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Figures de l’étranger – n°70 mai/juin

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Étrangers dans le monde : exils poétiques du XIXe siècle 2de

Deux réécritures de L’Étranger d’Albert Camus 1re

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L’Étranger de Camus par Kamel Daoud

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Un combat pour la liberté

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Kamel Daoud, écrivain et journaliste algérien né en 1970, est l’auteur de recueils de nouvelles et d’un roman, Meursault, contre-enquête (auquel nous consacrons une partie de la séquence p. 42-45) couronné par plusieurs prix, dont le Goncourt du premier roman en 2015. En février 2016, il a décidé de renoncer au journalisme qu’il pratiquait depuis une vingtaine d’années au Quotidien d’Oran et dans différents médias, suite à la polémique suscitée par son article sur les agressions sexuelles commises à Cologne lors de la nuit du Nouvel An 2016.

 

 

Quelle place tient L’Étranger de Camus dans votre bibliothèque intime ?
Le roman fait partie de ma généalogie littéraire et historique. Je suis algérien et je reste sensible, encore plus que d’autres, à l’univers de Meursault ou de sa victime et au poids fascinant des paysages. Mais j’avoue que j’ai eu de la difficulté à lire avec plaisir, à apprécier, à « entrer » dans la chair de ce roman. La raison ? Peut-être l’âge (j’avais dix-sept ans quand je l’ai lu pour la première fois), peut-être son style éblouissant comme une beauté qui le rend inaccessible, peut-être le malaise intime de s’y regarder sans reflet pour « l’Arabe » que je suis. J’ai été longtemps sensible à Camus le philosophe parce que ses essais L’Homme révolté et Le mythe de Sisyphe ont été nécessaires à ma construction philosophique à la sortie d’une longue période religieuse. L’Étranger est un roman à la beauté agaçante, au style dérangeant mais captivant. Avec un personnage à mi-chemin entre le statut de « personnage » et de hantise. Avec une histoire qui rehausse l’inachevé au rang d’une œuvre. J’ai relu L’Étranger vers mes trente ans et avec un autre esprit : plus sensible à l’histoire, moins apte à l’identification simple au personnage.
Et ce fut un second choc. Il est rare que le roman fasse de la philosophie sans tomber dans la facilité de la fable. Cette rareté est le propre de L’Étranger .

Votre roman vous apparaît-il plus comme une déconstruction ou une réécriture de celui de Camus ?
Non. Il est déconstruction féconde. Une continuation libre et indépendante. Une façon de creuser la question sans se limiter à la réponse antécédente. Le roman de Camus est un prétexte à mon texte, au sens le plus profond du terme. J’y repose la question de notre liberté et de notre responsabilité. Camus l’a fait et j’ai estimé que cela était nécessaire de reposer la même question, face au même silence du monde. Pour écrire ce roman, j’ai donc cultivé les marges du texte de L’Étranger, ses vides, ses brèches. Mon roman est un intertexte libre, agressif, forcé. C’est un épilogue qui n’est pas dans l’hommage simple. Mais c’est aussi un roman indépendant, autonome par révolte et par essence. La déconstruction y est une réclamation, une appropriation. C’est une conversation mais aussi une méditation.

Pourquoi avoir délibérément confondu dans votre récit l’auteur et le narrateur de Kamel Daoud. L’Étranger ?
Parce qu’en Algérie, dans la mémoire collective et de par leurs histoires, Meursault et Camus sont « coupables ». L’un d’avoir tué un « Arabe », l’autre d’avoir quitté un pays et de ne pas avoir pris les armes pour le libérer. Un autre meurtre, aux yeux de certains. J’ai voulu, par cette confusion délibérée, poser le doigt sur le procès, le remettre à jour, l’exhumer de l’inconscient, le dire et le contredire. Pour l’avoir écrit, je voulais surtout le dénoncer.

À suivre dans le numéro NRP de mai 2016.

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Dossier NRP mai 2016
Qui est l’étranger ? – Extrait du dossier du numéro lycée de mai 2016

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Qui est l’étranger ? Le dossier de la NRP Lycée vous invite à une exploration philosophique de cette notion aux contours bien flous, et tente de tisser un lien entre les différentes acceptions d’un mot qui reflète des réalités diverses : politiques, psychologiques, sociales, esthétiques … En voici un extrait.

Que disons-nous quand nous usons du terme « étranger » ? De quoi parlons-nous ? Et de quel point de vue parlons-nous ? Certes, il s’agit de l’autre homme, mais déjà nous hésitons. Un homme ? En est-on si sûr ? Celui qui parle de l’étranger est ici et maintenant, tandis que l’étranger, lui, est d’ailleurs, lointain ou proche, ou même d’ici, mais encore à l’extérieur de soi, à moins qu’il ne s’inscrive jusqu’en soi-même, et dans ce dernier cas nous parlerons d’étrangeté. Pour tenter d’éclairer la notion d’étranger, nous proposons un parcours, un questionnement.

L’étranger est d’abord une catégorie définie selon les frontières instituées par les politiques : elle suppose des langues étrangères, d’autres coutumes, d’autres cultures. Mais la catégorie ne suffit pas. Ce qui nous importe, c’est l’expérience vécue, celle de la rencontre, du choc, de l’épreuve inévitable de quelqu’un ou de quelque chose d’étranger, puisque nous ne vivons pas coupés des autres. Nous ne sommes pas sans les autres : comme l’écrit si bien Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, nous avons besoin de « notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu’un, grands dieux quelqu’un ». À cette énumération, nous ajouterons l’étranger, en l’assimilant provisoirement à l’autre, à l’altérité de l’autre. Or, ce n’est pas si clair, reconnaissons-le, et cela implique donc que nous interrogions l’altérité même : si l’altérité est le caractère de ce qui est autre, de quelle altérité s’agit-il quand nous choisissons de dire « étranger » ?

À suivre dans le numéro lycée de mai 2016

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