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Écrire des chansons d’amour

Publié le par La rédaction NRP
Alex Beaupin

© Fred Stucin

Depuis une dizaine d’années, Alex Beaupain réinvente la figure du chanteur de variété, multipliant ses créations en tant qu’auteur-compositeur-interprète de six albums, et compositeur de musiques de films, dont ceux de Christophe Honoré. Il chante avec légèreté les amours endeuillées, les lendemains qui déchantent ou la jeunesse en fuite, et mixe les références aux chansons qu’il a tant aimées dans son adolescence.

 
 
 
 

À quoi tient le succès d’une chanson d’amour ?
Quand on me demande pourquoi j’écris toujours sur l’amour, comme beaucoup d’autres chanteurs, je demande en retour s’il existe un sujet plus intéressant dans les chansons ou dans la vie. La chanson offre un terrain privilégié au lyrisme, à l’expression des sentiments, et les chansons d’amour sont ainsi en totale adéquation avec l’objet artistique. Je crois en outre que pouvoir faire une déclaration d’amour en trois minutes, et aussi joliment que le font certaines chansons, c’est ce dont on rêve tous… Les chansons ont cette utilité-là.

Quelles sont vos chansons d’amour préférées dans le répertoire francophone ?
Ma préférence va aux chansons d’amour tristes. J’aime notamment les chansons que Gainsbourg a écrites pour des femmes, des actrices, par exemple Pull marine chantée par Isabelle Adjani en 1983. C’est une chanson qui m’avait beaucoup ému à l’époque, et qui continue à m’émouvoir, comme Partir quand même de Françoise Hardy, une chanson de rupture que je trouvais particulièrement belle. Ce sont souvent les chansons écoutées durant l’adolescence qui nous touchent le plus et qui nous accompagnent, qui cristallisent nos goûts en la matière, même si on en découvre d’autres à l’âge adulte. C’est à l’adolescence qu’on est le plus réceptif, avec cette sorte de naïveté et d’absolu qu’on perd peut-être un peu par la suite. En ce qui me concerne, il s’agit des chansons des années 1980, celles d’Alain Souchon, d’Étienne Daho. Cela dit, je change d’avis tous les jours quant à l’élection de mes chansons préférées.

Avez-vous une ou des chansons fétiches dans votre propre répertoire ?
Les chansons qui me sont chères ne sont pas forcément les mieux écrites. « Brooklyn Bridge », qui raconte une histoire d’amour et de deuil et que je reprends systématiquement en concert, que je peux jouer au piano les yeux fermés (et que je chante désormais accompagné par mon guitariste, pour changer), m’est précieuse parce que c’est la première de mes chansons qui m’a paru avoir un peu d’intérêt, la première aussi à avoir été diffusée à la radio.

Quel est l’état émotionnel optimal pour composer une chanson d’amour ?
L’écriture d’une chanson peut s’apparenter à ce que fait un acteur selon la méthode de Stanislavski, où il s’agit de recontacter une expérience personnelle de tristesse, par exemple, pour jouer une scène triste même si l’on n’éprouve pas ce sentiment à ce moment-là de sa vie. Comme mon matériau est principalement autobiographique, j’écris sur ce qui m’est arrivé, j’ai donc besoin de vivre des choses tristes pour écrire des chansons tristes, et malheureusement ou heureusement j’en vis comme tout le monde. D’autre part, il ne faut pas hésiter à s’abandonner quand on écrit des chansons d’amour, il ne faut pas craindre d’exagérer. Ainsi, je donne l’impression d’être un garçon mélancolique qui passe ses journées à se balader dans les cimetières alors que dans la vie je suis plutôt joyeux. La chanson est l’un des arts qui supporte le mieux le ridicule et le mauvais goût : quand Dalida chante Je suis malade, cela peut paraître ridicule, mais si on s’y abandonne complètement, c’est très émouvant.

 À suivre dans le numéro de novembre de la NRP lycée.

Publié le par La rédaction NRP
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