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Lecture : Où Vivre de Carole Zalberg

Publié le par La rédaction NRP

Par Anthony Soron, ESPE Sorbonne Université

image_livreUn titre, une question

Où vivre. Problématique forte, pleine et entière dans le contexte actuel. Sauf que dans ce roman court de Carole Zalberg, il est question d’un autre lieu que celui désespérément recherché par les réfugiés de partout qui défient chaque jour la Méditerranée. Ce lieu en effet, n’est-ce pas celui de l’origine primordiale et en même temps celui de l’éternel retour ? Cette terre d’Israël à valeur tout à la fois de mémoire à réhabiliter et d’utopie à conquérir ; tout à la fois, terre pionnière et terre de pionniers : « Nous étions amoureuses des pionniers, ceux arrivés pendant la guerre ou avant. Ils étaient nos héros inconnus, les champions d’un avenir loin des charniers » (p. 31).

Les trois K d’Israël

Où vivre. Question tellement fondamentale pour les survivants des pogroms et ceux des camps, qu’elle ne nécessite pas de point d’interrogation. Où vivre. Point. Problématique quasi antédiluvienne rendue plus actuelle après que les nazis eurent appliqué contre les Juifs et les Tsiganes la solution finale. Et depuis, la même détermination à ne pas transformer cette entêtante interrogation en la plus angoissante des questions de survie. De l’utopie concrète des premiers Kibboutz jusqu’au K.O. causé par la mort de Rabin en passant par le fracas de la guerre du Kippour, le cas « Israël » ne tient-il pas à ces trois piliers de questionnement perpétuel ? En somme, les trois « K » de sa Kabbale, de l’inlassable exégèse de son histoire pleine de contrariétés : Kibboutz, Kippour et K.O : « 4 novembre 1995 – Proche-Orient Samedi soir à Tel-Aviv, à l’issue d’un grand rassemblement en faveur de la paix, le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, est tombé sous les balles d’un jeune Israélien de 27 ans, proche des milieux sionistes d’extrême-droite » (p. 97).

L’accident, l’Histoire, les histoires

Il faut l’accident de Noam, « mon cousin d’Israël » (p. 10), pour que la nécessité de raviver la filiation anime la plume de Marie, la narratrice. Il faut cet élément perturbateur d’un « cahier du retour au pays natal » pour que le besoin de dire le lien retrouve sa force la plus vive. Noam, celui qui a « déserté » aux États-Unis pour vivre un mariage enchanté ; celui qui a quitté sa famille, sa communauté, surtout pour n’avoir pas pu supporter la vie en kaki. Noam : un de ces Juifs des générations de l’après, habités par l’idée paradoxale que « quand on aime, il faut partir » et ce, même contre le nom de tous les siens. Après une décennie de fuite, il y était enfin revenu sur le lieu de sa désertion. Et, ironie du sort, ce n’est pas un attentat de ses frères ennemis qui fracasse sa vie mais le choc frontal avec l’un de ses compatriotes. « Ta mère vous avait fait les recommandations d’usage. Les gens roulent comme des fous dans ce pays, surtout soyez prudents les enfants » (p. 14).

Chacun des membres de la famille a son histoire avec Israël, ce lieu de plaie vive, ce lieu de toutes les passions, de toutes les fractures. Carole Zalberg a l’art de la simplicité, de la fluidité, la science de la saillance. Elle sait croiser les mots de chacun, les éléments qu’ils énoncent de leur petite histoire par fragments. Il n’est pas question de raconter, encore moins d’embrasser l’Histoire, il s’agit juste d’exprimer cette relation charnelle, intime avec le pays, avec son sang, ses martyrs, ses défaites et ses culpabilités. Le 4 novembre 1995 donc, Yitzhak Rabin était abattu et chacun eut alors quelque temps après l’occasion de se poser la plus petite question qui soit : où étais-je à cet instant là et que faisais-je pendant que l’espoir du monde, l’idée même de réconciliation avec le peuple palestinien ne soit brisée à jamais peut-être…. Simple question, interrogation de toute petite échelle et pourtant tellement vivante, tellement effrayante quand à l’échelle du monde, une balle dans le cœur d’un juste a tout changé… 

Le lecteur, fidèle à l’œuvre tissée de Carole Zalberg, retrouve dans ce dernier roman habité par la mémoire familiale, à la fois la sensibilité de Chez eux, le croisement des voix de A défaut d’Amérique et le partage de la douleur propre à Feu pour feu. Le texte a quelque chose d’une flamme vive : l’auteure ayant su trouver un subtil équilibre entre hommage et témoignage ; entre transmission et interrogation. Comment ne pas être touché par les pages consacrées à la rétrospection de ce que chacun faisait à ce moment là, à cet instant fatidique et fatal où un des pères fondateurs eut le cœur perforé par la balle d’un de ses fils. Comment ne pas être ému aussi – car l’écrivaine comme Romain Gary croit à l’émotion produite par l’acte de lire – par la juste saisie de la personnalité de chacun des membres de la famille, de chacun des « fils » de cette histoire qui part de l’enfer nazi pour aboutir au mur « de lamentations » qui sépare définitivement deux peuples. Elie, le cinéaste, montreur de la face la moins éblouissante du sionisme Dov, revenu de son enthousiasme nationaliste, Noam, cassé par l’accident, Lena, qui fut de l’épopée des pionniers… Chacun à sa manière, n’exprime-t-il pas combien le peuple juif demreu un peuple de cendres, de larmes et de chants ?  Et c’est peut-être cela qui frappe le plus dans ce livre. Cet hymne à la vie, aux hommes, à leur fragilité, à leur trop plein d’humanité. Ce besoin non pas d’accabler mais de chanter la survie malgré la noirceur du noyau atomique de notre humanité postmoderne : Israël, là où tout a commencé et où tout finira peut-être.  

 « Qui trop embrasse mal étreint » pourrait être la devise littéraire des romanciers de l’ultra-contemporain. Le développement du récit bref dans le champ du romanesque s’explique-t-il par un refus de l’épopée ? Carole Zalberg démontre dans Où vivre les vertus de l’implicitation. Mettre l’épique en sourdine ne revient pas pourtant à nier le souffle de l’Histoire. C’est simplement un parti-pris judicieux afin d’éviter l’aveuglement d’un récit national trop parfait qui tournerait en boucle.

Carole Zalbert, Où vivre,  Grasset, 2018

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Rencontre NRP à l’occasion des 70 ans de la revue

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LENSe goût des livres Ou comment transmettre la passion de la littérature

Le 20 octobre 2016 – De 14h à 18h à l’ENS, 45 rue l’Ulm Paris

Qui n’a pas un jour eu une révélation en lisant : « Non, non, mon cher amour je ne vous aimais pas ! » ou : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » Ou encore : « Exilé sur le sol au milieu des huées / Ses ailes de géants l’empêchent de marcher. » Je parle de nos propres révélations ou chocs littéraires. La passion de la littérature a souvent ses origines dans une lecture de hasard ou scolaire, le plus souvent. Léguée par un enseignant. Comment poursuivre cette transmission aujourd’hui ? Quels sont les chemins actuels pour mener les élèves à une lecture qui fait sens, un goût des livres qui recèle des mondes inconnus ? À l’école, on a développé une approche très technique de la lecture et du commentaire, au risque, parfois, de masquer et d’anesthésier le sens, les sens. Comment alors envisager cette part de notre métier qui relève autant de l’initiation que de l’enseignement ? Nous avons demandé à des écrivains, des écrivains et professeurs, des professeurs, des formateurs d’enseignants de répondre à ces questions. Ils nous diront chacun à leur manière comment susciter cette nécessité vitale qu’est la lecture de la littérature. Où l’on découvre que le goût du livre est aussi un goût de vivre.

Yun Sun Limet, Directrice de la NRP et Claire Beilin-Bourgeois, Conseillère pédagogique

Programme (le programme est en cours d’élaboration, il est susceptible d’être modifié)

  • Ouverture et présentation de la NRP : petite et grande Histoire par Yun Sun Limet
  • Savoir lire par l’association Dys
  • La petite musique de nuit des classiques par Cécile Ladjali
  • Lecture par Christine Curelier
  • Le goût des livres et la chair de l’écrivain par Pierre Péju
  • Lecture par Florient Azoulay
  • Quelques entrées concrètes dans la littérature par Antony Soron
  • Un exemple : faire aimer la littérature médiévale par Blandine Longhi
  • Lectures par Christine Culerier et Florient Azoulay

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Vous pouvez dès à présent vous inscrire en cliquant ici

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Histoire de la littérature en jeux

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Histoire de la littérature en jeux, Corinne BarastéguiIntéresser l’élève à littérature par le jeu voilà un pari que relève le petit livre amusant et original de Corinne Barastégui (agrégée de lettres classiques et docteur de l’université de la Sorbonne-Nouvelle).

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Histoires de ponts

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Par Gaëlle Bebin

 

Histoires de pontsLa rentrée littéraire 2010 a été marquée par la parution de deux récits centrés sur un pont à créer. Tout les oppose. Du côté de l’orient, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard (Actes Sud), retrace le séjour que fit Michel-Ange à Constantinople au début du XVIe siècle, en vue de dessiner un pont au-dessus de la Corne d’Or. Dans Naissance d’un pont (Verticales), Maylis de Kerangal imagine la construction d’un ouvrage gigantesque reliant deux rives d’une ville imaginaire de la côte ouest des Etats-Unis, de nos jours.

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