la scène sera le lieu de tous les possibles et un lien sera bien établi avec notre temps – une seconde pièce, en cours d’écriture par Hélène Cixous, viendra former un diptyque avec Macbeth vers la fin de l’année 2014.

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly, le 1er février au Théâtre de Cornouaille à Quimper, le 8 février au Nouveau théâtre d’Angers, au Festival d’Avignon en juillet ; tournée 2014-2015 en cours.

Henry VI est rarement jouée, et pour cause : au lieu d’être concentrée sur une partie de l’existence de ce souverain anglais du 15e siècle (comme l’est Richard II ou Richard III par exemple), cette pièce historique fait défiler presque toute sa vie, de ses 9 mois à la mort de son père Henry V, jusqu’aux dernières années de ses cinquante ans de règne. C’est l’épopée de la désagrégation d’un monde ébranlé par les combats – la première partie retrace sur un mode parfois bouffon l’affrontement des Anglais contre des Français dépenaillés (avec une Jeanne d’Arc aux cheveux bleus) lors de la guerre de Cent Ans –, mais bien plus par les terribles guerres intestines d’une famille divisée entre la branche des Lancastre, dont l’emblème est la rose rouge, et celle des York, à la rose blanche. Intéressante idée pour ne pas égarer les spectateurs, une « rhapsode » vient de temps en temps devant la scène pour résumer des épisodes et pour annoncer la suite, sur un mode déclamatoire humoristique. Le jeune metteur en scène Thomas Jolly et sa troupe ont mis toute leur énergie dans le cycle 1 (des funérailles d’Henry V au meurtre du protecteur du royaume) et préparent le cycle 2 pour le festival d’Avignon. Cette première partie est constituée de quelques belles scènes, cinématographiques (la guerre en ombres chinoises avec arrêts sur image), poétiques (lorsque Henry VI enfant fait place à l’acteur jouant le roi adulte), tragiques (la mort du soldat héroïque, Talbot, et de son fils), comiques (la scène de rencontre entre Suffolk et Marguerite, future reine), pathétiques (la honte publique infligée à la duchesse de Gloucester)…

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly © Nicolas Joubard

Henry VI, mise en scène de Thomas Jolly © Nicolas Joubard

En ligne

L’INA a créé le site en Scènes   pour mettre à la disposition de tous 70 ans d’histoire du spectacle vivant en vidéo. Le dossier « Mettre en scène et jouer Shakespeare » rassemble des extraits de captations de mises en scène par de grands artistes européens.

Le site Antigone-enligne, réservé aux enseignants, présente des extraits de captations d’une même œuvre par des metteurs en scène différents, ce qui permet de comparer les esthétiques et les choix d’interprétation. Hamlet y figure avec les mises en scène de Patrice Chéreau, Peter Brook et David Bobée.

Afin de faciliter les projets collaboratifs à distance avec d’autres classes en Europe, la plateforme eTwinning ouvre un espace spécial Shakespeare pour les enseignants.

Au cinéma

Beaucoup de bruit pour rien, en salles le 29 janvier

Le réalisateur Joss Whedon a adapté au cinéma Much ado about nothing en noir et blanc sans modifier le texte original, qui n’est que rarement coupé. Mais il a transposé l’action dans une villa d’aujourd’hui où les personnages se livrent en costumes contemporains à des occupations familières et festives – un petit déjeuner dans la cuisine, une soirée, une garden party… L’ensemble donne une impression de grand naturel et, en même temps, d’intemporalité. Tournée en douze jours, cette comédie dramatique a la vivacité nécessaire à l’étourdissante série de travestissements et de mensonges qui conduisent en quelques instants les personnages à l’amour, la jalousie, au déshonneur, au désespoir et au bonheur. Tous les personnages se déguisent, à l’insu de certains et avec la complicité des autres, grâce aux masques vénitiens de la fête, derrière un voile de mariée, au moyen d’une robe et même sous un masque de piscine. Les contorsions que s’infligent Beatrice et Benedick pour mieux tomber dans le piège qui leur est tendu par Hero, Claudio et Don Pedro dans le but de révéler leurs sentiments l’un pour l’autre sont jubilatoires. Tout comme le sont les scènes où Dogberry mène l’enquête en lunettes noires, gonflé de son importance et confondant les mots à chaque phrase.

Beaucoup de bruit pour rien, Joss Whedon

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Corneille monté par Brigitte Jaques-Wajeman : la mesure et l’éclat

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par Gaëlle Bebin

Cléopâtre et Ptolomée dans Pompée © Cosimo Mirco Magliocca

Cléopâtre et Ptolomée dans Pompée © Cosimo Mirco Magliocca

Après les mises en scène de Nicomède (1651) et de Suréna (1674), Brigitte Jaques-Wajeman monte cette année Pompée (1641) et Sophonisbe (1663), la suite de ce cycle de pièces de Corneille qu’elle appelle « coloniales ». Elles se déroulent cette fois en Afrique (à Alexandrie dans Pompée et à Syrte, l’actuelle ville d’Oran, dans Sophonisbe), apparemment très loin de Rome, mais Rome, figure ambivalente de l’arrogance et de la raison, ne se laisse jamais oublier à ses alliés forcés, jaloux de leur indépendance. Sophonisbe est rythmée par des revers successifs et inattendus dans une atmosphère de menace constante. Pompée s’ouvre sur un dilemme et une erreur de jugement fatale dont les conséquences se font entendre par de très beaux récits funestes. Figures historiques, Cléopâtre comme Sophonisbe se sont données la mort pour ne pas être menées en vaincues au triomphe du maître de l’Empire romain. Dans les deux pièces, les femmes défendent jusqu’au bout leur ambition et leurs valeurs avec un plus grand courage que les hommes.

Pour seul décor, un tapis et une grande table ; comme accessoires : couronne, verres, plats, nappes et pistolet… La simplicité et l’élégance de la mise en scène laissent éclater par instants la violence lorsque, soudain hors d’eux, les corps exultent ou se tordent. Pieds nus souvent, dans de très beaux costumes qui n’ont rien d’un déguisement à l’antique, les comédiens font entendre les alexandrins avec un naturel rarement atteint.

 

Entretien avec Brigitte Jaques-Wajeman 

G. B. : Que nous disent ces pièces aujourd’hui ?
B. J-W. : L’Occident est l’héritier du fantasme impérialiste romain. Il apporte la civilisation d’une telle manière qu’il est ressenti comme un envahisseur. La haine monte chez les colonisés, dont les faiblesses sont habilement utilisées. C’est quelque chose qui traverse l’histoire et aujourd’hui, on observe le désir du Moyen-Orient d’en découdre. Dans Sophonisbe, les Romains utilisent le roitelet numide pour avancer leurs pions et étendre leur empire. Ptolomée, roi d’Egypte, agit en terroriste dans Pompée. Les pièces de Corneille sont des leçons sur les passions, elles sont penchées sur l’être humain à un niveau d’analyse extrêmement profond. Et l’histoire de cet Empire romain immense qui a disparu est quelque chose de fascinant à observer dans ses œuvres. Il montre la corruption du pouvoir au moment même où les Romains sont les plus victorieux et conquérants. Cette corruption est perceptible partout, comme la mort dans le tableau de Holbein, Les Ambassadeurs, avec l’anamorphose du crâne.

G. B. : En montant en duo deux pièces écrites à vingt ans d’écart, voulez-vous mettre en évidence un trajet de Corneille vers le pessimisme ? La grandeur a presque totalement disparu sous l’ambition…
B. J-W. : Au début, dans l’œuvre de Corneille, il y a l’idée que le pouvoir peut entraîner une bonne gouvernance. Mais Corneille a été trop utilisé comme défenseur des valeurs. Auguste n’est pas, dans Cinna, un pur héros dès le début ; il a commis des crimes (de même qu’Horace avec le meurtre de sa propre sœur). C’est grâce à une dialectique très complexe que Corneille fait de ce personnage un grand homme. Par la suite, l’écrivain montre que le goût du pouvoir est incompatible avec la recherche du bien commun. Dans Pompée, il y a ce soupçon : avant de lui rendre les honneurs et de punir les assassins, César a souri en voyant la tête tranchée de Pompée, son rival enfin abattu… A la fin, Corneille mettra l’amour au premier plan. Il y a ce vers magnifique dans Suréna, sa dernière pièce, sur la vanité de la gloire : « Et le moindre moment d’un bonheur souhaité / Vaut mieux qu’une si froide et vaine éternité ». Suréna meurt pour une femme sans perdre un instant son génie et sa grandeur ; il fait d’Eurydice son maître sans en être affaibli. Dans Sophonisbe, Massinisse en est incapable, et envoie du poison à la femme dont les Romains lui ordonnent de se séparer…

G. B. : Quel travail préparatoire faites-vous avec les comédiens sur le texte ? Comment ce travail se poursuit-il sur le plateau ?
B. J-W. : Le travail dit « à la table » permet à la troupe de se connaître, et à chacun d’entendre la voix des autres. On éclaire le sens, les sens, du texte. Mais il faut le passer rapidement au gueuloir. Corneille a besoin du théâtre ; la scène révèle ce qu’on ne voit pas à la lecture de ses pièces, beaucoup plus que chez Racine, où la lecture instaure un rapport intime merveilleux avec le texte. Sur le plateau, la grande table est une scène sur la scène. Elle peut être autel, morgue, table d’opération, de festin… Dans des pièces comme celles de Corneille où les questions politiques sont prépondérantes – il s’agit de dominer ou de rallier autrui – les entretiens diplomatiques supposent un espace avec une grande table où peuvent se dérouler aussi des discussions privées. Cela permet aussi d’éviter un jeu uniquement debout, glacé. Les comédiens boivent, sautent sur la table, rampent par dessous, s’affrontent de part et d’autre…

G. B. : Vous intervenez dans les enseignements de spécialité théâtre au lycée, et aussi dans des formations pour les enseignants ; que souhaitez-vous transmettre en priorité aux professeurs de lettres et aux élèves ?
B. J-W. : Il est important de faire lire les textes à haute voix, pas seulement pour le commentaire. Il y a une grande prévalence de l’écrit dans notre système scolaire, il faudrait plus d’oralité. Nous respectons dans notre travail des principes de diction (accents, liaisons…) du vers, qui a absolument besoin d’être tenu. Ces règles sont productrices de force ; l’unité de temps, par exemple, donne aux pièces classiques une densité extraordinaire. L’alexandrin est un outil de passion. La beauté de la langue, la force de la respiration, la nécessité induite par le vers créent une véritable jubilation physique à le dire.

 

Prochaines dates de Pompée et Sophonisbe :
Au théâtre des 13 vents, CDN de Montpellier, du 23 au 31 janvier 2014
Tournée 2014-2015 en préparation

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« Germinal », et l’humour réinventa le monde et le théâtre

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

Germinal © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Germinal © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Conçu par Halory Goerger et Antoine Defoort, Germinal parvient, dans un espace de huit mètres sur dix et en 1 h 15, à créer à la fois un monde, un moyen de communiquer, une société et, finalement, un spectacle, à partir de presque rien mais avec beaucoup d’humour et d’intelligence. Les quatre artistes sur scène, trois garçons et une fille, venus des arts plastiques, de la danse et des sciences humaines, s’inspirent de Dada et recommencent tout à zéro. D’ailleurs, au début, seule la lumière est.

 

 

Peu à peu, avec une maladresse comique, à force de tests et d’expérimentations, Halory, Antoine, Ondine et Arnaud (leurs vrais prénoms) vont découvrir l’articulation phonique et parvenir à parler, et même chanter. Ils vont former une petite communauté, faire des choix – la question de Dieu et de l’argent, proposés par une téléconseillère, est vite réglée –, essayer de penser, en classant les concepts et les objets qui les entourent en catégories (des gravats à la catharsis, du mur du fond au bonheur d’être ensemble, du câble au vertige de l’identité et à la conscience de la finitude). En même temps, ils ne partent pas tout à fait de rien ; comme des archéologues, ils extraient du sous-sol quelques traces de notre modernité, en particulier les nouvelles technologies, devant lesquels ils se retrouvent comme des poules devant un couteau. Quel objet étrange, l’ordinateur portable. Appelé le « parallélépipède », il est ouvert à l’envers – qu’est-ce que ce livre qui n’a que deux pages et où les lettres sont dans le désordre ?…

 

Dates des représentations de Germinal :

Marseille
du 27/12/2013 au 30/12/2013
Le Merlan

Paris
du 04/03/2014 au 19/03/2014
Le CENTQUATRE

Ollioules
le 25/03/2014
CNCDC Châteauvallon

Aix-en-Provence
du 27/03/2014 au 28/03/2014
Le Pavillon Noir

La Roche-sur-Yon
du 31/03/2014 au 01/04/2014
Le Grand R

Saint-Nazaire
du 04/04/2014 au 05/04/2014
Le Théâtre – Saint-Nazaire

Orléans
le 09/04/2014
Scène Nationale – Théâtre d’Orléans

Poitiers
du 12/04/2014 au 13/04/2014
TAP

Blois
du 15/04/2014 au 16/04/2014
La Halle aux Grains

Nantes
du 22/04/2014 au 23/04/2014
Lieu Unique

Belfort
du 13/05/2014 au 14/05/2014
Le Granit

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Projet Luciole, éclats de pensées à sauts et à gambades

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

Projet Luciole © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Les livres sont l’accessoire principal de Projet Luciole, présenté lors du dernier festival d’Avignon. Le spectacle est constitué d’un montage de textes critiques sur le monde contemporain. Les auteurs convoqués ne sont cités qu’une seule fois, au début du spectacle – à leur nom, des livres plus ou moins nombreux tombent sur la scène. Ensuite, les pensées qu’ils renferment prennent leur autonomie, fusent et se répondent. Elles sont dites par les comédiens Judith Henry et Nicolas Bouchaud ; ils se disputent, se réconcilient, se séduisent, dansent, et les idées se mettent elles-mêmes à entrer dans un dialogue endiablé…

 

Entretien avec Nicolas Truong, essayiste, concepteur et metteur en scène de Projet Luciole.

G.B. : En quoi consiste ce « théâtre philosophique » ?
N.T. : C’est du théâtre avec des idées, de la pensée ; celle de Jean  Baudrillard, Annie Le Brun, George Orwell… J’ai voulu montrer qu’il y a une dramaturgie dans les textes philosophiques et une théâtralité dans la pensée elle-même. Dans Projet Luciole il n’y a pas de personnages, si ce n’est des personnages conceptuels. C’est ce que dit Gilles Deleuze : l’art pense par percepts et la philosophie par concepts. Or la philosophie fait exister des figures qui sont presque des personnages ; voyez par exemple l’Ange de l’histoire de Walter Benjamin. Dans La phénoménologie de l’esprit de Hegel, deux consciences luttent pour accéder à la vérité. On dirait un dialogue tiré de Dans la solitude des champs de coton de Koltès… Et dans le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, un spectre hante l’Europe ; c’est shakespearien !

G.B. : Quelle est cette « pensée critique » dont vous faites la matière de votre spectacle ?
N.T. : Je voulais donner à voir et à entendre la pensée de ces auteurs qui adressent une critique radicale à l’égard du temps présent. Ces auteurs, il me semble qu’ils sont aujourd’hui soit considérés comme mineurs, soit statufiés (Foucault par exemple). Ils sont souvent anticapitalistes mais pas toujours. Parmi eux, on peut distinguer très rapidement plusieurs courants :

- « catastrophiste » avec Pasolini, Agamben, Debord… Pour eux, la possibilité de vivre de vraies expériences a échoué avec la modernité. Ce qui était vécu devient simulacre. On s’est dépossédé de soi et on a perdu la relation à la nature, à la culture. La raison elle-même est totalisante, donc totalitaire.
– « déconstructionniste » avec Derrida, Adorno… À force de vouloir rendre compte de tout par la raison, la philosophie des Lumières nous a aveuglés, il faut chercher dans les marges, dans les traces.
– « solaire » (Bouveresse, Badiou…). Les philosophes ont décidé de plaider coupable des crimes du siècle, ils ont voulu renoncer à l’idée même de vérité mais on peut sortir de la Caverne, il ne faut pas renoncer au système philosophique.
– « démocratique » (Castoriadis, Rancière, Deleuze…). C’est au cœur de la  nuit qu’on va chercher la lumière. L’émancipation politique est aussi esthétique.
À la fin de Projet Luciole, les idées de Jacques Rancière et Guy Debord (qui ne se sont jamais vus) se heurtent sur la question du spectacle, un concept majeur pour critiquer le monde contemporain. La « société du spectacle », où l’homme, séparé de lui-même, voit sa vie comme un spectacle, contre le « spectateur émancipé », qui plaide pour faire advenir des « spect-acteurs ».

G.B. -  Pourquoi les lucioles sont-elles le fil conducteur de votre spectacle ?
N.T. : Par la métaphore lumineuse des lucioles, il m’a semblé qu’on pouvait relier tous ces courants. Le spectacle commence avec un texte de Pasolini, un article sur la disparition des lucioles, qui correspondent à la dramatique mutation d’un monde. Mais à un moment, on entend le commentaire de Hannah Arendt sur la phrase de René Char, écrite avec un stylo lumineux dans une atmosphère de conte, « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». C’est la liberté de penser, d’inventer du possible. Les pages éparses au sol sont phosphorescentes – le papier se charge de lumière avec les projecteurs – et lorsque le noir se fait, elles scintillent. Tout était déjà là. Les lucioles survivent, comme l’explique Georges Didi-Huberman, et la capacité de penser de manière critique est à tout le monde.

G.B. Qu’aimeriez-vous que de jeunes spectateurs découvrent grâce à votre spectacle ?
N.T. : Qu’il y a une jubilation à penser, que les pensées sont incarnées. J’ai eu envie de faire advenir des émotions de pensée comme le rire, la mélancolie… Annie Le Brun dit qu’il n’y a pas d’idées sans corps et de corps sans idées. Elles peuvent se montrer autrement que par une argumentation. La philosophie s’érige contre la séduction des sophistes mais Platon écrit des dialogues plutôt que des traités, c’est déjà presque du théâtre…

Extrait : « C’est pourquoi, quand le citoyen écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : « quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? », il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : « à quels enfants allons-nous laisser le monde ? » Jaime Semprun, L’abîme se repeuple, 1997

Dates de Projet Luciole :                                                                                      

  • Saint-Quentin en Yvelines

du 07/01/2014 au 08/01/2014
Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines

  • Boulazac

le 09/01/2014
L’Agora

  • Le Creusot

le 11/01/2014
L’ARC

  • Villeneuve sur Lot

le 14/01/2014
Théâtre Georges Leygues

  • Tarbes

le 15/01/2014
Le Parvis

  • Auch

le 16/01/2014
Festival CIRCA

  • Gradignan

le 17/01/2014
Théâtre des Quatre Saisons

  • Paris

du 21/01/2014 au 15/02/2014
Le Monfort Théâtre

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En Avignon, la place d’honneur aux spectateurs

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

Public # Roi Lear (Cour d'Honneur, temps de pause 4h30 avec entracte) © Frédéric Nauczyciel

Public # Roi Lear (Cour d’Honneur, temps de pause 4h30 avec entracte) © Frédéric Nauczyciel

En 2007 au Festival d’Avignon, un très long temps de pause avait permis au photographe Frédéric Nauczyciel de capter les mouvements des spectateurs pendant toute la durée de certaines représentations ; sa série Public (Ceux qui nous regardent) a été exposée tout l’été aux Rencontres d’Arles. Cette année en Avignon, le spectateur a été au cœur de plusieurs dispositifs scéniques. Ainsi, Jérôme Bel a offert la Cour d’honneur du Palais des Papes à 14 personnes – dont trois professeurs de français – qui ont, sur scène et à tour de rôle, évoqué leurs diverses expériences de spectateur dans ce même lieu. La captation du spectacle est disponible en ligne (jusqu’au 19 janvier 2014).  Mais le plus impressionnant est l’œuvre du Sud-africain Brett Bailey, Exhibit B, qui sera montrée à Paris (au CENTQUATRE du 25 au 27 novembre 2013) et à Strasbourg (au Maillon du 3 au 7 décembre 2013).

 

Dans Cour d’honneur de Jérôme Bel, les spectateurs se font face, sur la scène et dans la salle ; ils se regardent en miroir. Cour d’honneur rend aussi hommage à ce lieu qui a résonné de tant de voix, a été le décor – et bien plus qu’un décor – de tant d’œuvres singulières dont des extraits sont rejoués sur scène grâce aux souvenirs, aux témoignages drôles et émouvants des spectateurs. Parmi eux, Daniel Le Beuan, conseiller principal d’éducation, rappelle d’ailleurs, dans un texte écrit pour le festival cette phrase d’Antoine Vitez : « L’école est le plus beau théâtre du monde ».

Exhibit B © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Exhibit B © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Si Jérôme Bel a voulu interroger le dispositif du théâtre occidental  – « des personnes assises dans le noir qui regardent d’autres personnes agissant dans la lumière » –, ce dispositif reste pourtant assez conventionnel dans son spectacle. Dans Exhibit B, Brett Bailey le révolutionne : c’est le spectateur qui se déplace et qui est observé en silence par des personnes immobiles, et ce regard est difficilement soutenable. Exhibit B est un choc. Placés dans une scénographie somptueuse et cruelle, des hommes et des femmes sont livrés aux regards comme dans les zoos humains du XIXe siècle à la 2de Guerre mondiale. L’artiste sud-africain Brett Bailey, marqué par l’apartheid, revient sur la colonisation lors de laquelle des Africains furent amenés en Europe et aux États-Unis pour être exposés. Les cartels indiquent pour chaque tableau humain les matériaux utilisés (Africain, grillage, spectateurs, tête d’antilope…). Les spectateurs font l’expérience d’un système qui fait de l’humain un objet, et qui les déshumanise eux-mêmes.

Des écoles du spectateur au Festival d’Avignon :

- Le stage annuel organisé par l’ANRAT  (Association nationale de Recherche et d’Action théâtrale) à Avignon. Il est destiné aux enseignants, cadres de l’Éducation nationale, chargés des publics… Quatre spectacles du festival sont sélectionnés ; chacun fait l’objet d’une préparation avant la représentation, notamment au moyen d’images et de textes du metteur en scène et de l’auteur, qui permettent de découvrir leur univers. Après le spectacle, une analyse chorale puis une rencontre avec l’équipe artistique sont organisées. On décrit d’abord ce qu’on a vu, la scénographie puis le jeu des acteurs. Une fois d’accord sur ces éléments objectifs, on pose des hypothèses qui s’enrichissent de la subjectivité de chacun, de ses souvenirs, sa mémoire affective et culturelle, ses associations d’idées, et qui permettent de relier le spectacle à des filiations esthétiques.

- Lycéens en Avignon. L’opération permet chaque année à des lycéens, avec ou sans expérience préalable de spectateur, de vivre le festival pendant quelques jours comme une fête et comme une découverte d’esthétiques très différentes en assistant à plusieurs spectacles et en rencontrant les artistes. Il est regrettable cependant que certains animateurs des CEMEA (organisateurs du séjour), dressés contre tout ce qui peut leur paraître « scolaire », rejettent du même coup l’exigence et la curiosité intellectuelles. De ce fait, les activités d’initiation, de préparation et de restitution proposées aux lycéens avant et après les représentations sont d’un intérêt variable et parfois limité. La présence de davantage de professeurs dans les équipes d’encadrement permettrait de relever le niveau sans enlever leur caractère ludique à ces ateliers.

Virginie Andreu, professeur de français, dans Cour d’honneur © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Virginie Andreu, professeur de français, dans Cour d’honneur © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

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Les nouveautés de la rentrée 2013

Publié le par La rédaction NRP

La NRP change quelque peu pour cette rentrée 2013. Voici un récapitulatif pour mieux vous y retrouver. Suivez le guide !

Les évolutions les plus importantes ont eu lieu sur les sites NRP. Vous l’avez déjà peut-être remarqué en vous connectant, vous êtes maintenant accueillis par un tout nouvel espace ressources : tout ce qui peut vous aider à concevoir vos cours se trouve ici, organisé en six sous – catégories, dont certaines vont être développées au cours des prochains mois.

 

  • ressources abonnés,
  • boutique anciens numéros (anciennement boutique numérique),
  • boutique fiches et séquences,
  • classe théâtre,
  • vidéo conférences,
  • cinéma et musique.

 

Attention les ressources «boutique » sont indépendantes de votre abonnement.

Ressources abonnés

 

Concernant, l’espace abonnés, c’est sur cette page que se trouvent l’ensemble des ressources liées aux revues, que vous soyez abonnés papier seul, papier plus numérique ou 100 % numérique.
Vous y trouverez les anciennes ressources dites gratuites – corpus, corrigés – directement liées aux séquences. Celles-ci sont accessibles à tous sans distinction.
Les ressources réservées aux abonnés numériques (papier + numérique ou 100% numérique) sont visibles par tous mais il faut être connecté pour y accéder. Ces ressources sont différenciées par un cadenas qui disparait lorsque vous êtes connecté sur le site.

 

Que sont ces ressources abonnés ? Des petits plus liés essentiellement aux objets et objectifs des séquences pour prolonger vos cours. Ces ressources peuvent être utilisées avec la séquence ou indépendamment. Vous y trouverez de l’iconographie, des exercices et activités supplémentaires, des bibliographies, des fiche remédiation en langue, des fiches méthodes et notions, des questionnaires d’exploitation d’extraits vidéo, des extraits vidéos… De plus, toutes les fiches destinées à vos élèves – fiches élèves des revues et suppléments ou hors séries – sont proposées en format Word. Ainsi vous pourrez les adapter au niveau de votre classe, selon vos besoins. Pour le moment, seules les ressources des années scolaires 2012-2013 et 2013-2014 apparaissent. Nous travaillons à vous proposer un espace ressources abonnés enrichi d’archives des années précédentes (depuis septembre 2009). Autre changement important pour les abonnés numériques : la disparition du feuilletage. Nous vous proposons désormais un PDF, téléchargeable à parution et imprimable. Il conserve les points forts du feuilletage, à savoir le sommaire interactif et les liens directement cliquables. Et il est lisible sur tablette !

Quelques indications sur les PDF

 - Sur tablette vous pouvez les lire avec : PagePlace Reader de Deutsche Telekom AG  (le logiciel lit aussi les Epub)
- Les liens des revues sont tous valides au moment de la parution, malheureusement il est possible qu’ils soient supprimés, modifiés au cours de l’année, ce sont les risques du Net.
- Les PDF se présentent sous la forme d’une double page. Vous pouvez changer le format en allant dans affichage, cela simplifiera l’impression si vous souhaitez n’imprimer qu’une page.

Moteur de recherche

C’est une NRP tournée vers des ressources pédagogiques, nombreuses, variées, adaptées et adaptables, qui est vous est proposée. Et pour plus de fluidité dans vos recherches, nous avons ajouté aux sites un nouveau moteur de recherche plus performant et intégrant une recherche avancée, par niveaux, genres, thématiques, etc. Avec le retour des anciennes ressources vous pourrez très prochainement en avoir le plein usage.

Voilà pour les grandes nouveautés de cette année, n’hésitez pas à rester connectés aux réseaux NRP Facebook et Twitter pour vous tenir au courant des prochaines mises à jour des sites et de la mise en ligne des nouvelles catégories de ressources.

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Que faire en 140 signes ?

Publié le par La rédaction NRP

Voilà une excellente question à laquelle Delphine Regnard, professeur de lettres, et Sandrine Campese, journaliste, ont essayé de répondre. Découvrez leur petite révolution en 140 signes.

Twitter, nouvel atelier d’écriture

Par Delphine Regnard

Un certain nombre d’auteurs écrivent sur leurs blogs et sur le réseau social Twitter, pour réfléchir à haute voix et, en interaction avec leurs lecteurs, pratiquer ce que l’on nomme l’écriture web, c’est-à-dire explorer les nouvelles formes d’écriture induites par le numérique.

Au sein d’un questionnement général sur les formes littéraires

Avec mes élèves de 1re L, dans le cadre de l’objet d’étude « Réécritures », j’ai souhaité explorer les contraintes créatrices induites par les formats du blog et du réseau Twitter. Les problématiques posées sont, aussi, éminemment littéraires : comment on peut s’approprier une forme pour la façonner en texte littéraire, comment les formats techniques sont détournés dans une démarche esthétique, comment, également, les notions d’auteur et de lecteur, de littérature et d’écriture sont interrogées par ces nouvelles formes d’écriture dites ouvertes. Les interrogations soulevées par ces formes font écho à celles que rencontre la littérature depuis une trentaine d’années, qui s’interroge sur le genre, notamment romanesque.

Des ateliers Twitter

Cette étude prend la forme d’ateliers d’écriture en ligne, sur Twitter mais aussi sur le blog de la classe ; nos lecteurs pouvaient participer au moyen d’un mot-clé. Chaque tweet est à la fois, comme un vers, une microstructure, et en même temps l’élément d’un texte qui se construit au fur et à mesure que sont publiés les messages. Un des aspects particulièrement intéressants est de pouvoir à la fois faire se concentrer les élèves sur une phrase équivalant à un tweet, soumise à des contraintes (la longueur mais aussi telle figure de style, tel emploi d’un mode, etc.) puis d’étudier ensuite en quoi cette liste de tweets forme un texte qui peut être réécrit encore ensuite selon tel objectif littéraire. L’utilisation de Twitter n’est pas exclusive mais contribue à faire écrire les élèves le plus possible et dans des formes variées : ils ont ainsi noté dans leur carnet tout ce qu’ils remarquaient dans leur trajet vers le lycée. Les textes ont ensuite été publiés sous la forme de commentaires. Cette liste a suscité des remarques analytiques qui ont permis de faire comprendre les mécanismes de l’analyse littéraire.

En conclusion

C’est un travail d’écriture long : la préparation d’un seul tweetpeut prendre plusieurs heures jusqu’à la publication finale, pour laquelle on cherche la perfection, c’est-à-dire le respect de contraintes comme des figures de style imposées, ou un mode, ou un mot, jusqu’au nombre de caractères, 140, qui fonctionne comme les douze syllabes de l’alexandrin (au passage, les élèves ont de façon spontanée cherché à écrire en alexandrins).

Il s’agissait ainsi de profiter des différents formats numériques induisant autant de formes d’écriture et de situations d’énonciation. Les ateliers d’écriture, préparés, jouaient de la performance (les élèves devaient publier en même temps pour donner à lire aux lecteurs un texte en train de s’écrire sous leurs yeux, texte éphémère s’il n’est pas ensuite conservé par d’autres outils, et donc « vivant ») tandis que, sur le blog, le temps est différent et plus lent, le texte étant appelé à rester sous la forme où il a été publié. Loin d’être un facteur d’assèchement, d’appauvrissement de l’écriture et de la pensée, l’écriture par tweetau contraire la multiplie tout en permettant, par ses contraintes, un travail réel et précis sur la langue.

Twitter, professeur de grammaire

Orthotweet - Sandrine Campese

Sandrine Campese, Orthotweet, Éditions de l’Opportun, 192 pages, 9,90 €.

Et si Twitter devenait un outil pour l’étude de la langue ? Orthotweet, de la journaliste Sandrine Campese, aborde l’étymologie, la conjugaison, la paronymie ou la prononciation sous forme de minimessages en 140 signes. Chaque page du livre présente un à trois tweets consacrés à un piège de l’orthographe française. La forme brève du tweet se révèle un excellent moyen de mnémotechnique : grâce à ces formules spirituelles, instructives autant qu’incisives, on apprend beaucoup et toujours avec le sourire.

 

Et vous que faîtes-vous en 140 signes ? Venez en parler sur le forum ou rejoignez-nous sur @nprlettres

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Forum Entre vous

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Trucs et astuces pour l’orthographe, la grammaire, etc. Certaines règles sont parfois difficiles à mémoriser pour les élèves, quoi de mieux dans ce cas là que quelques procédés mnémotechniques ? Venez les partager par ici.

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Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon
Au Festival d’Avignon, tant de mots pour les maux d’aujourd’hui

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Par Gaëlle Bebin

La vacuité de la vie moderne, la difficulté à exister dans le monde contemporain ont été longuement soulignées au Festival d’Avignon.

Dieudonné Niangouna, artiste associé du Festival 2013 précise à propos de son spectacle Shéda que « l’homme semble être avalé, dissous par ce monde contemporain ». C’est ce que constatent certains philosophes de la « pensée critique », dans les textes efficacement rassemblés par Nicolas Truong, Nicolas Bouchaud et Judith Henry dans Projet Luciole. Falk Richter, avec Rausch, ne cesse de déplorer le système néo-libéral. Quant à Angelica Liddell, elle écrit au sujet de l’une de ses dernières créations, Todo el cielo sobre la tierra : « Nous sommes de plus en plus vieux, repoussants et déprimants, mais nous avons malgré tout besoin d’être aimés. Notre seule marge de décision, c’est de pouvoir déterminer jusqu’où nous sommes prêts à nous humilier ». C’est aussi ce que dit Houellebecq dans son roman Les Particules élémentaires, adapté au théâtre par Julien Gosselin.

Difficile de traduire cet état du monde et de l’humain sur la scène sans décourager ni épuiser le spectateur… La profération montre ses limites, qu’elle soit noyée dans un ensemble assez incohérent (Shéda) ou poussée à l’extrême par Angelica Liddell, la perpétuelle enragée, dans des performances fascinantes mais qui tournent parfois au solipsisme. Les spectacles les plus remarquables ont été ceux qui, en en disant moins, suggèrent d’autant plus.

Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Les Particules élémentaires © Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Julien Gosselin, qui veut parler du monde contemporain avec des auteurs d’aujourd’hui, a réalisé une adaptation très réussie des Particules élémentaires de Houellebecq. « Il n’aime pas la société, mais il croit en l’humain » dit de l’écrivain le jeune metteur en scène, en qui il voit même un romantique.

« Ce livre est dédié à l’homme »… La fin des Particules élémentaires est un constat d’échec de l’espèce humaine par les clones parfaits, pacifiques et heureux qui ont pris sa suite grâce à des recherches scientifiques. Mais dans cette utopie cynique et défaitiste, on entend aussi un véritable hommage, pas tout à fait désespéré : « Cette espèce torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse, d’un égoïsme illimité, parfois capable d’explosions de violence inouïes, mais qui ne cessa jamais pourtant de croire à la bonté et à l’amour ».

Dans le roman, Julien Gosselin a commencé par sélectionner les passages qu’il préfère  – certaines phrases sont d’ailleurs projetées en fond de scène – et les étapes de la narration indispensables à la compréhension. Des dialogues sont conservés et certains récits à la troisième personne sont transformés en monologues prononcés face au public, comme l’enfance abominable de Bruno. Le début du roman qui présente le personnage de Michel Djerzinski prend la forme d’une interview filmée en direct d’un acteur déguisé en Michel Houellebecq… L’ensemble de ces éléments, sans compter les énoncés scientifiques et la musique jouée en live par les acteurs, crée une forme hybride parfaitement maitrisée. Julien Gosselin va à l’essentiel. Du chapitre sur Bruno et Christiane au Cap d’Agde, il retient que c’est pour eux un moment de bonheur ; une très courte vidéo de la plage et un dialogue suffisent. Des ellipses sont ménagées pour que le spectateur fasse lui-même des liens entre les événements ; Michel et Annabelle n’ont que trois scènes ensemble.

Ainsi allégé, rythmé, avec la frustration, l’obsession sexuelle, la cruauté, la médiocrité et la misère affective incarnées par de jeunes acteurs éblouissants, le roman finit presque par paraître inférieur à son adaptation…

Dates de Les Particules élémentaires (tournée 2015 en cours d’organisation) :

    • Lille

du 08/11/2013 au 16/11/2013
Théâtre du Nord

    • Vanves

du 20/11/2013 au 21/11/2013<
Théâtre de Vanves

    • Soissons

le 08/04/2014
Le Mail

    • Villeneuve d’Ascq

du 15/04/2014 au 18/04/2014
La Rose des Vents

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Les Mains libres, Paul Eluard – Man Ray

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Au programme du Bac L 2013-2014, l’œuvre conjointe de Paul Éluard et Man Ray, Les Mains libresDaniel Bergez, professeur de Littérature française en khâgne au lycée Henri IV à Paris et spécialiste des relations entre arts plastiques et littérature, vous propose de découvrir ce recueil méconnu…
Voir aussi les références bibliographiques des vidéos.

Parler d’Eluard aujourd’hui


La voix poétique d’Eluard

L’écriture de l’évidence

Les dialogues du lisible et du visible

Titre et dessins

Du dessin au texte

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Lorenzaccio, Alfred de Musset

Publié le par La rédaction NRP

Deuxième œuvre du programme de littérature du Bac L 2013-2014 : Lorenzaccio, d’Alfred de Musset.
Sylvain Ledda, professeur de littérature française du XIXe, professeur de littérature et arts à l’université de Rouen et spécialiste du théâtre romantique, nous présente l’œuvre et ses adaptations, dans ces vidéos exclusives NRP.

Les contextes d’écriture de Lorenzaccio


La structure de la pièce

Des personnages ambigus

Lorenzaccio ou le désenchantement d’une société

Les mises en scène et adaptations de Lorenzaccio – La mise en scène de Jean Vilar

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Séquences Bac pro 2013-2014

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Vous avez été nombreux à nous demander le programme 2013-2014 des séquences Bac pro, découvrez les thèmes qui seront abordés

  • Septembre 2013 : Parcours de personnages, 2de pro

Question : « Les valeurs qu’incarne le personnage étudié sont-elles celles de l’auteur ? celles d’une époque ? »
Support : Le Corse fait personnage : Mateo Falcone de Mérimée.

  • Novembre 2013 : Les philosophes des Lumières et leur combat contre l’injustice, 1re pro

Question : « En quoi les écrits des philosophes des Lumières permettent-ils l’élaboration d’un jugement argumenté ? »
Support : Poullain de la Barre : un écrivain proto-féministe.

  • Janvier 2014 : Construction de l’information, 2de  pro

Question : « Peut-on vivre sans s’informer ? »
Support : Corpus d’articles et de témoignages de personnes n’ayant pas la télévision, ne lisant pas de journaux, refusant la technique.

  • Mars 2014 : Au XXe  siècle, l’homme et son rapport au monde à travers la littérature et les autres arts, Tle  pro

Question  : « En quoi le XXesiècle a-t-il modelé l’homme moderne ?»
Support : Corpus autour de la figure de la mère.

  • Mai – Juin 2014 : L’homme face aux avancées scientifiques et techniques : enthousiasmes et interrogations, 1re pro

Question : «  En quoi les avancées scientifiques et techniques nécessitent-elles une réflexion individuelle et collective ? »
Support : Robot, Karel Capek

Et toujours disponibles dans la boutique NRP, les séquences Bac pro des numéros précédents.

Attention ce programme est susceptible de connaître quelques modifications.

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Anges du bizarre et démons de l’analogie

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Par Gaëlle Bebin

Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar © Bridgeman Art Library

Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar © Bridgeman Art Library

Sous le signe du conte fantastique – son titre est emprunté à Edgar Poe -, la très littéraire exposition L’ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst est à voir au musée d’Orsay jusqu’au 9 juin. On peut aussi penser à un poème en prose de Mallarmé, Le Démon de l’analogie, car le parcours du visiteur va de « l’irrécusable intervention du surnaturel » au véritable « commencement de l’angoisse ».

Les œuvres exposées suivent trois grands mouvements, du XVIIIe au XXe siècle : romantisme noir, symbolisme,  surréalisme. Comment susciter un frisson d’horreur chez le spectateur ? Les arts visuels sont riches d’épouvantables sujets, Nosferatu au cinéma, Satan en peinture, et toute la panoplie du roman gothique, sombres cloîtres et ruines spectrales. Les écrivains et leurs créatures sont les grands inspirateurs des artistes, avec les représentations de Dante aux enfers, de Méphistophélès, des sorcières de Shakespeare, du monstre de Mary Shelley… Ce sont parfois les auteurs eux-mêmes qui peignent leurs visions de l’étrange, comme Hugo à travers ses dessins.

On reconnaît ces monstres comme inséparables du cerveau humain qui les a créés et qui en est victime. C’est le savant Frankenstein et toutes les figures de la folie ou du cauchemar. L’horrible gnome de Füssli a pris possession du corps et de l’esprit de l’endormie, la tête du personnage de Goya disparaît en même temps que sa raison sous le vol maléfique des oiseaux de nuit : « Je n’ai pas peur des sorcières, des lutins, des apparitions, des géants vantards, des esprits malins, des farfadets, etc, ni d’aucun autre genre de créatures hormis l’être humain » écrit le peintre espagnol épouvanté par son époque.

Car les démons intérieurs sont bien les plus terrifiants et l’ambiguïté crée les effets les plus inquiétants : Gustave Moreau montre de célestes et fatales Salomé, Munch peint la jalousie qui déforme les êtres, et son Vampire, image de l’amour torturant, nous hante mieux que n’importe quel pâle revenant aux dents longues. Les formes hybrides et indéterminées sont aussi les plus troublantes, dans les dessins d’yeux-mollusques d’Odilon Redon ou les frottages de forêts de Max Ernst. L’esprit même du visiteur de l’exposition se met à opérer des rapprochements inédits grâce à l’accrochage des œuvres, lorsqu’il aperçoit soudain dans La Tempête de Rodin le visage de Méduse. C’est que l’inquiétante étrangeté est enfin parvenue au plus près de nous ; elle est dans le sublime de la nature et l’effroi pascalien qu’elle procure (« Qu’est-ce qu’un homme, dans l’infini ? »), mais aussi dans les villes vues par Spilliaert et par Brassaï, et au cœur même des familles – la mère et la sœur du peintre Edouard Vuillard sont sans doute les plus authentiques fantômes de l’exposition !

 

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France Télévision met Aimé Césaire à l’honneur

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Capture d'écran, Aimé Césaire, un nègre fondamental ©france5/2F productions/2007

Capture d’écran, Aimé Césaire, un nègre fondamental ©france5/2F productions/2007

France Télévision crée l’évènement autour du centenaire de la naissance d’Aimé Césaire en proposant des contenus pédagogiques exclusifs.

Actuellement disponible sur le site France TV éducation, un dossier sur Aimé Césaire vous propose de découvrir les différents visages d’Aimé Césaire.

D’abord l’homme de lettres, l’auteur de l’inoubliable « Cahier d’un retour au pays natal », qui a laissé en héritage une importante œuvre poétique et théâtrale, l’homme politique – il fut député puis maire – et l’homme engagé pour la cause noire, père de la négritude. Ce très riche dossier est augmenté de vidéos d’archives et d’extraits de documentaires. Il propose des ressources intéressantes pour une exploitation en classe.

En parallèle France Ô organise une programmation dédiée :

– du 17 au 27 juin : diffusion de programmes courts Poèmes du monde
– 23 juin : diffusion de la pièce de théâtre Une saison au Congo au Théâtre National Populaire
– 26 juin : diffusion du docu fiction Césaire et du documentaire Aimé Césaire et les révoltes du monde

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Expérience de médiation inédite au musée du Louvre

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Par Gaëlle Bebin

© Gaëlle Bebin

© Gaëlle Bebin

« Que vois-tu ? », « Et vous, que voyez-vous ? ». Pendant certains nocturnes du vendredi soir au Louvre, les jeunes ont la parole . Postés dans de nombreuses salles, des sculptures françaises aux peintures italiennes, des objets d’art du Moyen Age aux antiquités orientales, ils montrent aux visiteurs des œuvres qu’ils ont choisies et qu’ils leur présentent à leur manière. S’il est habituel d’entendre des étudiants en histoire de l’art et si l’intervention de musiciens, de comédiens ou de danseurs n’est pas rare, il est plus inattendu de regarder les œuvres à travers des outils et dispositifs scénographiques conçus par des étudiants de BTS et de DSAA d’écoles supérieures de design et d’arts appliqués. Ces nocturnes sont organisées par la Direction des publics du Louvre en coordination avec le master médiation culturelle de l’IUFM-Université de Cergy qui a proposé cette hypothèse de médiation avec le design.

Ils viennent des écoles Boulle ou Duperré, des BTS des lycées du Gué à Tresmes ou Jacques Prévert de Boulogne, et ils ont conçu des objets astucieux, poétiques et humoristiques. Parmi les sculptures françaises, Amphitrite se regarde à travers un dessin sur plaque de plexi transparent, et toute la cour Marly devient sous-marine. Les deux statues d’Apollon et de Daphné se poursuivent jusque dans les gares, les métros, les terrains de football et les piscines, grâce à des photomontages associés à des jeux de mots. Avec des pistes sonores, on peut replonger dans le lieu de contemplation originel de la Victoire de Samothrace (le sanctuaire d’une île grecque à l’époque hellénistique) ou faire bruisser la grande salle à manger vide des appartements de Napoléon III de conversations ministérielles d’aujourd’hui. Dans un jeu d’échecs médiéval, une pièce manque ; elle est réinventée sous plusieurs formes en verre moulé. Des étudiantes en design d’illustration scientifique dévoilent les particularités anatomiques (muscles et vertèbres) de La Grande Odalisque d’Ingres. Des objets sont proposés au toucher, et l’immense Gilgamesh au lion se laisse approcher. Quant aux fameuses lignes de force qui structurent Le Serment des Horaces, elles révèlent bien des interprétations possibles de ce tableau si (mal) connu…

À expérimenter et à conseiller aux lycéens les vendredis 5, 12 et 19 avril 2013 de 19h à 21h ; l’entrée est libre pour les moins de 26 ans et pour les enseignants avec le pass éducation. Et il faut venir au moins trois fois pour rencontrer une petite partie des jeunes médiateurs et designers en binôme devant une centaine d’œuvres du musée du Louvre…

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Le handicap en classe : Posez vos questions à Benoît Virole

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Suite à son article, Benoît Virole se propose de répondre à vos questions sur le handicap. Faites-nous part de vos interrogations sur le forum et nous les lui transmettrons. Ses réponses seront par la suite publiées sur le forum. .

Un autiste en classe
Par Benoît Virole, psychologue-psychanalyste

Si bien comprendre les caractéristiques de ce handicap est indispensable pour réussir l’accompagnement d’un jeune autiste en classe, c’est aussi l’occasion pour l’enseignant de mettre en place des pratiques pédagogiques innovantes.

Longtemps considéré à tort comme un trouble psychiatrique, l’autisme est reconnu aujourd’hui comme faisant partie des handicaps d’origine neuro-développementale. L’autisme n’est donc pas une maladie. C’est une structure innée de développement, déviante par rapport aux normes, mais présentant des particularités certes handicapantes socialement, parfois gravement, mais qui peuvent aussi comprises dans le cadre de la variabilité des formes du vivant.

À la suite de la reconnaissance médicale et administrative de son handicap par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) à laquelle il est rattache, le jeune autiste est donc redevable, suivant la loi de 2005, des dispositifs d’accueil à l’école, au collège et au lycée. Il n’est donc pas rare de voir des enfants et adolescents autistes dans les classes tout-venant de l’Éducation nationale. Ce n’est pas le cas de tous les jeunes autistes. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui pris en charge uniquement dans des structures éducatives spécialisées. D’autres sont aides par des équipes médico-psychologiques en hôpitaux de jour car leur autisme s’accompagne de complications psychopathologiques. D’autres enfin sont accueillis dans les classes spécialisées de l’Éducation nationale, CLIS à l’école et ULIS au collège. Malheureusement, certains jeunes autistes ne peuvent trouver des structures d’accueil du fait des manques de place et du sous-équipement en la matière. L’orientation dans ces différentes entités résulte d’une concertation entre les choix des parents et les avis des partenaires éducatifs auquel s’adjoint un avis médical spécialisé. Dans la plupart des situations, le jeune autiste est accompagné en classe d’une Assistante à la vie scolaire (AVS).

Parmi l’ensemble des caractéristiques de l’autisme, trois plus importantes doivent être bien comprises par l’enseignant pour éviter des mésinterprétations. Premièrement, beaucoup de jeunes autistes manifestent leurs émotions de joie, de surprise, de colère, de frustrations, par des mouvements, voire des sautillements. Il est vain de s’y opposer frontalement ou du moins une demande de stabilité doit s’accompagner dans l’esprit de l’enseignant de la compréhension qu’il s’agit bien d’une manifestation émotionnelle et non d’une provocation ou d’un trouble du comportement. Par ailleurs, les autistes fuient les rituels sociaux et les moments collectifs ludiques de la vie scolaire. Cet isolement est à respecter. La recherche coercitive d’une participation systématique à des jeux en commun, à des repas, est souvent contreproductive. La façon d’apprendre et de penser des personnes autistes présente souvent, mais pas toujours, des singularités qui peuvent décontenancer l’enseignant. Les systèmes sériels (les lettres, les chiffres…), les plans, les calendriers sont des supports privilégiés de prise de connaissance. Par contre, certains ont des difficultés importantes sur le plan praxique (difficulté à s’habiller seul) et peuvent compenser par une mémoire visuelle impressionnante. Leur utilisation du langage est particulière et parfois l’organisation de leurs connaissances défie la rationalité. Dans tous les cas, l’utilisation des interfaces numériques est pour eux un appui et une sécurité : elle constitue la voie royale pour leur scolarisation. En ce sens, l’enfant autiste en classe, loin d’être le poids que certains redoutent, peut initier des pratiques pédagogiques innovantes. Après tout, l’histoire de la pédagogie (Itard, Seguin, Montessori et tant d’autres) montre bien que l’on remet en chantier les fondements de notre pédagogie lorsqu’on est vraiment confronte a la radicalité d’une différence.

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Littérature jeunesse et récits de vie : « Nos étoiles contraires » de John Green

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L’émergence de la littérature jeunesse dite Young adults, a mis en avant les récits de vie au travers de collections dédiées, « DoAdo » au Rouergue, « Exprim » chez Sarbacane, « Scripto » chez Gallimard, etc. Conséquence, les débats sur la violence des textes adressés aux adolescents sont relancés. Alors jusqu’où peut-on aller en littérature jeunesse ?

Les sujets difficiles en littérature ont toujours existé et ont toujours occasionné des débats. Il y a les « contre » qui jugent cette littérature traumatisante et loin des préoccupations des adolescents. Ceux qui voient une littérature malsaine et reprochent l’« effet miroir » d’une société trop violente.
Les « pour » défendent le côté « éducatif » de cette littérature, dans cette période charnière du « passage à l’âge adulte »., apprendre à surmonter ses peurs, découvrir le concept de résilience, trouver sa place ou un écho à sa propre expérience, etc. Les bénéfices peuvent être multiples et ces livres devenir les compagnons de ce voyage qui échappe à toute raison : la vie.
Nous pourrions donc potentiellement tout écrire, mais pas n’importe comment. Eva Grynszpan, éditrice jeunesse chez Nathan, souligne qu’il est important de prendre de la distance pour écrire ces textes : « Pour ne pas entrer dans la complaisance, qui est le plus grand risque des récits de vie, il faut savoir considérer les évènements autrement. Souvent c’est le regard porté sur les actes qui choque, plus que l’acte lui-même ». Cette distance nécessaire, explique peut-être pourquoi des romans tels que Hunger Games, ou Instinct semblent moins choquer. Parce qu’ils se situent à une autre époque, parce qu’ils apportent une part de fantastique, on ressent moins le poids de la réalité. Finalement ce qui met mal à l’aise, n’est-ce pas cette réalité frontale et abrupte, ce trop plein de réalisme ?

À ce titre, Nos étoiles contraires est très juste. John Green, réussi l’exploit de parler de l’un des sujets les plus douloureux – le cancer chez les enfants – sans faire pleurer et sans rentrer dans le pathos. C’est avec délicatesse et honnêteté qu’il raconte l’histoire de ces deux ados qui s’aiment en dépit de la maladie. On en oublierait presque qu’ils sont malades ! John Green décrit ce quotidien en rajoutant juste ce qu’il faut de douceur pour le rendre supportable aux yeux du lecteur. Il transforme très légèrement la vie. Parce que comme le rappelle Eva Grynzpan, « la littérature doit aussi sublimer la vie, de la même manière qu’elle doit offrir au lecteur les clefs pour s’en sortir et un soupçon d’espoir ».

Alors finalement, jusqu’où peut aller la littérature jeunesse ? Peut-on réellement tout écrire, tout donner à lire à nos adolescents ? Venez en débattre sur le forum.

 

Ce qu’en dit Edith Wolf :

Nos étoiles contraires, John Green« À première vue, ce roman a tout pour agacer. Le thème pathétique d’abord : le cancer vécu par de très jeunes gens. Le choix du point de vue ensuite : le narrateur adolescent qui, depuis L’Attrape-Cœur de J-D. Salinger, a envahi jusqu’à la littérature adulte. Le livre serait-il un de ces innombrables récits qui infligent à la jeunesse les clichés du misérabilisme contemporain : drogue, maladie d’Alzheimer, prison, viol etc… ? Le roman de John Green échappe à ces pièges. La narratrice, Hazel, en phase 4 d’un cancer de la thyroïde et des poumons, survit grâce à un traitement expérimental. Son existence quotidienne, rythmée par l’alternance des dispositifs qui lui permettent de respirer, est racontée avec précision. On y découvre l’organisation d’une vie contre et avec la maladie : la poursuite des études, les réunions avec l’équipe médicale, le groupe de paroles de malades. C’est pendant une réunion de ce groupe que Hazel rencontre Augustus, en rémission après un cancer. Au centre de l’histoire d’amour il y a la maladie mais aussi les livres. Un livre surtout : Une Impériale Affliction, récit de la vie d’une jeune cancéreuse. L’ouvrage finit sur une phrase incomplète, laissant le lecteur dans l’incertitude. Mais l’héroïne réussit, grâce à Gus, à rencontrer l’écrivain…

Les personnages sont, malgré le caractère un peu trop exemplaire du comportement des héros, vus de manière nuancée. Le choix d’un style sobre qui n’imite pas le parler adolescent, permet l’émotion sans tomber dans le pathos ni la caricature. À conseiller en 3e comme récit d’adolescence. »

John Green, Nos étoiles contraires, Nathan, 330 pages, 16,50€

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Revue et Cahier de mars 2013

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janvier2013lycee

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Wikipédia et les Lettres

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Par Gaëlle Bebin

Récemment, certains romanciers se sont emparés de Wikipédia, comme Michel Houellebecq qui en a intégré des articles dans son roman (La carte et le territoire, 2010), ou Aurélien Bellanger, fasciné par l’histoire de la révolution numérique (dans La théorie de l’information, 2012). Quant aux professeurs de Lettres, ils sont invités à faire travailler leurs élèves sur les articles de l’encyclopédie collaborative en ligne, notamment en participant à des Wikiconcours.

« Je remercie aussi Wikipedia et ses contributeurs dont j’ai parfois utilisé les notices comme source d’inspiration et notamment celles relatives à la mouche domestique, à la ville de Beauvais ou encore à Frédéric Nihous », précise Houellebecq. Ces passages, placés tels quels dans le roman sans aucune référence à leur origine, offrent un décalage ironique avec le récit en même temps qu´ils s´intègrent parfaitement à sa vision d´un monde impersonnel, sans intériorité et soumis aux discours ambiants, dont la figure de l´auteur finit par disparaître (Houellebecq supprimant le personnage de Houellebecq dans La carte et le territoire).

« Si Wikipédia n’existait pas, ce roman n’aurait jamais vu le jour », confie Aurélien Bellanger. L´auteur de La théorie de l´information  n´est pas moins intéressé par cette encyclopédie modifiable à l´infini par une infinité d´auteurs anonymes, qui lui évoque Borges (une bibliothèque de Babel, un jardin aux sentiers qui bifurquent) et Mallarmé (un Livre unique auquel aboutirait le monde). Aurélien Bellanger a d´ailleurs autant de plaisir à naviguer au hasard des pages Wikipédia que son personnage principal, Pascal Ertanger. Du Minitel au web 2.0, le roman décrit l´expansion des empires de l’information, au moment où on se met à imaginer « convertir n’importe quel aspect de la réalité en une suite adaptée de zéros et de uns » jusqu´à ce que le monde atteigne, peut-être, « le fonctionnement exact d’un programme informatique »…

Des Wikiconcours s´organisent chaque année en mars et en septembre ; les équipes sont invitées à améliorer la qualité d´articles existants ou à développer des articles restés à l´état d´ébauche sur Wikipédia. En ce moment, une dizaine de professeurs et une centaine d´élèves de cinq lycées toulousains y travaillent. Il s´agit de faire découvrir aux lycéens les règles encadrant l´écriture des articles pour en définir et appliquer des critères d´évaluation, de leur apprendre à rechercher et à évaluer l´information et de leur faire pratiquer l´écriture encyclopédique en coopération avec d´autres auteurs. Les élèves ont par exemple choisi de créer un article sur l’auteur de polars Abdel Hafed Benotman et d’améliorer l’article « Autrui ». Les prix seront décernés lors de la Semaine de la presse et les médias dans l’école (du 25 au 30 mars 2013).

À consulter :

  • Le site de Wikimédia France pour consulter les actes vidéo des Rencontres 2012 autour de l’Éducation (bientôt en ligne) et le bilan de ce Wikiconcours lycéen
  • Le Guide TICE pour le professeur de français (SCÉRÉN [CNDP-CRDP] / Weblettres, 2012) et ses compléments en ligne
  • Les actes des rendez-vous des Lettres (colloque annuel réservé aux enseignants sur « Les métamorphoses du livre et de la lecture à l´heure du numérique »)

Sur le forum

Wikipédia est soumis à beaucoup de controverse. Certains l’adulent et y voient un formidable outil encyclopédique rapide d’accès. D’autres sont plus réticents et doutent de sa fiabilité.
Qu’en pensez vous ? Utilisez-vous les ressources de Wikipédia en cours (pour des recherches, des exercices) ou êtes-vous plutôt contre son utilisation ? Venez participer à cette conversation

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