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La NRP et vous : Réussir son entrée dans le métier

Publié le par La rédaction NRP

Par Véronique Pagès, professeur de lettres modernes

L’année de stage est une année importante, très dense, où le stagiaire endosse de vraies responsabilités tout en apprenant à devenir professeur. Les rencontres ne se programment pas et c’est souvent une lourde tâche qui incombe au tuteur, requis par ses propres classes et des missions multiples, mais une relation tuteur-stagiaire peut être très enrichissante et venir dynamiser la pratique du professeur formateur lui-même.

Le tuteur : un maillon indispensable de la formation du stagiaire

Il s’agit d’accueillir un collègue, un pair, de l’intégrer dans une équipe, l’enjeu étant bien de tenir la main sans materner ni faire à la place. Ce positionnement du tuteur se joue dès la première rencontre, où l’on doit répondre aux besoins pratiques et souvent très anxiogènes d’un jeune professeur. Cette rencontre s’avère déterminante si l’on en croit le témoignage de Charlène Huttenberger, professeur stagiaire dans un lycée de la région toulousaine : « Je me souviens encorede mon premier jour au lycée. Le début d’une belle aventure.C’est vrai, j’avais peut-être un peu appréhendé le moment de la rencontre avec ma tutrice. D’emblée, elle m’a accueillie dans l’établissement : elle s’est tout de suite occupée de moi, m’a entourée de sa bienveillance et fait part de ses conseils pour aborder ma première rentrée. Et c’est donc dans un bon état d’esprit que je suis retournée au lycée deux jours plus tard pour rencontrer mes élèves de 2de, mes tout premiers élèves. »
La formation est active dans la mesure où ce jeune professeur est amené à expérimenter ce qui fonctionne ou pas, ce qui peut être amélioré ; le tuteur, pour sa part, évalue les erreurs que le stagiaire doit faire et celles qu’il doit lui épargner, notamment en termes de gestion de classe. Ainsi la relation qui s’établit est-elle faite de liberté accompagnée. Charlène Huttenberger la formule en ces termes : « Ma tutrice a dès le début été présente, elle m’a conseillée sans pour autant chercher à m’imposer ses idées. Notre relation a été une relation d’égale à égale. Si je suis restée libre, je n’ai toutefois jamais été seule. »

Aller vers une émancipation du stagiaire et un partage d’expériences

Il me semble important d’encourager, dès le départ, la créativité du stagiaire, de l’encourager à s’approprier assez rapidement le « modèle » que peut représenter le tuteur, d’indiquer qu’il ne s’agit pas de reproduire mais d’oser. Oser monter ses propres séquences, ses évaluations, faire seul en partant d’un principe clair : essayer, au sens où Montaigne l’entend, c’est-à-dire prendre le risque d’être vraiment soi-même. C’est d’ailleurs la richesse de cette année-là : entrevoir, au contact du tuteur, tout ce que l’on peut mettre en œuvre et « s’essayer à » sans avoir peur de « se tromper ». Si la rencontre avec ma stagiaire a été féconde, c’est parce qu’elle a accepté de jouer ce jeu exigeant malgré ses angoisses légitimes. Au deuxième trimestre de l’année scolaire, elle a pu notamment s’approprier un objet d’étude complexe comme la tragédie au XVIIe siècle et le faire vivre sincèrement dans ses classes de 2de. En favorisant l’autonomie et le sens de la réflexion chez le stagiaire, on se forme tout autant que l’on forme, on goûte au partage d’expériences et la relation interactive qui se noue est stimulante. Ouvrir sa classe, aller et venir entre ses propres classes et celles du stagiaire amènent à repenser ses cours, sa démarche, à tester d’autres activités… On entre ainsi dans une émulation réciproque : « je lui faisais part de mes projets pour les séances à venir et ensemble nous bâtissions des séquences, dont j’ai la plupart du temps été satisfaite car ces dernières ont été le fruit d’une véritable collaboration », se souvient Charlène. Peut-être la candeur, au sens voltairien du terme, du stagiaire nous remet-elle face à des possibles qu’on avait oubliés.

À professeurs épanouis, élèves épanouis : transmettre le plaisir d’enseigner

Dans ces jeux de miroir qui fondent la relation pédagogique, le tuteur a donc une haute responsabilité, celle d’incarner un savoir, de transmettre un certain enthousiasme. Il a pour mission d’amener le stagiaire vers cette prise de conscience : celle d’une liberté à prendre car ce n’est pas le programme qui nous mène mais nous qui le menons ; lorsque s’opère cette prise de conscience – ce n’est malheureusement pas toujours le cas –, ce sont les élèves qui en profitent et en profiteront. Car une jeune collègue qui résume ainsi son année de stage : « Je me suis levée tous les matins avec l’envie d’aller enseigner » ne peut être que prometteuse.

Plus d’informations dans le numéro lycée de mai 2016  

Publié le par La rédaction NRP
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