Pourquoi accorder davantage d’autonomie aux lycées ?

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Fabrice d’Orso

Annoncée par le candidat Macron et défendue de longue date par son ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, l’autonomie accordée aux établissements permettra-t-elle de redynamiser le système éducatif ?

RETOUR D’EXPÉRIENCE DE DOUZE LYCÉES

Par Agnès Evren, vice-présidente de la région Île-de-France en charge de l’éducation et de la culture

Le conseil régional d’Île-de-France a voté, en mai 2016, le principe de l’autonomie des établissements. C’est une innovation majeure qui illustre la volonté de la Région de faire confiance aux équipes éducatives dans leurs besoins pédagogiques spécifiques.

Douze lycées ont expérimenté cette autonomie sur l’année scolaire 2016-2017. Ils se sont partagé un budget de 775 000 € pour soutenir des projets éducatifs, accompagner des projets portés par les lycéens ou encore investir dans des travaux permettant d’améliorer la vie quotidienne dans les lycées. Un an après le début de cette expérimentation, un bilan a été fait avec les chefs d’établissement des lycées concernés. Il y a deux leçons à en tirer. La première est l’engouement de la communauté scolaire pour l’autonomie : 12 projets ont été retenus, mais 90 avaient été déposés. La deuxième est que le postulat de base s’est avéré exact : ce sont les acteurs de terrain qui savent le mieux identifier ce qu’il faut pour faire réussir les élèves et améliorer la qualité de la vie dans les établissements. La diversité des actions menées l’illustre d’ailleurs parfaitement : les établissements ont mis en place de l’accompagnement personnalisé, créé des actions culturelles, amélioré la lutte contre le décrochage scolaire, intégré du numérique dans les cours, mené des ateliers scientifiques, organisé des tournois sportifs ou des clubs théâtre, aménagé des salles, rénové les lieux de vie des agents… Sans cette autonomie, ils n’auraient jamais pu aussi facilement adapter leurs moyens à leurs besoins. Il a été décidé de poursuivre le déploiement de l’autonomie, avec une montée en puissance régulière. De 24 lycées en 2017, on passera à 48 en 2018, 96 en 2019… Avant la fin de la mandature, je souhaite que ce processus devienne irréversible.

QUE FAIRE DE CETTE AUTONOMIE ?

Par Gwénaël Surel, Proviseur du LPO Maillard Joubert à Ancenis

L’autonomie dont il est aujourd’hui question porte sur l’utilisation des moyens horaires accordés et la manière d’en discuter collectivement, démocratiquement, avec les diverses instances : conseil pédagogique, commission permanente, conseil d’administration. Le financement des classes repose actuellement sur un volume d’heures dont une partie non négligeable (de 10 % en collège à 20 % en lycée) n’est pas fléchée disciplinairement. Une classe de seconde générale est financée à hauteur de 39 h, dont 10 h 50 non affectées à une discipline. Ces heures cumulées représentent une marge de manœuvre conséquente, équivalant à plusieurs postes. Toute la question est de savoir ce qu’attend l’établissement de cette autonomie, à partir de ses forces et faiblesses, et de la politique impulsée par les équipes de direction. Trop souvent, les équipes s’en emparent non pas transversalement mais disciplinairement en conseil pédagogique et le conseil d’administration n’est qu’une chambre d’enregistrement, voire une tribune syndicale et/ ou politique. La question n’est pas la globalité de la prise en charge de l’élève et des difficultés recensées dans le diagnostic du projet d’établissement, mais un jeu de pouvoir, chaque discipline cherchant à « grappiller » des heures en vue de la préparation au Bac… Espérons que la philosophie amorcée au collège laissant une petite marge d’autonomie pour travailler transversalement s’étendra bientôt au lycée. Cela constituerait le ferment d’un changement de pratiques et d’approches trop souvent dogmatiques. La formation des enseignants au travail collectif, le PPCR1 et la nouvelle évaluation des enseignants pourraient renforcer cette évolution et favoriser une meilleure prise en compte de l’investissement collectif ET individuel. Enfin, la future réforme du Bac devra identifier les objectifs finaux et préparer l’entrée  ans l’enseignement supérieur.

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